Type de contenu: Actualité
Africville voit le jour vers 1840, à la périphérie d’Halifax, plus précisément sur la rive sud du bassin de Bedford. À cette époque, près de 400 personnes noires s’y installent progressivement. Beaucoup sont issues de l’esclavage aux États-Unis et arrivent en Nouvelle-Écosse avec un espoir simple mais immense: celui de trouver des terres et une forme de liberté.
Mais la réalité à Halifax, ville fondée en 1749, est déjà marquée par un racisme bien enraciné. Plutôt que d’être accueillies au cœur de la ville, ces familles sont repoussées vers des zones reculées et inhospitalières. Elles s’établissent donc dans ce secteur périphérique, où nait peu à peu une communauté.
Pourtant, la présence des personnes noires en Nouvelle-Écosse ne date pas d’hier. Selon des documents cités par le Musée canadien pour les droits de la personne, elle remonterait même aux années 1600. Africville s’inscrit donc dans une histoire beaucoup plus longue que ce que l’on imagine souvent.
Un autre portrait photographique de Bob Brooks. Un résident d’Africville montre à deux fonctionnaires municipaux le plan roulé d’Africville, étalé sur le capot d’une voiture de la ville de Halifax.
Avec le temps, cette ségrégation subtile produit un effet paradoxal. Isolée du reste d’Halifax, la communauté d’Africville se soude. Les habitants développent des liens d’entraide et bâtissent un véritable milieu de vie, malgré les nombreuses difficultés.
On y retrouve plusieurs éléments essentiels à la vie quotidienne: des magasins, une école, un bureau de poste. Au cœur de la communauté se dresse également l’église baptiste unie de Seaview, véritable centre spirituel et social pour les habitants.
Mais la vie à Africville reste marquée par des conditions précaires. La ville d’Halifax refuse de fournir à la communauté plusieurs services de base accessibles ailleurs dans la ville. Les habitants doivent composer sans égouts, avec un accès limité à l’eau potable et sans collecte régulière des ordures ménagères.
Malgré tout, la communauté continue d’exister pendant plus d’un siècle. Jusqu’aux années 1960.
À cette période, la ville d’Halifax décide de démolir Africville. En 1964, le conseil municipal autorise le relogement des habitants — sans les avoir consultés au préalable. Les maisons sont ensuite démolies progressivement, souvent dès qu’elles sont évacuées.
L’un des moments les plus marquants survient dans la nuit du 20 novembre 1967. L’église baptiste unie de Seaview, considérée par beaucoup comme le cœur de la communauté, est détruite au bulldozer. Un évènement qui reste, encore aujourd’hui, tristement célèbre.
L’histoire d’Africville nous rappelle que certaines pages du passé peuvent facilement disparaitre des récits officiels. Pourtant, elles continuent de vivre dans la mémoire collective.
Et vous, connaissez-vous l’histoire d’Africville?
Sources
McRae, M. (2017, 23 février). The story of Africville. Musée canadien pour les droits de la personne. https://humanrights.ca/story/story-africville
Tattrie, J. (2014, 27 janvier). Africville. The Canadian Encyclopedia. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/africville
