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Alors que son deuxième roman, Antisèches, vient tout juste de paraitre, l’écrivain Sébastien L. Chauzu révèle aux lecteurs du Courrier ce qui se cache dans les rayons de sa bibliothèque. Des auteurs qui ont nourri son sens de l’humour, des personnages attachants et des récits bouleversants.
MPP: Quel est le livre de ton enfance?
SLC: Astérix. C’est ce que j’ai lu en premier avec mon père. Mon père n’est pas un grand lecteur, mais il adorait Astérix, donc c’est quelque chose qu’on partageait.
Si ça devait être un roman, ce serait Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier que j’ai lu très tôt et je ne l’ai jamais relu. J’ai un peu peur de le relire. Cette image d’adolescent flamboyant m’est restée très longtemps.
MPP: À l’adolescence, justement, vers quoi t’es-tu tournée?
SLC: Il y a un livre qui a tout déclenché, qui m’a donné envie de lire.
L’automne à Pékin de Boris Vian. Ce livre-là m’a vraiment marqué. Quand j’ai lu ça, je me suis dit, déjà que quelqu’un l’écrive, ensuite, que quelqu’un se dise, on va publier ça, c’est incroyable! J’étais choqué et ça m’a révélé que la littérature, c’est un espace de liberté où on pouvait tout dire.
Je me suis dit, non, en fait, non, il écrit comme ça parce que c’est un choix. Et Boris Vian, lui, fait le choix de l’absurde. Dans mon écriture, [l’absurde], c’est quelque chose. Je ne le travaille pas de la même façon que Boris Vian, mais ça m’est resté.
Sébastien L. Chauzu.
MPP: Aujourd’hui, quel livre offrirais-tu à un adolescent?
SLC: Souvent, il y a beaucoup de romans qui mettent en scène des adolescents qui sont en fait écrits pour les adultes, évidemment par des adultes. Mais j’ai vraiment l’impression que Le Grand Meaulnes, ça parle d’adolescents.
Et c’est vraiment aussi un roman qui parle aux adolescents. Il y en a peu de romans qui s’adressent vraiment à eux et je pense que ça en est un.
À ma fille, récemment, je lui ai offert We Should All Be Feminists, le roman graphique de Chimamanda Ngozi Adichie.
Le livre d’avant que je lui avais donné à lire, c’était un roman. Elle adore le maquillage, donc j’essaye de lui donner de la perspective, et donc je lui ai offert Maquillée de Daphné B.
MPP: Et qu’est-ce qu’on peut retrouver sur ta table de chevet?
SLC: The Stories of John Sheever. C’est quelque chose que je peux prendre le soir, si j’ai juste envie de lire pendant 15 minutes.
C’est inventif, l’écriture est précise, c’est vraiment un orfèvre, donc je peux prendre n’importe quelles de ces nouvelles et c’est un enchantement à chaque fois.
MPP: Est-ce que ça t’est déjà arrivé de ne pas finir un livre?
SLC: Jusqu’à l’âge de 40 ans, j’ai lu tous les livres que je commençais. C’était comme une règle d’or.
À partir de 40 ans, […] il y a quelque chose qui s’est passé. Je me suis dit, non, c’est bon. Si quelque chose ne te plait pas, au bout de 50 pages, je ne vois pas pourquoi tu continuerais. Ça veut dire qu’il y a quelque chose qui n’a pas été réussi et donc je le fais beaucoup plus facilement.
MPP: Est-ce qu’il y a des livres que tu relis?
SLC : My Dog Stupid de John Fante. C’est court, c’est méchant, c’est incorrect. Vraiment, ça se lit comme un bonbon acidulé. C’est magnifique.
Et aussi, Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. C’est quelque chose que je lis chaque année. Pour tout ce qui est création, c’est incroyable.
MPP: Est-ce qu’il y a un personnage de la littérature dans lequel tu te reconnais ?
SLC: J’aimerais me reconnaitre dans les perdants magnifiques. Dans les personnages de Richard Brautigan, dans ces perdants qui continuent d’avancer. Ils savent que tout est perdu, mais ils continuent d’y croire.
MPP: Et est-ce qu’il y a un univers de fiction dans lequel tu aimerais vivre ?
SLC: J’aimerais vivre dans un livre de Philippe Djian. Il y a de la chaleur qui se dégage entre les personnages. Il y a une humanité qui transpire de toutes ses histoires.
MPP: Si tu devais choisir un livre pour voyager?
SLC: Le Comte de Monte-Cristo. Il y a tout dans ce roman. Ça donne envie de voyager, mais surtout, ça donne envie de vivre. C’est le livre de quelqu’un qui se bat pour vivre. Une fois qu’on le lâche, on a envie de réinventer sa vie.
MPP: Quel livre, selon toi, faudrait-il avoir lu au moins une fois dans sa vie?
SLC: The Great Gatsby. Un classique dans tout le monde occidental. C’est rempli d’images, c’est bourré de symboles. C’est des personnages auxquels on s’identifie très facilement. À la fois tous détestables, et en même temps attachants.
La littérature, elle est là. C’est un livre qu’on lit très facilement et à la fin, on se dit, mais j’ai envie d’en sauver aucun. Pourtant, on a envie de savoir ce qui se passe et on a envie de connaitre leur histoire. C’est un livre important.
MPP: Enfin, si tu pouvais partager un diner avec un ou plusieurs auteurs, qui inviterais-tu?
SLC: Nathan Hill, qui a écrit récemment Wellness. Ses romans, c’est dense, c’est intelligent, donc j’aimerais connaitre l’homme derrière.
Philip Roth. The Human Stain, ça a été un choc pour moi. J’ai lu beaucoup de ses romans, et c’est pareil, c’est brillant. Il a toujours été en avance sur son temps.
Et Joyce Carol Oates, l’auteure de Blonde. C’est un livre que je pourrais prendre sur une ile déserte. C’est extraordinaire.
Astérix de René Goscinny et Albert Uderzo
Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier
L’Automne à Pékin de Boris Vian
We Should All Be Feminists de Chimamanda Ngozi Adichie
Maquillée de Daphné B.
The Stories of John Cheever de John Cheever.
My Dog Stupid de John Fante
Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke
Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas
Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald
Wellness de Nathan Hill
The Human Stain de Philip Roth
Blonde de Joyce Carol Oates
