Type de contenu: Rubrique
Il s’agit d’un texte libre, authentique et sincère, où son autrice, Xénia Gould, artiste queer originaire de Shédiac, se livre avec beaucoup d’humour et d’émotions, entre confrontations et hommages.
Un livre riche en réflexion donc, sur lesquelles nous avons eu la chance d’échanger davantage avec elle.
Sur sa pratique artistique
Xénia: De me laisser aller complètement, puis d’être honnête avec le fait que je ne sais pas ce que je fais, mais ce que je fais, c’est important parce que créer, c’est important. Je pense que ça m’a quand même permis de développer ma pratique de manière profonde, qui s’attache vraiment à ma voix comme artiste.
Sur la naissance de son texte
Xénia: Je n’ai pas commencé à écrire en me disant: «Je vais écrire ma voix/voie X et E.» J’ai juste écrit ce qui était vrai dans le moment. Puis, ce qui était vrai dans le moment, c’est que j’étais à un crossroad, parce que je disais: «Je veux changer mon nom. Je veux commencer les hormones. Je veux vivre ma vie authentiquement, puis je veux laisser aller l’homme qui a été, l’homme avec qui j’ai navigué dans la société.»
Puis, le deuil qui vient avec ça: qu’est-ce que ça veut dire pour ma connexion avec ma culture, avec ma famille? Qu’est-ce que les deux femmes défuntes de ma famille (sa tante et sa grand-mère) auraient pensé de mon déménagement à Montréal? De ma transition? De ces deuils-là que, moi, je vis individuellement?
C’est comme en dialoguant avec elles que j’ai pu exprimer cette voix-là.
Sur l’écriture et le langage
Xénia: En grandissant, à Shédiac, on se faisait dire que le chiac, c’était laid.
Je me suis jamais fait dire que j’avais le droit d’écrire en chiac. Donc, l’idée d’écriture à moi, c’était que je n’ai pas les capacités d’écrire dans un français soutenu, standardisé. Donc, la seule autre option, c’est d’écrire en anglais.
Mais pour moi, comme artiste, je suis comme: «Pourquoi il n’y a personne qui m’a jamais dit que c’était important, cette voix-là?» Ça fait que, dès un jeune âge, j’étais en résistance avec ça.
Le jour que j’ai commencé à écrire à travers le chiac, je me donnais une espèce de permission d’exister. Ça a donné qu’en me permettant d’exister dans mon oralité sur papier, mes identités entraient en jeu là-dedans. Ça fait que cette permission linguistique-là m’a permis d’exprimer mon expérience humaine en tant que personne trans. Puis, ça m’a vraiment aidée à apprendre à me connaître, puis à me découvrir. Tout ce que j’écris, vraiment, ça vient du cœur.
C’est vraiment l’acte exutoire de mettre sur la page, puis de dire, «hey, non! C’est important ce qu’on a à dire comme artiste!»
Si je serais pour revendiquer anything, c’est vraiment comme artistes de vider nos cœurs et d’honorer vraiment ce qu’on vit, parce que c’est important, même si, tout de suite, la vie essaie de nous faire croire que ce n’est pas important.
Sur le deuil et la mort
Xénia: Il y avait cette espèce de résistance à la mort parce que [ma tante et ma grand-mère] étaient deux figures qui m’apportaient quelque chose de solide dans ma vie en tant que jeune homme gai, dans le temps où comme jeune garçon qui était différent des autres garçons.
Dans ma transition, quand, tout d’un coup, je suis en train de subir une mort — je suis en train de développer des seins, je suis en train d’enlever ma barbe avec du laser, mes hanches commencent à grossir, je commence à être appelée «madame» dans mon quotidien. Ce monsieur-là est en train de mourir devant mes yeux. J’avais pas le choix d’affronter cette mort-là.
Sur le regard qu’elle porte sur son texte aujourd’hui
Xénia: Ça ne m’appartient plus. Mon bébé est né le mois passé, puis là, maintenant, plein de gens ont mon bébé, mais ils font ce qu’ils veulent avec. C’est eux qui décident.
Il y en a qui vont trouver ça beau, il y en a qui ne vont pas trouver ça beau. Puis ce dialogue-là que moi j’ai quand je vais à la rencontre des gens, c’est là que l’œuvre se révèle.
Sur l’incarnation scénique de son œuvre
Xénia: Ma pratique d’écriture, ça travaille vraiment la voix, l’oralité, le chiac… Pas mal tous mes textes sont écrits à l’oral. Je ne suis pas à la page avant, à la performance ensuite. Quand j’écris, les deux se font en même temps.
Il faut que je le lise à voix haute, il faut que je trouve le flow. C’est comme ça que je trouve les mots. C’est comme ça que je trouve la cadence. C’est comme ça que je trouve les rythmes.
Je sais déjà qu’est-ce qui se passe sur cette scène-là. Ça fait [que] ce n’était pas si différent que ça.
Sur la symbolique du homard
Xénia: Je voyais le rouge partout. Je le voyais dans mes souvenirs, dans mes rêves, puis la couleur rouge dans mes souvenirs d’enfance, ça n’arrêtait pas de revenir. Puis Shédiac, le homard, le rouge… puis là, tout est rouge.
À un moment donné, j’ai fait le lien: c’est nous qui voient les homards comme rouges. Les homards sont pas rouges. Ils se voient pas comme rouges. Eux-mêmes se sont jamais vus comme rouges, parce qu’ils sont juste rouges une fois qu’on les bouille. Donc, l’idée que tu pourrais être quelque chose, mais que les gens te voient autrement.
Avec ma transition, il y a venu la peur que: «Qu’est-ce qui arrive si je meurs et que j’ai pas été brave assez de transitionner et qu’on m’enterre comme rouge? Comme on m’enterre comme un homme?»
J’avais peur que je meure, puis que tout le monde me voie comme rouge, mais que je ne voie pas ça au final. C’est dans ça que le homard s’est présenté.
Si j’avais retourné à Shédiac, puis j’avais pas transitionné, [le homard], c’est la version de moi dans 50 ans qui est un peu fâchée après tout le monde parce que j’ai pas choisi de changer, j’ai choisi de pas vivre mes deuils.
