le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 15 août 2025 11:00 Rubrique - Les visages de la Vallée

Les visages de la Vallée – Lizon Richard

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Depuis que j’ai élu résidence à Wolfville, je fréquente la bibliothèque municipale qui est située à environ 500 pas de chez moi. Ce lieu est un endroit de prédilection pour rencontrer plusieurs personnes de ma nouvelle communauté ou tout simplement avoir une brève jasette avec les gens qui y travaillent.

Les visages de la Vallée – Lizon Richard
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Type de contenu: Rubrique

Lorsque j’ai du temps devant moi, j’aime bien aller fouiner dans les rayons de la bibliothèque afin de dénicher un nouveau livre ou une revue qui me transportera dans un autre univers.

J’adore la bibliothèque de Windsor. Cependant, je dois admettre que la bibliothèque de Kentville continue de m’éblouir à chacune de mes visites. Située dans l’ancienne église unie de St-Paul, celle-ci regorge de splendides vitraux, d’une magnifique architecture et d’une belle luminosité. Je vois cet endroit comme un sanctuaire où il fait bon se ressourcer, où la quiétude est exactement ce que je désire lorsque je veux tout simplement  revisiter mes rêves ou découvrir un(e) nouveau(elle) auteur(trice) qui m’a été suggéré(e) par une personne de mon entourage.

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre Lizon converser en français avec une personne alors que j’attendais patiemment  mon tour pour déposer mes livres sur le comptoir afin de les emprunter. Ce n’était pas la première fois que je croisais cette jolie dame, qui nous accueille si chaleureusement à la bibliothèque de Wolfville. Cependant, je ne savais pas qu’elle parlait français. Sourire aux lèvres et sympathique, elle nous offre un service des plus charmant.

Alors, quand est venu le temps de dresser la liste des personnes que je voulais vous faire connaitre, il allait de soi que j’allais prendre place en compagnie de Lizon afin d’en apprendre davantage sur celle-ci. 

Je vous  invite donc à vous assoir confortablement afin de découvrir un autre entretien dans la série Les visages de la Vallée. Une série de profils de gens, comme vous et moi, qui vivent en français et qui ont une passion pour cette langue que je chéris.

QUESTION-RÉPONSE

FT: Pourrais-tu te présenter en quelques mots?

LR: Mon nom est Lizon Richard. Je suis née à Rogersville, au Nouveau-Brunswick. J’ai passé un peu moins de la moitié de ma vie dans ce petit village acadien. Par la suite, je suis allée dans le militaire et j’ai voyagé un peu. Maintenant, je me retrouve dans la vallée d’Annapolis, ça fait probablement une trentaine d’années.

FT: Comment décrirais-tu ta relation avec la langue et la culture françaises?

LR: Avec la langue, évidemment, je parle tous les jours en français avec ma famille, qui n’habite pas à Wolfville. J’ai deux sœurs avec lesquelles je parle en français à tous les jours. 

Mes enfants ne parlent pas couramment le français, alors je ne le parle pas beaucoup  à la maison.

Je leur ai donné ma culture acadienne autant que possible. Je vis ma culture moi-même, dans mes manières. Cette culture est une amalgamation de la mienne et de celle de mon mari, un anglophone de la Nouvelle-Écosse, qui se débrouille bien en français. 

FT: Pourrais-tu me parler d’une de tes traditions acadiennes?

LR: Je viens  d’une grande famille. Nous étions huit enfants et la période des fêtes, surtout Noël,  est un de mes meilleurs souvenirs. D’un très jeune âge, je me souviens que la veille de Noël était très spéciale pour nous tous. Ma mère était cantatrice dans la chorale de l’église paroissiale et, après la messe de minuit, nous nous rassemblions tous autour de la belle table, où il y avait de nombreux plats traditionnels que ma mère nous avait préparés. 

Ma mère ayant grandi au Québec, elle nous offrait non seulement des plats principaux acadiens, mais aussi québécois.

FT: Quelle langue était parlée chez toi lorsque tu étais enfant? 

LR: À la maison, nous parlions français. Il n’y avait aucun anglais. Je suis allée à l’école française jusqu’en 12e année. Mes études postsecondaires aussi étaient en français.

FT: Comment utilises-tu la langue française dans ta vie de tous les jours?

LR: J’utilise la langue française lorsque je parle avec mes sœurs et aussi au travail. Je parle très peu français au travail, je dirais environ 5 %. Je parle avec des francophiles, mais aussi avec des francophones. Ces personnes ont emménagé dans la Vallée, ils parlent français et cherche à s’exprimer dans leur langue maternelle. Certains d’entre eux ont fréquenté l’École Rose-des-Vents à Greenwood et, maintenant, nous en retrouvons quelques-uns qui habitent dans la région.

FT: Combien de langues parles-tu? 

LR: Juste deux, le français et l’anglais. J’ai commencé à apprendre l’espagnol à une époque, mais j’ai tombé dans l’art dramatique et l’espagnol a passé de côté.

J’aimerais apprendre l’espagnol. Je trouve que c’est une langue qui est répandue à travers le monde. J’aime beaucoup l’italien, mais il y a juste un pays où on parle l’italien.

FT: Est-ce que tu te décrirais comme une francophone, francophile, acadienne ou néofrancophone (une personne dont le français n’est pas la langue maternelle, mais qui vit au quotidien en français)? 

LR: Je me décris comme francophone. 

FT: As-tu une chanson francophone que tu voudrais partager avec moi?

LR: C’est une chanson d’un jeune africain canadien à propos de son père qui est décédé au Rwanda. C’est à propos du génocide au Rwanda. 

À visionner: Stromae – papaoutai (Official Video)

FT: Si tu pouvais inviter trois figures francophones à souper, vivantes ou décédées, qui choisirais-tu et pourquoi?

