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Paru en mai dernier, l’ouvrage qui en découle tente d’apporter un regard inédit sur l’évolution de l’Acadie et de sa diaspora.
Initié en 2019, le recueil est le fruit de huit années de recherches et d’échanges. Il rassemble, en 17 chapitres, des études acadiennes novatrices, portant sur différents thèmes allant de la période coloniale jusqu’à nos jours.
De l’histoire à la sociologie, en passant par les sciences politiques, la littérature ou la sociolinguistique, les deux codirecteurs du projet ont fait appel à des chercheurs émergents venus de divers horizons pour répondre à une double ambition.
Premièrement, il s’agissait de comparer la société acadienne, à différentes époques, à d’autres sociétés et des groupes minoritaires, qui ont subi une injustice historique, ou encore issus d’autres coins de la Francophonie.
Puis, il était question d’étudier les influences transnationales, c’est-à-dire d’observer quelles étaient les interactions de l’Acadie du Canada atlantique avec le monde extérieur. «Ça a étendu ma vision, mes visions de l’aventure acadienne dans le monde», affirme Clint Bruce, professeur et directeur de la Chaire de recherche en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT) à l’Université Sainte-Anne.
«Une des choses qu’on a tous apprises, c’est qu’on n’a pas besoin d’être d’accord sur une vision de l’Acadie pour avoir des échanges très fructueux.»
Dans un monde de plus en plus consensuel et en même temps de plus en plus clivé et divisé, il était, en effet, intéressant pour les 18 chercheurs d’observer, tout en arrivant à trouver des terrains d’entente, qu’ils avaient chacun des points de vue différents sur l’Acadie.
«Pour certains d’entre nous, c’est vraiment la diaspora après la Déportation. On s’intéresse à des populations d’origines acadiennes moins connues. Et pour d’autres, c’est vraiment la francophonie du Canada atlantique qui prime, et c’est ça l’Acadie. Donc, on définit l’Acadie de différentes façons, même dans la définition, exprime Clint Bruce. J’ai appris énormément de choses au contact des travaux de tous ces auteurs-là.»
Dans ce contexte, au fil de leurs nombreuses rencontres, organisées sous forme d’ateliers, de lecture et d’échanges, en sont émergés les grands thèmes qu’ils souhaitaient étudier, aborder et réunir dans l’ouvrage.
«Une des questions qui sont très communes à beaucoup de chapitres dans le livre, c’est: qui parle pour l’Acadie? Qui peut vraiment s’exprimer pour l’Acadie et dire que les Acadiens et Acadiennes veulent ceci et veulent cela? Est-ce que c’est l’élite? Est-ce que c’étaient les autorités françaises à l’époque coloniale? Les gouverneurs? Qui peut parler pour le peuple? Qu’est-ce qui arrive quand il y a des dissensions? Il n’y a pas de gouvernement acadien, alors qui peut représenter l’Acadie?»
Une collaboration prometteuse, susceptible de révolutionner le champ des études acadiennes ou, à tout le moins, l’enrichir de manière significative, dans plusieurs dimensions. «J’espère que, pour les étudiants, les amateurs d’histoire, des personnes qui travaillent peut-être pour des organismes, qui montent des expositions, les journalistes, bien sûr, que vous allez peut-être trouver un, deux, trois chapitres qui vont vous apporter quelque chose pour complexifier, nuancer votre regard», confie Clint Bruce.
«Deuxièmement, c’est qu’il y a peut-être d’autres personnes qui veulent faire d’autres recherches sur la culture acadienne, l’histoire acadienne, les questions de justice linguistique en Acadie et qui vont lire certains de ces travaux et avoir de nouvelles pistes.»
Enfin, il souhaite que les chercheurs ou toute autre personne intéressée par la recherche, mais qui ne connaitrait pas l’Acadie, puissent la découvrir grâce à ce livre.
«On veut inciter les gens à questionner les choses, peut-être qu’ils ont toujours entendues et qu’ils ont toujours juste tenues pour vraies, sans vraiment les interroger, soutient-il. Certains des thèmes sont des thèmes nouveaux et incitent les gens à questionner certaines de leurs idées reçues.»
Il cite par exemple le chapitre de la chercheuse Rachel Doherty, originaire de Louisiane, qui a étudié l’identité queer chez deux auteurs acadiens, Antonine Maillet et Régis Brun, à travers la question du folklore. «Comment est-ce que le folklore acadien a des thèmes queers dedans? Alors, moi, je trouve ça brillant et c’est très convaincant. Et on n’a pas beaucoup pensé à ça. Et pourtant, c’est là.»
Il partage également ses travaux et ceux de la chercheuse Isabelle LeBlanc, qui ont analysé, dans deux chapitres différents, les relations entre la Louisiane et la communauté acadienne, ou d’origine acadienne en Louisiane, sous l’angle du racisme en Louisiane. «Comment est-ce que le racisme antinoir a influencé les types de rapports qu’il y a eu à travers la diaspora acadienne, quand les gens de la Louisiane ont été en contact avec les gens du Canada?» s’interroge-t-il.
Penser que ces choses-là n’existent pas vraiment, que ça n’a pas d’impact sur l’Acadie d’ici, on essaie vraiment de casser cette ignorance-là, ou ce point d’aveuglement.
En somme, un projet d’envergure qui ne s’arrête pas là. En pleine promotion de l’ouvrage, Clint Bruce confie avoir déjà discuté avec son collaborateur Gregory Kennedy d’une suite, avec une nouvelle équipe, mais guidée par le même objectif de remettre en question des idées reçues.
Menée avec l’appui de l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton et de l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne, Repenser l’Acadie dans le monde a bénéficié de l’appui de plusieurs partenaires institutionnels: l’Institut Wilson; la CRÉAcT; le Gorsebrook Research Institute; le Conseil de recherches en sciences humaines; la Faculté des études supérieures et de la recherche; et la Faculté des arts et des sciences sociales, de l’Université de Moncton.
