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Prudencia Mbiadjeu
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse —IJL FDV
La Pointe-de-l’Église, qui est le point culminant de la municipalité de Clare, est située dans une zone rurale. Il n’y a donc pas de réseau régulier de transport, pas de supermarchés à moins de cinq kilomètres, ni d’immeubles de location à vue d’œil.
Par conséquent, s’installer dans une région semblable lorsqu’on est étudiant international, loin de son réseau familial et de ses repères, peut devenir complexe.
Face à ces difficultés, les étudiants s’entraident afin de répondre à une partie de leurs besoins.
Grâce à des groupes qu’ils forment depuis les résidences universitaires, ils parviennent parfois à réduire leurs charges financières liées au quotidien, leur charge psychologique quant au processus d’installation, et se montrent solidaires devant les défis présentés.
Divine Bikuba et Franck Bakenga sont tous deux originaires de la République démocratique du Congo et poursuivent leurs études à l’Université Sainte-Anne.
Arrivés à la Pointe-de-l’Église, depuis deux ans et demi pour l’un, neuf mois pour l’autre, ils ont décidé de rester dans la région durant la saison estivale, avant de potentiellement regagner les résidences universitaires lors de la prochaine session.
Sainte-Anne et ses alentours.
Si, pour Divine Bikuba, habituée des lieux calmes, l’adaptation à l’environnement rural s’est faite aisément, en ce qui concerne Franck Bakenga, les débuts dans la région de Clare ont été plus compliqués.
Malgré l’accueil par les équipes universitaires, le changement d’environnement par rapport à son pays d’origine s’est révélé drastique pour lui.
«Je viens d’un pays où […] vous êtes entouré par les communautés, vous êtes entouré par les membres des familles, les gens du quartier, et ainsi de suite. Mais quand je suis arrivé, je devais recommencer tout à zéro», explique-t-il.
Ainsi, les liens créés avec d’autres étudiants lui ont été cruciaux.
«Je peux dire que ce que je suis aujourd’hui, c’est, disons, la construction de plusieurs personnes, […] les collègues étudiants m’ont beaucoup apporté», affirme-t-il.
Quelque temps après leur installation, les deux étudiants ont été confrontés à l’un des problèmes majeurs de la région: l’absence de moyen de transport continu.
À cet effet, leurs collaborations ont été primordiales pour assurer des déplacements ponctuels ou spontanés.
Bikuba évoque notamment le soutien de Laurent Materanya, un membre de sa famille, également étudiant de l’Université Sainte-Anne et fondateur de Materanya Services and Mobility. Cette petite entreprise offre depuis septembre un service de transport moderne utilisant une application mobile en zone rurale.
«Si Laurent ne m’aidait pas, je ne sais pas comment j’allais me débrouiller. Donc, ce n’est pas seulement Laurent, il y a aussi les gens, les étudiants, les gens de la région qui nous ont aussi aidés», affirme Bikuba.
Cependant, si le domaine du transport sort peu à peu des sentiers battus, l’aspect du logement n’est pas en reste.
En zone rurale, les étudiants l’ont compris, il ne suffit pas de consulter des sites web pour être à jour sur les récentes offres d’emploi. Ils priorisent ainsi le bouche-à-oreille, afin de relayer les informations et favoriser le contact humain.
«Au tout début, comme j’essayais déjà de parler de la nécessité pour moi de trouver un emploi, et à travers les personnes qui m’avaient accueilli, les personnes qui m’avaient rapproché dans le groupe, ils m’ont fait comprendre qu’il y avait certaines petites entreprises d’abord qui engageaient», explique Franck Bakenga, à propos de comment il a entendu parler du poste qu’il occupe actuellement.
Le bouche-à-oreille fonctionnerait également pour les recherches de logement. En s’organisant en petits groupes pour former des colocations, les étudiants multiplient leur champ de recherche et réduisent ainsi la charge mentale du processus d’installation.
C’est grâce à mes collègues, aux étudiants qui ont essayé de me montrer le chemin par où il fallait aller jusqu’à ce que j’aie fini par trouver une maison.
«C’est grâce à mes collègues, aux étudiants qui ont essayé de me montrer le chemin par où il fallait aller jusqu’à ce que j’aie fini par trouver une maison», mentionne Franck Bakenga.
Pour Divine Bikuba, le processus a également été facilité par le soutien d’autres étudiants, dont celui de Laurent Materanya.
«Ça n’a pas été difficile pour moi, vu que je ne cherchais pas seule, mais je cherchais avec Laurent. Et puis, il y avait aussi d’autres personnes qui sont restées pendant l’été dans la région», a-t-elle évoqué.
Si cette solidarité étudiante facilite progressivement l’intégration de plusieurs étudiants internationaux dans la région de Clare, elle demeure toutefois largement basée sur des réseaux informels.
Une réalité qui peut laisser certains nouveaux arrivants, plus isolés ou moins entourés, dans une position plus vulnérable face aux défis liés au transport, au logement ou à l’accès à l’information.
Il n’en demeure pas moins que cette organisation permet à certains étudiants internationaux de poser les bases de leur installation dans la région rurale de Clare.
