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Wanda Robson: Plus qu’un travail de mémoire, un héritage à part entière

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Viola Desmond, sur le billet de dix dollars canadiens. — PHOTO: Women in Leadership Foundation
Viola Desmond, sur le billet de dix dollars canadiens.
PHOTO: Women in Leadership Foundation

Le nom de Viola Desmond fait écho dans l’esprit de milliers de Canadiens pour plusieurs raisons. De la militante des droits civiques pour les Afro-Néoécossais, passant par la femme d’affaires prospère, elle a endossé de multiples casquettes de son vivant.

Wanda Robson: Plus qu’un travail de mémoire, un héritage à part entière
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Type de contenu: Rubrique

D’aucuns diront que c’est la femme qui figure sur le billet de dix dollars canadiens depuis 2018, d’autres diront qu’elle était une femme d’affaires prospère afro-néoécossaise qui a excellé dans le monde de la cosmétique. 

Pour finir, certains la présenteront comme la «Rosa Parks canadienne», qui a subi une injustice raciale après avoir refusé de céder sa place au Roseland Theatre, qui faisait preuve d’une ségrégation raciale pour le moins insidieuse. Oui, Viola Desmond en a vu de toutes les couleurs de son vivant et est aujourd’hui reconnue par des milliers de Canadiens pour son militantisme pour les droits civiques jusqu’à sa mort, le 7 février 1965. 

Toutefois, dans l’ombre la renommée de Viola Desmond se cache une autre femme et pas des moindres. Wanda Robson, cela vous dit-il quelque chose? Peut-être pas. Pourtant, Wanda Robson née Davis, qui est par ailleurs la cadette de Desmond, a mené un travail de mémoire d’ampleur non seulement pour la restauration de la justice pour sa sœur, mais aussi et surtout pour le patrimoine des afro-néoécossais.

Wanda Robson avec la pièce de collection en argent de la Monnaie royale canadienne rendant hommage à sa sœur, Viola Desmond, pionnière canadienne des droits civiques. 

PHOTO: Groupe CNW/Monnaie royale canadienne

Wanda est née en décembre 1926 et était la benjamine d’une fratrie de 15 enfants. Cette dernière décrivait son enfance comme étant dynamique avec des parents actifs dans la communauté noire de la Nouvelle-Écosse. 

Malgré cela, Wanda Davis a compris assez tôt qu’elle n’était pas tout à fait comme les autres. Elle confiait régulièrement avoir grandi avec une meilleure amie blanche, chez qui elle n’a jamais été autorisée à jouer pour des raisons que son esprit d’enfant n’arrivait pas tout à fait à cerner. 

Néanmoins, Wanda a progressivement pu assimiler les enjeux raciaux de la société. Faisant abstraction de ces inégalités silencieuses, Wanda Davis évolue dans le domaine scientifique, ce qui lui permet de travailler au Fisheries Research Board of Canada Halifax Laboratory.

Son talent et son travail acharné lui ont valu une formation avancée dans le début des années quarante au département de chimie de l’Université d’Acadia. Mais le destin de la famille de Wanda bascule lorsque sa sœur Viola est injustement arrêtée durant ce qui devait être un simple voyage d’affaires, le 8 novembre 1946 à New Glasgow. 

À la suite de l’arrestation de sa sœur, Wanda a admis, lors d’une interview accordée au Musée canadien de l’histoire, avoir elle-même cru que sa sœur avait effectivement commis un délit pour avoir été arrêtée. En effet, c’est ce qui devrait être, n’est-ce pas? La police est en droit d’arrêter quiconque a un écart de comportement face à la loi. 

Malheureusement, le respect de cette prétendue loi est sans compter sur les rouages sociaux que nul n’est réellement en mesure d’expliquer. Bien que le système ségrégationniste n’ait jamais été officiel en Nouvelle-Écosse, les droits des Afro-Néoécossais et des afrodescendants se trouvant sur le territoire sont encore rudimentaires à cette époque. Ces derniers étaient soumis à un code de couleur, plaçant les personnes non-blanches au bas de l’échelle sociale. 

À l’âge de 73 ans, encouragée par son époux Joseph Robson, Wanda décide de poursuivre son cursus académique dans un programme d’études afro-acadiennes à l’Université du Cape-Breton. Encadrée par le Professeur Graham Reynolds, Wanda a pris gout à ces cours qui lui ont permis d’avoir un regard plus profond sur les questions raciales de la société néoécossaise de l’époque. 

Le véritable déclic s’est toutefois produit lorsque sa sœur Viola fut mentionnée dans un cours portant sur l’injustice sociale. Wanda elle-même asserte que ça a été le début de toute l’affaire. 

Wanda Robson a toujours considéré l’éducation comme une arme poignante contre les injustices, encore plus celles à l’égard de la race. Elle a pris la parole dans de nombreuses écoles, dans des églises, des bureaux d’avocats, afin de militer et d’éduquer. Elle s’est  servie de l’histoire de sa sœur pour amener les personnes de toute race, de tout âge et de toute classe sociale à réfléchir profondément sur les injustices de la société canadienne. 

En 2010, Wanda revêtit la casquette d’auteure et publie son livre intitulé Sister of courage, relatant son propre parcours. Cette année a également été un pivot important pour la militante alors octogénaire, qui a constitué une véritable pierre angulaire dans l’obtention des excuses à titre posthume pour l’arrestation injustifiée de sa sœur, 63 ans plus tard. Ce fut un évènement complètement inédit pour l’histoire du Canada. 

Wanda poursuit ainsi son combat en utilisant comme arme phare, encore et toujours l’éducation. Elle continue de partager son amour pour les travaux de mémoire en saluant notamment le Musée Canadien de l’Histoire pour avoir conservé les fauteuils sur lesquels était assise sa sœur lors de son arrestation tristement célèbre. 

Selon ses dires: «Vous comprenez que la vérité est là, mais ça consolide la réalité de cette histoire. Vous le voyez de vos yeux. C’est remarquable.» 

Wanda a combattu jusqu’à son dernier souffle, en gardant à l’esprit l’un de ses mantras: «Le corps lâche, mais j’espère que l’esprit ne lâche pas». 

En s’éteignant à 95 ans au Cape-Breton, le 6 février 2022, Wanda Robson laisse derrière elle un héritage philosophique, éducatif et social notable pour la communauté afro-néoécossaise. Son combat pour la mémoire de sa sœur, son histoire propre et pour la reconnaissance des injustices façonnent encore beaucoup de combats aujourd’hui. 

Son but n’était pas seulement de ressasser les évènements du passé en vain, mais de les rappeler afin d’empêcher qu’ils ne se reproduisent.

Et vous, connaissiez-vous l’histoire de Wanda Robson?

Au plaisir de vous retrouver pour une prochaine édition.

Sources

  • Banque du Canada. (2018). Le nouveau billet de 10 dollars orné du portrait de Viola Desmond est dévoilé à l’occasion de la Journée internationale des femmes
  • CBC News. (2022). Wanda Robson, activist who championed legacy of her sister Viola Desmond, dies at 95.
  • Journal de Montréal. (2018). Voici à quoi ressemblent les nouveaux billets de 10 $, sur lesquels figure une femme, Viola Desmond
  • Musée canadien de l’histoire. (s. d.). Wanda Robson. Le Canada en mouvement. 
  • Wikipédia. (s. d.). Viola Desmond
  • Wikipédia. (s. d.). Wanda Robson
  • Viola Desmond – Civil Rights Activist. (s. d.). 

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