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Mes brefs échanges avec elle à la bibliothèque m’ont donné envie de m’assoir et de découvrir son univers.
FT: Pourrais-tu te présenter en quelques mots?
BA: Je m’appelle Brogan Anderson, je vis dans la vallée d’Annapolis et je travaille à la bibliothèque de Wolfville.
FT: Depuis combien de temps vis-tu dans la vallée?
BA: Je suis déménagée ici à Wolfville depuis l’an 2000. Après l’université, j’ai voyagé en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse. Je cherchais une place à m’installer. Je suis venue à Wolfville de façon temporaire et, une fois arrivée ici, je ne suis pas repartie.
FT: Comment définirais-tu ton identité ?
BA: Je suis une Québécoise. Mes parents sont tous les deux anglophones, mais ils vivaient au Québec quand je suis née. Je suis allée à l’école primaire en français et au secondaire en anglais. Je suis allée au cégep en anglais et à l’université à Ottawa (où j’ai suivi des cours en français et en anglais).
Je suis bilingue. On peut dire qu’au Québec, je suis anglophone et qu’ici, je suis francophone.
FT: Quelle langue était parlée chez toi lorsque tu étais enfant?
BA: À la maison, c’était surtout l’anglais. Avec mes sœurs, c’était le français.
FT: Quelle langue parles-tu maintenant dans ton quotidien et à la maison?
BA: Je parle le plus souvent en anglais. À la maison, je parle parfois en français avec mon fils, car il va à l’école française. C’est facile de tomber dans nos habitudes. À l’occasion, je parle en français avec ma collègue Lizon. Les gens qui passent la porte de la bibliothèque nous entendent parler français et parfois certains d’entre eux nous parlent dans cette langue. Vraiment intéressant. J’écoute les nouvelles en français. Je lis environ 10 livres en français par année.
FT: Dans quels autres projets es-tu impliqué?
BA: J’enseigne le français avec l’Équipe d’Alphabétisation de la Nouvelle-Écosse depuis trois ans. J’offre le programme aux parents qui ont des enfants qui apprennent le français de base à l’école afin qu’ils puissent aider leurs enfants et mettre de la vraie vie dans leur expérience du français. Je leur offre le français de base. Ce cours de 20 semaines est proposé virtuellement en ce moment, bien que j’aimerais l’offrir en présentiel sous peu. Il s’agit d’un programme subventionné par le gouvernement provincial et fédéral.
FT: Comment les parents arrivent-ils à vous?
BA: La promotion du programme gratuit Je parle français, et Je parle français langue seconde, est faite par les écoles et dans les médias sociaux par l’équipe d’Alpha.
FT: Quelle est ton expression française préférée?
BA: Être à fleur de peau — cela me touche.
FT: Y a-t-il une autre langue que tu aimerais apprendre à parler?
BA: J’aimerais apprendre à parler le Mi’kmaw. C’est une langue avec une structure compliquée, qui implique une autre conception du monde. Je suis intéressé par cette conception du monde, leur façon de voir les choses. Le Mandarin m’intéresse aussi. Je trouve qu’une langue, c’est tellement plus qu’une façon d’exprimer une pensée neutre. C’est vraiment une façon de voir le monde.
Et puis, je trouve que ça enrichit tellement de pouvoir parler plus d’une langue.
FT: Quelle chanson aimerais-tu nous partager?
BA: «Sur mon épaule» des Cowboys Fringants
FT: Si tu pouvais inviter trois figures francophones à souper, qui choisirais-tu, et pourquoi?
BA: Le premier serait Michel Sarrazin. C’était le premier médecin en Nouvelle-France. Il est arrivé en 1685, il s’intéressait aux plantes d’ici et voulait les utiliser pour leurs propriétés médicinales.
Simone Weil est une philosophe française. Elle avait beaucoup de réflexions politiques fort intéressantes, de même que des propos en ce qui a trait à la douleur et la souffrance.
La troisième personne est Dominique Fortier, autrice québécoise qui a écrit Du bon usage des étoiles, paru en 2010. Ses livres sont faciles à lire. Il y a une part historique qui me plait. J’aimerais connaitre sa vie et ses inspirations.
FT: Y a-t-il, dans ton entourage, une personne qui t’inspire dans ton désir de parler français?
BA: Je me sens toujours mieux après avoir eu une petite conversation en français. C’est comme un petit volet différent. Chaque personne avec qui j’ai la chance de parler dans cette langue est une occasion de pénétrer dans ce monde: un échange avec mon père, ma sœur ou toi me donne accès à une autre culture, à un autre passage.
Encore une fois, le temps a filé entre mes doigts. J’adore ces échanges intemporels, où un mot ou une expression nous amènent à converser avec légèreté ou avec fougue, le temps d’une conversation qui aurait pu se prolonger indéfiniment…
