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Atcakoc, le pardon c’est d’abord l’histoire d’une rencontre, celle entre Tcikapec — alter-ego de l’auteur —, et Atcakoc, petit être de lumière* descendu du ciel pour veiller sur lui. Un ange bienveillant qui accompagnera l’homme terrestre sur le chemin de la guérison à travers traditions et spiritualité autochtone.
Ainsi, dans ce parcours, non sans effort, où Tcikapec devra affronter à la fois son passé et ses démons du présent, il apprendra ce que signifie réellement pardonner pour mieux se retrouver.
Cette courte histoire, qui emprunte à la fable et au conte, est pourtant inspirée de faits réels, le vécu même de son auteur, Marcel Pitikwew, membre de la nation Atikamekw Nehirowisiwok, comme il nous l’a raconté, au cours de notre échange.
«J’ai grandi dans une tente prospecteur jusqu’à l’âge de 6 ans. Après ça, j’ai été amené dans un pensionnat en Abitibi à Saint-Marc-de-Figuery. J’ai fait ce pensionnat pendant 11 ans.»
De ses années là-bas, Marcel Petikwew se souvient de l’interdiction de parler une autre langue que le français, la langue atikamekw étant considérée comme «la langue du diable», d’une assimilation forcée à percevoir ses propres pratiques culturelles et spirituelles comme mauvaises, jusqu’au dénigrement de ses aînés.
«Quand on revenait chez nous, pour les vacances d’été, des fois on ne voulait plus participer à des cérémonies parce qu’on leur disait “c’est diabolique, c’est pas beau ce que vous faites.” C’est des choses de même qu’on nous a appris aussi. Ils disaient des choses très négatives envers les Autochtones.»
L’auteur confie encore les sentiments de révoltes qu’il a développés envers sa communauté, persuadé que ses parents et grands-parents leur avaient menti, à lui et autres pensionnaires, alors que c’était le gouvernement qui les trompait, et qui trompait leurs parents.
«Parce que les fonctionnaires, quand ils sont arrivés dans la communauté de Wemotaci, ils ont été voir chaque famille en leur disant: “On va envoyer vos enfants dans les pensionnats, ils vont apprendre le français, puis ils vont apprendre à compter. On va faire d’eux autres des vrais citoyens canadiens.” Ils voulaient comme nous blanchir. En disant aussi à nos parents: “Ils vont être bien là-bas, ils vont avoir leurs trois repas, ils vont être au chaud.” Puis toutes sortes de promesses comme ça. Ça fait qu’eux aussi, nos parents, ont été trahis.»
Ce n’est que bien plus tard que Marcel Pitikwew a appris que ses parents avaient été menacés de perdre leurs emplois et leurs aides sociales s’ils n’envoyaient pas leurs enfants au pensionnat.
«C’est seulement en 1993, après ma première thérapie, que j’ai su les manigances du gouvernement.»
Avec pudeur, mais sans détours, l’auteur se livre sur la personne que ses années de pensionnat avaient fini par faire de lui, comme il le raconte aussi dans son livre, à travers le personnage de Tcikapec: un homme révolté, tourmenté, en proie à la violence, à la consommation de drogue et d’alcool, vivant dans le déni des agressions sexuelles et physiques qu’on lui avait fait subir.
«J’avais comme des poussières un petit peu là. Je m’étais caché des choses, et puis c’est surtout les abus du pensionnat [dont] j’étais pas capable de parler.»
En 2006, alors qu’il commence une deuxième thérapie, plus en lien avec sa culture atikamekw, qu’il lève enfin le voile sur ces traumatismes. Mais aussi, prend conscience de tous les torts qu’il avait causés à ses proches, sa femme, ses enfants, ainsi que ses parents. Un autre parallèle avec le parcours de rédemption de son double de papier.
Le livre, Atcakoc, le pardon, c’est ce qui m’a le plus aidé à sortir de ma victimisation.
Grâce à l’écriture, ainsi qu’à l’aide des siens et de sa communauté, Marcel Pitikwew a finalement réussi à se libérer des démons du passé et à renouer avec sa spiritualité.
«Depuis ce temps-là, je chemine sur le chemin rouge».
Autrement dit, pour reprendre les mots de la cinéaste atikamekw Thérèse Ottawa qui a réalisé un court-métrage** résonnant très fortement avec l’œuvre de Marcel Pitikwew, le chemin «de la guérison, du bonheur et de l’espoir».
Aujourd’hui, Marcel Pitikwew aide les autres à son tour, en travaillant en tant que thérapeute aux côtés d’anciens pensionnaires, traumatisés et violentés comme lui, avec les approches holistiques des modes de vie des peuples autochtones.
«Je fais des tentes de sudation, de guérison, j’utilise le cercle de la vie», donne-t-il en exemple.
Rituels et cérémonies qu’il réalise depuis plus de 20 ans, soulignant le nombre considérable de survivants victimes de consommations d’alcool et de drogues, en difficultés personnelles et sociales au quotidien.
Malgré tout, Marcel Pitikwew garde espoir en l’avenir.
«Un jour, les Autochtones, ils vont s’en sortir, puis on va se soutenir, on va continuer à aider aussi les personnes de notre communauté, puis les autres communautés.»
*Atcakoc signifie littéralement en atikamekw, langue de Marcel Pitikwew, «petit être de lumière».
**Le chemin rouge de Thérèse Ottawa est un court-métrage qui raconte l’histoire d’un jeune homme aux comportements autodestructeurs et qui va les surmonter en renouant avec les rites et traditions de sa communauté.