LR: Pierre Elliott Trudeau, Denise Filiatrault et Michel Tremblay. Pierre Elliott était mon idole lorsque j’étais dans ma vingtaine. J’aimais beaucoup sa politique. Il était dévoué au Canada, une personne intelligente. J’aimerais l’écouter, mais je ne voudrais pas parler beaucoup.

Denise Filiatrault. J’ai grandi à la regarder à la télévision avec mes tantes québécoises. Nous, à la maison, on écoutait  beaucoup plus la télévision anglophone, malheureusement, car on n’avait pas de câble. Il y avait seulement trois postes: CTV, CBC et Radio-Canada. Je regardais Denise Filiatrault au Bye Bye et autres émissions. Mes tantes québécoises et moi aimions la regarder dans différentes émissions à Radio-Canada.

Michel Tremblay, j’ai vu ses pièces de théâtre. J’aimerais m’asseoir avec lui et discuter de théâtre. 

Ce serait un repas animé, un repas intéressant.

FT: Quelle est ton expression française préférée?

LR: Je me casse pas le bicycle.

FT: Quels sentiments, quelles émotions ressens-tu lorsque tu t’exprimes en français?

LR: Ça dépend à qui je parle. Quand je parle à mes sœurs, c’est naturel. Je me sens heureuse.

Quand je parle à des gens qui ont d’autres accents que moi, qui viennent d’ailleurs,  je ne me sens pas à l’aise (je suis plus sur mes gardes). J’ai peur d’être jugée pour mon accent, parfois, selon les remarques. Cela me fait sentir comme si j’étais moins bien qu’eux/qu’elle.

Ça m’arrivait beaucoup quand j’étais agente de bord de recevoir des commentaires ou des remarques à propos de mon accent. Parfois, ça peut être blessant.

FT: Que t’apporte le fait d’être francophone? Et le fait d’être bilingue, qu’est-ce que cela représente pour toi? Comment navigues-tu entre les deux langues?

LR: J’ai été dans le militaire pendant huit ans, puis après, j’étais agente de bord pendant huit ans. Alors j’ai utilisé mon français abondamment durant ces périodes.

Qu’est-ce que ça m’a apporté? Ça m’a apporté des opportunités. Le fait que je parlais français m’a ouvert des portes. Pour moi, à cette époque, cela signifiait être accepté au collège militaire de St-Jean, au Québec. Le fait de parler anglais et français a été un avantage dans ma vie.

Je suis contente d’avoir les deux langues. Je suis contente que ma mère était québécoise et que mon père était acadien. Cela m’a donné deux différentes cultures.

FT: Quel film de langue française aimerais-tu regarder à nouveau?

LR: J’ai toujours aimé le film L’insoutenable légèreté de l’être avec Juliette Binoche. C’est la première fois que j’ai vu Juliette Binoche et c’est devenu ma comédienne française préférée. J’ai vu ce film quand j’avais 19 ans.  

FT: Y a-t-il, dans ton entourage, une personne qui partage ton héritage linguistique qui t’inspire dans ton désir de parler français?

LR: À la bibliothèque, je parle francais avec ma collègue Brogan, qui est une Québécoise. Je trouve ça plaisant.  Ma copine Jennifer, une copine anglophone avec qui je suis allée en France dernièrement , est une francophile qui adore parler français avec moi. Jennifer m’inspire dans mon désir de parler français.

FT: Lorsque tu penses à l’avenir de la langue française en Nouvelle-Écosse, es-tu optimiste, pessimiste, neutre ou indifférent? 

LR: Je suis optimiste simplement parce que le conseil scolaire acadien construit  de plus en plus d’écoles francophones qui se remplissent tout de suite. Plusieurs parents veulent mettre leurs enfants dans les écoles françaises. Il y a plusieurs écoles francophones qui se retrouvent  à Dartmouth, Sackville, Bedford et Halifax. 20 ans passés, ce n’était  pas comme ça. Ces enfants, qui ont fait toute leur scolarité en français, vont continuer à promouvoir la langue française. 

Je constate par ailleurs qu’il y a parfois une régression au niveau de recevoir des services publics en français dans certains petits villages du Nouveau-Brunswick et je me questionne à savoir si c’est pareil ici en Nouvelle-Écosse.

FT: Comment peut-on, selon toi, garder vivante et vibrante la culture francophone? As-tu des idées ou des gestes concrets que tu poses toi-même?

LR: C’est une question qui est difficile. Dans cette région ici, c’est plus difficile. Si on va à Clare ou Chéticamp, c’est normal que les gens parlent français, mais je ne sais pas s’ils s’affichent en français.

Au Québec, il y a une industrie incroyable: auteurs, films, chanteurs, compositeurs, et c’est peu connu chez les anglophones. Ce serait bien que les talents acadiens soient aussi célébrés ici, en Acadie. C’est ce qu’on voit de plus en plus avec les artistes, comme Lisa Leblanc, Les Hôtesse d’Hilaire et Radio Radio.

Quel plaisir d’avoir pris place avec toi, Lizon, et de découvrir comment tu utilises la langue française dans ton quotidien ici à Wolfville. J’ai appris à te connaitre un peu plus et je vais définitivement regarder le film L’insoutenable légèreté de l’être, car, tout comme toi, j’aime Juliette Binoche.

Qui sait, peut-être allons-nous discuter plus aisément à propos de films et livres français qui nous plaisent, maintenant que nous avons fait plus ample connaissance? Au plaisir de poursuivre cette belle conversation lors de ma prochaine visite à la bibliothèque.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire. Je vous dis à bientôt. J’ai hâte de vous faire découvrir sous peu un nouveau portrait, un nouveau visage, une nouvelle voix en français dans la Vallée.

Type: Rubrique

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