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Jean-Philippe Giroux
IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
La cérémonie a été diffusée en ligne dans les écoles du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP) et est accessible au grand public en ligne.
La Journée du chandail orange, célébrée le 30 septembre en même temps que la Journée de la vérité et de la réconciliation, a été lancée en 2013 pour attirer l’attention sur l’histoire des écoles résidentielles.
En 2021, le CSAP a tenu sa première cérémonie de reconnaissance. Dans le passé, la cérémonie a eu lieu dans la région d’Halifax et dans le nord de la province.
Pour la 5e édition, l’on voulait l’organiser dans le sud-ouest, une région où la relation entre les deux peuples a été tumultueuse, depuis les dernières années. «C’est important, je pense, d’avoir l’humilité, d’être honnête et d’être transparent, débute Danielle Root, coordonnatrice des programmes et services mi’kmaq. On sait que les choses entre les Mi’kmaq et les Acadiens dans la région sud n’étaient pas toujours bien.»
En discutant avec le directeur de l’école, elle a décidé qu’elle était prête à faire une cérémonie dans la région.
Si on ne se connait pas, on ne peut pas guérir ensemble.
Mi’kmaw de la Première Nation de Listuguj et Acadienne de Balmoral (Nouveau-Brunswick), Root souhaite se mettre de l’avant pour adresser le sujet, avec amour. «Je respecte les défis que mes ancêtres acadiens ont eus. Et je respecte aussi les défis que mes ancêtres mi ‘kmaq ont eus. Mais aussi, c’est une relation unique entre les deux peuples. Si on ne se connait pas, on ne peut pas guérir ensemble.»
Elle fait référence au partage historique entre les deux peuples, de mots, de coutumes, de luttes, etc., avant l’intervention de la Couronne.
C’est là, selon elle, l’essence de la vérité et de la réconciliation: de s’informer, de ressentir et d’agir. «On implique les élèves et le personnel enseignant. On donne des faits à propos des pensionnats. On reconnait que ces deux peuples-là ont des liens historiques d’alliance et d’amitié, et on veut les raviver […] Le but commun, c ‘est une guérison.»
«Deux affaires qui nous manquent, c’est la vérité et la réconciliation», renchérit Noé Bourque, enseignant de l’École secondaire de Par-en-Bas, qui a aidé avec la planification de la cérémonie. Avec ses élèves, son approche est de s’éloigner des anecdotes personnelles liées aux relations avec les Mi’kmaq et de se focaliser sur du matériel plus concret.
Avec les élèves, il y a parfois une peur d’en parler ouvertement, constate l’enseignant, par crainte que la discussion mène à un incident.
Mais, le cas échéant, ça se gèrera, insiste-t-il. «Je pense pas qu’éviter l’affaire va aider.»
Bourque remarque que le CSAP a fait beaucoup d’efforts dans les dernières années pour incorporer l’éducation aux Premières Nations dans le curriculum.
Des ressources importantes afin d’aider les enseignants à aborder le sujet, et de le faire avec plus de confort et de confiance. «Parce qu’avant, c’était beaucoup plus à chaque enseignant individuel à décider tant et quoi parler à propos. Et je crois que, de plus en plus, à mesure qu’on révise les programmes d’études, y mettent plus d’un accent là-dessus.»
En 2024, la Loi sur le CSAP a été promulguée. Elle inclut une précision des fonctions du Conseil, dont:
- l’établissement et la mise en œuvre des programmes et des politiques favorables à l’avancement de l’éducation des Mi’kmaq
- l’enrichissement du matériel pédagogique de renseignements concernant l’histoire, la langue, le patrimoine, la culture et les traditions des Mi’kmaq de même que leur contribution à la société
Il y a encore du chemin à faire, avoue Root, chose qu’elle a constaté notamment en passant à travers les livres dans les archives, qui ont des représentations désuètes des Premières Nations, et en bonifiant l’offre de ressources.
Bourque suggère aussi une meilleure harmonisation du message et de la manière d’enseigner le sujet. «Je crois vraiment que ça serait bien de voir, du côté du conseil, de la rigueur, de la planification faite, des ressources cahiers, pour qu’on puisse présenter ça avec confiance.»
Mais, somme toute, il y a eu du progrès, et ces efforts en valent la peine, d’après Root. «La réconciliation, c’est pas facile. C’est vraiment pas facile. Mais c’est un trajet épanouissant.»
