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Rosemary Sadlier, ancienne présidente de l’Ontario Black History Society, s’est érigée en figure déterminante dans l’exercice de ce devoir au Canada. Elle a mené la charge pour la reconnaissance d’une journée de l’émancipation aux niveaux municipal, à Toronto, en 1994, provincial en Ontario, en 2008, et enfin national en 2021 après des années de plaidoyer collectif.
Le 24 mars 2021, la Chambre des communes a donc voté à l’unanimité pour que le 1er août soit officiellement désigné Jour de l’émancipation. À cette date, en 1834, la loi sur l’abolition de l’esclavage de 1833 est entrée en vigueur partout dans l’Empire britannique, dont des territoires canadiens faisaient parti.
Oui, vous avez bien lu: esclavage. Parfois méconnue du grand public, cette période charnière de l’histoire du Canada est peu représentée dans les récits populaires. Un retour dans le temps est donc nécessaire.
Selon l’ouvrage Deux siècles d’esclavage au Québec, de l’historien québécois Marcel Trudel, entre 1671 et 1831, près de 4 200 personnes en esclavage se trouvaient dans la région du Canada, appelée la Nouvelle-France, et plus tard le Haut-Canada et le Bas-Canada. Au début, environ deux tiers de ces personnes en esclavage étaient des personnes autochtones, et un tiers étaient d’ascendance africaine.
La ministre responsable des Affaires des Néo-Écossais d’origine africaine, Twila Grosse, et le lieutenant-gouverneur Mike Savage hissant le drapeau du Jour de l’émancipation dans la cour de Province House.
De nombreuses personnes noires en esclavage ont résisté en fuyant le Haut-Canada pour se réfugier dans un territoire appelé le Territoire du Nord-Ouest, lequel regroupait le Michigan et l’Ohio, ainsi qu’au Vermont et dans l’État de New York, où l’esclavage avait été interdit à la fin du 18e siècle.
La Loi sur l’abolition de l’esclavage de 1833 a mis fin à la pratique dans l’Empire britannique le 1er août 1834, ouvrant la voie à la libération de plus de 800 000 esclaves africains et leurs descendants dans des régions des Caraïbes, d’Afrique, d’Amérique du Sud ainsi que du Canada.
Mais, une nuance s’impose; car, pour la plupart des personnes en esclavage en Amérique du Nord britannique, cette loi n’a entraîné qu’une libération partielle: seuls les enfants de moins de six ans étaient libérés.
Les autres personnes en esclavage devaient demeurer au service de leurs anciens propriétaires comme apprentis pendant quatre à six ans. Cette loi confirmait cependant que le Canada était un territoire libre pour les Afro-Américains réduits à l’esclavage. Ainsi, des milliers d’Afro-Américains sont arrivés sur le sol canadien entre 1834 et le début des années 1860.
«Le Jour de l’émancipation est l’occasion de réfléchir à notre histoire et de reconnaître la résilience et les contributions des Néo-Écossais d’origine africaine et des personnes d’ascendance africaine, a déclaré le premier ministre Tim Houston. J’encourage les Néo-Écossais à en apprendre davantage sur la signification de cette journée et à participer aux commémorations de cette année», a-t-il poursuivi.
À cette occasion se sont tenus les traditionnelles proclamations et un lever de drapeau pour le Jour de l’émancipation, le 31 juillet dernier à Province House, à Halifax.
S’en est suivi une cérémonie de célébration, organisée par la Municipalité régionale d’Halifax le 1er août, au Waterfront de la ville. Le but étant de donner aux résidents l’occasion de maintenir un dialogue constructif sur les relations raciales et une société inclusive, ainsi que de célébrer le patrimoine diversifié, la culture et les contributions des personnes d’ascendance africaine dans toute la région; comme l’a expliqué la Municipalité.
Au-delà du caractère commémoratif de cette date, le regard doit également se tourner vers les actions à mener contre les séquelles laissées par cette sombre période sur notre ère.
«On peut dire que cette journée ne doit donc pas être une simple célébration […] Ça doit servir à trois choses. D’abord à reconnaître les victimes, enseigner cette histoire et agir sur les conséquences contemporaines de l’asservissement et du racisme aujourd’hui», a mentionné l’historien et écrivain Amadou Ba, dans une entrevue avec Radio-Canada.
Le racisme et les inégalités systémiques que subissent les personnes noires et les peuples autochtones sont malheureusement encore monnaie courante dans la société contemporaine. Des pratiques d’embauche discriminatoires, des écarts salariaux, des microagressions et autres inégalités font toujours partie du quotidien de nombreuses personnes autochtones et noires.
