le Mardi 28 juillet 2026
le Mardi 28 juillet 2026 9:00 Entrepreneuriat

Industrie musicale: ce que révèle le rapport de l’ANIM sur l’entrepreneuriat en francophonie minoritaire

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Studio d’enregistrement. — PHOTO: Pixabay
Studio d’enregistrement.
PHOTO: Pixabay

Paru en mai dernier, le rapport sur l’entrepreneuriat dans l’industrie musicale des communautés francophones en situation minoritaire du Canada de l’ANIM rend visibles les réalités humaines du milieu aujourd’hui. L’objectif: appuyer ces entrepreneurs et entreprises en fonction de ce qu’ils font, plutôt que selon des cadres pensés pour les contextes majoritaires.

Industrie musicale: ce que révèle le rapport de l’ANIM sur l’entrepreneuriat en francophonie minoritaire
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Type de contenu: Actualité

Depuis 2001, l’Alliance nationale de l’industrie musicale (ANIM) milite pour faire entendre les voix et les visions de l’industrie musicale de la francophonie canadienne en situation minoritaire et en fonction des besoins spécifiques des régions.

Plus largement, l’organisme à but non lucratif s’inscrit dans une démarche de codéveloppement professionnel, visant à rassembler, à encourager le développement et à outiller leurs membres, en particulier les entrepreneurs.

Dans l’objectif de combler un manque d’informations sur l’entrepreneuriat culturel en contexte minoritaire, l’ANIM s’est entretenue auprès de 24 entrepreneurs canadiens partageant leurs parcours, leurs réalités et leurs ambitions.

Dans le rapport qui en découle, dirigé par la professeure Joëlle Bissonnette de l’Université du Québec à Montréal, on découvre certaines pratiques de l’entrepreneuriat musical francophone hors Québec que la recherche à tâcher de rendre visibles et légitimer auprès des institutions, bailleurs de fonds et associations.

«Mettre tout ça à plat, ça devient un outil de travail pour revendiquer, pour représenter les intérêts de ces entrepreneurs-là d’une façon qui soit éclairée de leurs réalités», explique Joëlle Bissonnette.

Un des premiers constats se démarquant, c’est la capacité des acteurs de l’industrie à faire beaucoup avec peu. Une observation qui traverse l’ensemble des pratiques, assure Julie Fradette, du conseil d’administration de l’ANIM.

Au Québec, on n’aurait pas nécessairement besoin de développer ces compétences, mais là, parce qu’on est en milieu minoritaire, il faut les développer. La diversité des compétences, je pense que c’est ça le mot d’ordre: c’est que c’est des entrepreneurs qui finissent par apprendre tous les métiers.

— Joëlle Bissonnette

Joëlle Bissonnette confirme que, dans des contextes plus majoritaires, on verrait plus une spécialisation.

«Il y en a qui arrivent à vivre de leur entreprise, d’autres qui doivent composer avec un autre métier ou, dans leur entreprise, offrir des services qui ne sont pas des services nécessairement musicaux, souligne-t-elle. Donc, une entreprise qui va faire de la production de musique, de la production de spectacles, mais qui va aussi offrir des services de communication à d’autres entreprises pour diversifier ses sources de revenus.»

La diversification des activités semble donc se poser ici comme une norme.

Autre observation soulevée: le nombre d’entreprises individuelles existant. En effet, ce modèle économique apparaît privilégié par rapport aux sociétés par actions. Un choix souvent favorisé en raison des coûts supplémentaires de l’incorporation face aux bénéfices à y gagner (avantages fiscaux, stabilité de revenus).

«Certains entrepreneurs font également des alliances et de la mutualisation de ressources, sans être formellement des coopératives, mais pour travailler ensemble sur un projet commun», fait remarquer Joëlle Bissonnette.

Elle souligne d’ailleurs que la collaboration est beaucoup plus valorisée dans l’industrie musicale des communautés francophones en situation minoritaire que dans des contextes majoritaires. Les entrepreneurs et les artistes développant entre eux des pratiques de soutien et d’entraide qui bonifient ce que chacun fait individuellement.

