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«On a sorti un communiqué pour parler sur l’ampleur des coupures, mettre en lumière les impacts et mobiliser le public», explique Nour Enayeh, présidente de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC). «Ce qu’on voulait dire, c’était vraiment de faire comprendre que c’est une situation alarmante.»
Car si la situation financière du pays s’avère difficile et que ces réductions budgétaires sont certainement nécessaires, il ne semble pas justifié que ces dernières soient faites au détriment des femmes, des immigrants ou de toutes autres minorités, selon l’Alliance. «Je comprends qu’on a besoin de faire des coupures, sauf que, quand on fait des coupures sur des budgets qui touchent les femmes, ce seront les femmes qui vont payer le prix. Mais surtout les femmes qui sont en difficulté.»
80 %, c’est une coupure immense, et la situation des femmes est déjà fragile. Donc ça va entrainer plus de précarité.
Le risque étant d’aggraver la situation des personnes en précarité, notamment pour les nouvelles arrivantes. «Quand il y a eu la Covid, on a vu que c’était vraiment les femmes, la situation des femmes, surtout financière, la santé, qui était touchée en premier, rappelle Mme Enayeh. 80 %, c’est une coupure immense, et la situation des femmes est déjà fragile. Donc ça va entrainer plus de précarité.»
Pour la présidente de l’AFFC, il s’agit véritablement d’un recul historique pour les droits des femmes.
Et davantage encore pour les femmes en situation minoritaire, comme les femmes francophones, qui peinent déjà à accéder aux services en français, encore rares dans de nombreuses provinces. «Dans les endroits ruraux, où les femmes font face à l’isolement déjà, c’est là où on va voir que ça va les affecter encore plus. Mais surtout, on parle de sujets comme le féminicide, comme l’inégalité salariale, qui, en 2025, est encore très présente au Canada.»
Nour Enayeh, présidente de l’AFFC.
Au sein des territoires, où il n’y a pas ou presque pas de services ou de maisons d’hébergement en français pour les femmes francophones qui font face à la violence, ces dernières risquent, en effet, de faire partie des premières touchées.
«Si déjà elles n’ont pas accès à des services dans leur langue, mais qu’elles font en plus face à d’autres intersectionnalités, comme, par exemple, la précarité, si elles ont des problèmes de santé, si elles sont nouvelles arrivantes, qui déjà ont besoin de beaucoup de soutien pour pouvoir survivre, c’est sûr que, quand on coupe dans des projets comme ça, c’est elles qui vont être frappées.»
En outre, cette mesure pourrait causer des conséquences négatives importantes sur l’ensemble du tissu associatif féministe du pays. «Il y a des projets qui ne vont pas être renouvelés, redoute Mme Enayeh. Des projets qui sont mis en place, qui ont déjà été bâtis et qui devraient continuer pour pouvoir soutenir les femmes.»
«Ça va être ces projets qui vont être coupés. Dans certains endroits, ça va être les seuls projets qui visent les femmes francophones.»
Et plus préoccupante encore se révèlera cette situation sur les territoires où il n’existe pas de groupe féministe, et encore moins de groupes féministes francophones. «Si vous voulez voir à travers le Canada combien de maisons d’hébergement offrent des services en français, pour des femmes, par exemple, qui font face à la violence, vous pourrez les compter sur vos doigts. Surtout dans des provinces en situation minoritaire.»
Dans ce contexte, l’AFFC invite la population à contacter les députés pour exprimer son inquiétude et demander un soutien aux organismes qui représentent les femmes.
Malgré ses inquiétudes, Mme Enayeh affirme avoir confiance en certaines personnes au sein du gouvernement qui ont déjà su par le passé montrer leur soutien pour la cause des femmes francophones en situation minoritaire.
Elle espère que leurs voix pourront les soutenir. «Il faudra s’entraider. Il faudra s’assurer que nos femmes les plus vulnérables ont un service en français, que les projets puissent être pérennes.»
Autrement, l’Alliance souhaite que le gouvernement ait envisagé un plan B pour éviter le pire. «Si vraiment j’avais à prendre un mot pour exprimer comment je me sens en tant que présidente de l’AFFC, c’est vraiment choquée.»
Guère optimiste, Mme Enayeh espère tout de même qu’une solution sera rapidement trouvée pour remédier à cette situation, qu’elle qualifie de très inquiétante. «Il faut protéger nos droits des femmes et vraiment arrêter de prendre les femmes en second plan pour des raisons budgétaires à chaque fois qu’il y a quelque chose à régler au gouvernement.»
