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Passionné de musique depuis son plus jeune âge, après presque 25 ans de carrière, cet anglophone de l’immersion partage avec émotion son nouvel attachement pour la chanson française.
«J’ai beaucoup aimé ça, jouer de la musique pour le monde. Je trouvais que ça leur amenait quelque chose de joyeux», témoigne-t-il en se souvenant de sa première performance professionnelle, sur un bateau touristique, à Bay Bulls, où il chantait des chansons traditionnelles terre-neuviennes et irlandaises.
«Après ça, j’ai commencé à écrire mes propres chansons et à vraiment m’impliquer dans la scène musicale à Saint John’s. C’est une scène vraiment riche, je trouve.»
À cette époque, l’artiste faisait partie d’un groupe de rock’n’roll, The Connections, dont il garde encore de très bons souvenirs.
«On avait fait un album, on avait fait une tournée jusqu’à Toronto. Vraiment, ce mode de vie, être dans un groupe, jouer de la musique pour les personnes, avoir toutes les interactions qu’on peut avoir en faisant ce métier, ça m’a beaucoup attiré.»
Un sentiment d’appartenance qu’il ressent aujourd’hui aussi, mais d’une différente manière, maintenant qu’il performe au sein de la communauté francophone.
«Je ne suis pas francophone de base. J’ai fait le français à l’école en immersion. Alors c’est sûr qu’en grandissant, je n’étais vraiment pas exposé à la musique en français», relate-t-il.
Naturellement, il s’est donc d’abord mis à chanter et écrire en anglais. «Ce qui m’a introduit à la musique francophone, c’était quelques voyages à Québec, où j’ai commencé à écouter de la musique en français. Il y a des personnes qui m’avaient introduit aux grands chanteurs et chanteuses incontournables francophones.»
À la découverte d’artistes comme Jacques Brel, Georges Brassens ou Serge Gainsbourg, puis en se mettant à écouter de la musique québécoise et acadienne, il s’est très vite senti inspiré.
«J’avais une mélodie et je me suis dit qu’elle avait l’air mieux avec les paroles en français. Je ne sais pas exactement pourquoi. Après ça, graduellement, je me suis retrouvé de plus en plus impliqué dans la communauté francophone à Saint John’s.»
Mais c’est en participant à des ateliers d’écriture de chansons en français que le tournant a finalement eu lieu. Cela l’a motivé à s’inscrire ensuite au concours annuel de musique émergente, organisé par le Festival international de la chanson de Granby, au Québec. Un évènement qui l’a profondément marqué.
«C’était juste une expérience incroyable d’être entouré de tous les musiciens du Québec et de tous les autres artistes. À ce point-là, je me suis dit qu’il y a des opportunités incroyables dans le monde francophone.»
J’aime chanter en français. Ça me donne une différente manière de m’exprimer.
Des découvertes qui renforcent son attachement envers la langue et l’amènent aussi à explorer une nouvelle forme de langage créatif.
«J’aime chanter en français. Ça me donne une différente manière de m’exprimer. Je ne sais pas exactement comment le définir, mais je pense qu’on s’exprime de différentes manières dans différentes langues. Et moi, j’ai beaucoup aimé la manière dont je m’exprimais en français.»
Notamment parce que cela lui permet de se laisser aller dans une écriture plus lyrique et symbolique, mais également une plongée plus profonde dans l’expression de ses sentiments.
«Je pense que, dans la musique francophone, il y a plus de poésie, en général. C’est un peu plus permis de s’exprimer d’une manière vraiment poétique, d’utiliser des métaphores, des émotions.»
Lorsqu’il en est venu à l’écriture de son premier album en français, il s’est alors orienté vers un style qu’il définit comme classique, inspiré des artistes de l’âge d’or de la chanson française (1950-1970), mais également d’autres plus contemporains, comme les Québécois Jean Leduc, Richard Desjardins, ou encore l’Acadienne Lisa LeBlanc.
En développant son intérêt pour la musique française, à travers elle, c’est aussi pour la culture acadienne qu’il s’est de plus en plus pris d’affection.
«C’est juste une communauté qui est tellement accueillante, affirme-t-il. C’est ça que je retrouve toujours quand je suis dans cette communauté-là. Parce que, en tant qu’anglophone, je ne savais pas quelle serait exactement la réception de quelqu’un chantant en français, comme s’il me voyait comme un imposteur ou quelque chose comme ça. Mais, en fait, ce n’est pas du tout le cas. J’ai toujours reçu un accueil très chaleureux.»
Ce qu’il chérit d’autant plus que ce soutien est aussi pour lui une grande source d’inspiration, car, comme il le souligne, la musique est un travail qui se vit malgré tout beaucoup en solitaire.
«Quand tu as la chance de te rassembler avec les autres artistes qui font tous la même chose que toi, c’est tellement enrichissant et nourrissant.»
Un naturel empathique qui se ressent aussi dans ses chansons où il met en scène des personnages singuliers, inspirés de personnes qui lui sont proches. «Moi j’aime bien raconter des histoires», confie-t-il avant de s’épancher davantage sur l’un des principaux thèmes de l’album, «l’importance de suivre son propre chemin» et de rester authentique, sans se comparer aux autres. «Puis, vraiment de trouver tes rêves.»
Mais c’est également un hommage à sa culture terre-neuvienne qu’il a voulu rendre en réalisant cet album. Notamment à ses amis pêcheurs, dont l’activité a beaucoup été impactée depuis le moratoire de 1992 sur la pêche de la morue.
«Je trouve qu’on est un peuple qui est très fort. On est persistant, malgré toutes les choses difficiles qui se sont passées.»
Toutes ces histoires qu’il porte à travers ces chansons, il souhaite aujourd’hui pouvoir les partager avec son public. Revenant sur certains concerts qui ont eu lieu au cours de sa tournée en Nouvelle-Écosse, il se dit particulièrement heureux d’avoir pu participer au spectacle de la Fierté organisé par la communauté de Clare, le 6 juin dernier.
«J’ai vraiment apprécié être invité à faire ça, surtout dans cette région comme la plus francophone de Nouvelle-Écosse, la plus acadienne.»
Mais c’était aussi important pour lui de faire partie de cette célébration, étant donné que les évènements de fierté restent rares dans les zones rurales, et que la communauté 2SLGBTQIA+ y a donc moins d’opportunités de se rassembler que dans les grandes villes.
«Il y a des personnes qui vont écouter ta musique et qui vont être inspirées de ça, pour qui ça va donner du courage.»
C’est, en effet, quelque chose qu’il espère sincèrement, car s’il n’a jamais caché son orientation sexuelle, il sait pourtant que, pour un grand nombre d’artistes, notamment dans le milieu musical, cela reste encore un sujet tabou.
«Quand tu es exposé à de l’art qui vraiment est honnête, qui peut vraiment exprimer quelque chose d’important pour l’artiste, je pense que ça peut t’affecter d’une manière vraiment positive, soutient-il. Je pense que c’est inspirant de voir quelqu’un qui s’exprime d’une manière vraiment honnête.»
Sincérité et authenticité: des valeurs qui lui sont donc très chères et qu’il a eues à cœur de partager à travers cet album, tout comme dans son prochain simple, «Existence», qu’il sortira à l’automne.
«C’est une histoire d’amour, avec un peu d’humour, et c’est vraiment une chanson qui fait danser. Je pense qu’on a besoin de chansons qui sont juste légères et joyeuses, surtout maintenant, mais en tout temps. Les chansons joyeuses, c’est important.»
