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Organisés tous les deux ans, ces rassemblements servent à définir les orientations de ce grand regroupement multilatéral, fort de 90 membres. Pour plusieurs raisons, cette édition imminente du Sommet mérite notre attention.
Le Nouveau-Brunswick est membre de plein droit de l’OIF depuis 1977 et aussi que la Société Nationale de l’Acadie est invitée en tant qu’organisme de la société civile et représentant du peuple acadien. La Nouvelle-Écosse a obtenu le statut d’observatrice en 2024, lors du Sommet de Villers-Cotterêts et Paris, mais n’enverra pas de délégation au Sommet de 2026.
En deuxième lieu, le Sommet sera marqué par des rencontres et des discussions autour de l’objectif de «réinvestir dans la paix pour une prospérité partagée et une stabilité durable». Il s’agit d’un thème pertinent, s’il en est, dans un contexte où l’ordre géopolitique est en train de se reconfigurer avec force soubresauts.
Parmi ces bouleversements, les coups d’État survenus au Mali, au Niger et au Burkina Faso ont entraîné d’abord leur suspension de l’OIF, puis leur retrait. (Ce qui a fait baisser le nombre de membres de 93 à 90.)
Enfin – nous voici arrivés au sujet de cette chronique –, il y aura, pour la première fois, une vraie élection pour le poste de secrétaire générale de la Francophonie. Depuis 2019, cette fonction est exercée par Louise Mushikiwabo, diplomate et haute fonctionnaire rwandaise, qui a été reconduite en 2022.
Coumba Bâ, candidate de la Mauritanie au secrétariat général de la Francophonie.
Alors que cette dernière brigue un troisième mandat, trois autres candidatures sont déclarées: Juliana Amato Lumumba, de la République démocratique du Congo; Coumba Bâ, de la Mauritanie; et Dacian Cioloș, de la Roumanie.
Après le Sommet de Phnom Penh, c’est l’une de ces quatre personnes qui dirigera l’OIF en coordonnant son action politique, en veillant à la mise en œuvre de ses programmes et en représentant la Francophonie sur la scène internationale.
Pourquoi cette course est-elle une nouveauté?
Depuis la création du poste au secrétariat général, il y a bientôt 30 ans, au Sommet de Hanoï (1997), cette sélection s’est effectuée plus ou moins en coulisses, au terme de discussions et négociations afin d’en venir à un consensus diplomatique ensuite rendu public. Il est devenu traditionnel de confier ce poste à quelqu’un en provenance du continent africain. La seule exception fut le mandat de Michaëlle Jean (2015-19), Canadienne d’origine haïtienne.
C’est en vertu d’une réforme adoptée en mars 2022 que le processus de sélection d’une ou d’un secrétaire général est désormais formalisé. Ainsi, la tenue d’une élection est prévue en l’absence d’un consensus déjà établi.
Dans ce cas, le choix final repose sur un vote à huis clos par les 53 membres de plein droit. Le Nouveau-Brunswick pourra voter, ainsi que le Québec et, bien sûr, le Canada comme pays membre, mais pas la Nouvelle-Écosse. Ce scrutin aura lieu le 16 novembre.
En voulant prolonger sa direction de l’OIF, Louise Mushikiwabo peut faire valoir un certain nombre de réussites ainsi qu’une maîtrise incontestable des dossiers de la Francophonie.
Comme elle l’avait promis lors de son entrée en fonction, elle a resserré les champs d’action de l’organisation, jugés trop dispersés auparavant. Cette restructuration s’est accompagnée d’une décentralisation grâce à l’ouverture de bureaux régionaux à Beyrouth, à Tunis et à Québec. Toutefois, son approche aura suscité certains mécontentements en même temps que sa forte affiliation à son pays d’origine fait parfois sourciller en raison de la conduite du Rwanda.
La première à avoir déclaré sa candidature face à la secrétaire générale sortante, Juliana Amato Lumumba est la fille de Patrice Lumumba, héros de l’indépendance congolaise. Ayant grandi en Égypte, elle a œuvré dans le domaine du journalisme avant d’occuper le poste de ministre de la Culture de la RDC, de 1998 à 2001. Plus récemment, elle a dirigé l’Union africaine des chambres de commerce, d’industrie, d’agriculture et des professionnels.
Sa vision pour l’avenir de l’OIF préconise un rapprochement des peuples et des populations, en privilégiant les liens avec la société civile. Parmi les initiatives qu’elle propose, elle aimerait faire adopter un hymne de la Francophonie.
Le Roumain Dacian Cioloș a servi de premier ministre de son pays de 2015 à 2017. Agronome et économiste de formation, il a également occupé d’autres fonctions au sein du gouvernement et a été élu au Parlement européen jusqu’en 2024. C’est le seul candidat de l’extérieur de l’Afrique, distinction qu’il reconnaît ouvertement tout en promettant de nommer une Africaine ou un Africain au poste d’administrateur de l’OIF.
Cioloș souhaite donner à la Francophonie une orientation davantage pragmatique afin d’en faire un levier d’opportunité pour les jeunes. Son approche consistera à «encourager les échanges de bonnes pratiques économiques, comme cela a été fait pour l’éducation, et faciliter les contacts entre entrepreneurs et investisseurs».
Envoyée spéciale de la Mauritanie auprès de l’OIF, Coumba Bâ jouit d’un grand respect dans son pays, ayant servi de conseillère au service de cinq présidents successifs. Née en 1970, elle est chirurgienne-dentiste de profession. Depuis son entrée en politique dans les années 2000, elle a dirigé plusieurs ministères, dont celui de la Jeunesse et des Sports, fonction qu’elle met de l’avant dans sa candidature au poste de secrétaire générale.
Tout comme Dacian Cioloș, madame Bâ veut renforcer le rôle économique de la Francophonie, en insistant tout particulièrement sur la coopération solidaire. En outre, elle affirme son intention d’œuvrer en faveur du retour des trois pays du Sahel au sein de l’OIF. Au mois de septembre, elle s’est rendue à Montréal et à Ottawa pour rencontrer les acteurs de la Francophonie au Canada.
Entre le jeu d’équilibre géopolitique parmi les pays membres et les orientations potentielles de l’organisation, sans oublier les défis de l’avènement de l’intelligence artificielle, la course au secrétariat général de la Francophonie a de quoi susciter notre intérêt.
Nous aurons l’occasion de revisiter ce dossier après le Sommet, le deuxième à se tenir en Asie après celui de 1997.