«Le fait d’être moins nombreux, puis de partager une réalité semblable, ça fait en sorte que les solidarités vont être plus faciles à établir, relève-t-elle, même entre des personnes qui travaillent dans des communautés très éloignées l’une de l’autre.»

En outre se dégage la figure de l’artiste-entrepreneur, en émergence depuis ces dernières années.

«Un statut qui manque quand même cruellement de reconnaissance», regrette Julie Fradette.

«La culture n’est pas autant reconnue comme une industrie, la rejoint Joëlle Bissonnette. Et à ce moment-là, c’est plus dur pour des entrepreneurs de l’industrie musicale d’être reconnus à titre d’entrepreneur et d’obtenir du soutien.»

Cela se retrouve notamment dans les activités de mentorat souvent réalisées bénévolement, gratuitement, sans aucun financement.

Concernant les progrès technologiques, l’étude démontre surtout la charge de travail qui en incombe dans des environnements déjà effrénés.

«On est dans des contextes où c’est des entrepreneurs qui ont à apprendre 14 métiers différents pour pouvoir fonctionner, rappelle Joëlle Bissonnette, puis offrir des services aux artistes, les changements technologiques s’ajoutent à ça.»

Julie Fradette abonde dans son sens, ajoutant que ces évolutions ont aussi un impact sur la répartition des revenus. 

«Les technologies sont assez discriminatoires en général», accuse Joëlle Bissonnette. En effet, pour la professeure, plus on est issu d’un contexte minoritaire, plus on est assimilé «dans une mer de contenu dans laquelle ça devient difficile de se démarquer. Puis ça, pour des entreprises qui peinent déjà à garder la tête hors de l’eau, à se faire connaître, à garder leur place dans un marché mondialisé, c’est sûr que ça ne peut pas être perçu d’entrée de jeu comme quelque chose de positif.»

D’autre part, le fait que ces technologies soient développées par des entreprises multinationales, qui n’ont pas une vision spécifique de chaque communauté, peut aussi être inquiétant. 

Toutefois, dans sa globalité, le rapport dresse un bilan plutôt favorable concernant l’avenir de l’industrie musicale de la francophonie du Canada hors Québec.

Joëlle Bissonnette les dépeint comme «des gens travaillants, qui veulent faire bien les choses, faire rayonner la musique, valoriser la culture de la langue de leur communauté, mais qui ont besoin un peu de ressources, de possibilités pour le faire sans que ce soit au prix de leur santé.»

D’après la professeure, il devient nécessaire aujourd’hui de leur fournir les moyens adéquats pour leur permettre d’explorer leurs propres visions de l’entrepreneuriat, de démarcher sur de nouveaux marchés, d’entretenir des relations avec les artistes, ainsi qu’avec les autres entreprises de l’industrie musicale. 

«Beaucoup d’entrepreneurs sacrifient énormément de choses pour pouvoir faire fonctionner leur entreprise, puis faire durer des carrières d’artistes. On veut des façons de rendre ça plus viable», insiste-t-elle.

Dans ce contexte, elle invite les artistes, et toute personne entreprenant des projets dans l’industrie musicale, à se revendiquer comme entrepreneurs, afin de pouvoir demander les ressources qui peuvent leur être offertes. De même, elle rappelle que l’ANIM dispose d’une pépinière et d’outils d’accompagnement pour les entreprises qui débutent.

«Eux et elles ne doutent pas que ce qu’ils font est réel et concret, affirme-t-elle, mais c’est quand même bien d’avoir une vue d’ensemble de tout ça, puis de voir qu’il y a un intérêt.»

«La francophonie minoritaire est extrêmement inspirante pour les autres, soutient Julie Fradette. Le Québec a tout intérêt, je pense, à être plus à l’écoute de ce qui se fait du point de vue entrepreneurial en francophonie minoritaire.»

Type: Analyse

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