le Vendredi 5 juin 2026
le Mardi 3 juin 2025 7:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Sabrina Dupuis: «Je ne voulais pas me cacher sous le drap»

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Sabrina Dupuis sur scène. — PHOTO: Eugénie Pigeonnier
Sabrina Dupuis sur scène.
PHOTO: Eugénie Pigeonnier

Jeune danseuse contemporaine originaire de Moncton, Sabrina Dupuis s’est donné un nouveau défi l’année dernière en se joignant à la résidence artistique organisée par le Congrès mondial acadien 2024.

Sabrina Dupuis: «Je ne voulais pas me cacher sous le drap»
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Type de contenu: Actualité

Seule représentante de sa discipline, c’était la première fois qu’elle participait indépendamment d’un groupe à une résidence de création. 

Une occasion pour elle de mettre en lumière la danse contemporaine, mais aussi d’en apprendre davantage sur son propre rapport à sa pratique et à son corps. «Il n’y a pas souvent des résidences d’artistes en Acadie, témoigne Sabrina Dupuis, surtout pour la danse. Donc, quand j’ai vu passer ça, j’ai tout simplement envoyé mon profil.» 

Portrait de Sabrina Dupuis.

PHOTO: Emmanuel Albert

Pour se donner toutes les chances d’être sélectionnée, elle a fait le choix de proposer la suite d’une création qu’elle avait imaginée, en 2021, avec ses deux sœurs, récurrentes partenaires de scène. 

L’origine de ce projet avait été inspirée par ce qu’elles avaient appelé un «drap de fécondation», une couverture trouée, dénichée dans les archives du Musée acadien, que l’on utilisait par le passé durant les relations sexuelles. 

Les trois jeunes danseuses y avaient vu l’opportunité de partir de cette découverte pour parler, à travers leur art, des tabous du corps, d’hier et d’aujourd’hui.

Mais, à l’époque, Sabrina Dupuis n’avait pu y participer qu’en tant que monteuse vidéo, puisqu’elle se trouvait à Montréal à ce moment-là. 

La résidence du Congrès mondial acadien (CMA) 2024 s’est alors présentée comme une belle occasion pour pouvoir l’expérimenter à son tour, à travers son propre corps. «J’étais comme, “OK, on a fait la partie un, mais moi, je vais le porter aussi, voir jusqu’à où ça peut se rendre.” Donc, c’est ce que j’ai proposé.» 

«J’ai conduit la recherche de la création des sœurs Dupuis, avec ce drap de fécondation qu’on a trouvé, pour parler du tabou du corps, des limites que les femmes ont encore en Acadie et partout dans le monde. […] J’étais comme, “Je vais relever ce défi-là. Je vais faire face à moi-même là-dedans.”»

Une fois sa proposition acceptée, tout l’enjeu de la jeune danseuse a donc été de réussir à concevoir seule une œuvre suffisamment accessible pour son public, malgré son sujet difficile.

«J’étais comme, “Bon, ça va être cool, mais il faut mettre tout ça au clair, que ce soit pas trop abstrait, pour que les gens puissent comprendre ce que je présente.” Mais en même temps, c’est pour ça que la résidence de création existe. On voit où ça nous mène.» 

«J’étais comme, “J’ai cette idée-là, j’ai mon drap, puis finalement, on va découvrir ce que ça va devenir.” […] On s’entend que les femmes ont caché leur corps et cachent leur corps encore à ce jour. J’ai été m’amuser avec ça.»

Bien que nécessitant un certain temps d’isolement pour pouvoir explorer et rester concentrée, Sabrina Dupuis a toutefois beaucoup apprécié cette expérience de création inédite, en présence d’artistes aux univers très éclectiques. «Tout ça a vraiment nourri ma pratique parce que c’est aussi le vivant, qu’est-ce qui se passe, puis il y avait aussi tellement d’autres projets intéressants. C’était vraiment inspirant.» 

Sabrina Dupuis sur scène, le 14 avril dernier.

PHOTO: Vanessa Fortin

«Tu sais, souvent, je suis dans un studio avec un tapis de danse, des miroirs. Ça te met dans l’esprit “danse”. Mais là, c’était vraiment un autre paysage. J’étais comme, “Non, je ne vais pas être ici tous les jours. Je ne vais pas revenir en Nouvelle-Écosse faire une création.” J’ai voulu prendre avantage de ça.»

D’autant que, comme évoqué plus haut, c’était la première fois qu’elle se lançait seule dans un projet, et qu’il fallait donc qu’elle apprenne à explorer ses propres idées et à se faire davantage confiance. «C’était un beau défi de faire ça, de trouver moi-même ma motivation et mes pistes de création.» 

Malgré ces doutes, la jeune femme semble finalement satisfaite de ce qu’elle a rendu et de l’accueil reçu. «Tous les gens qui ont vu la performance ont fait comme, “Whaou! La danse contemporaine, ça a pas toujours besoin d’être compliqué!” Parce que, vu que j’avais un drap, une histoire, ma gestuelle était très libre, mais ils suivaient et ils étaient comme, “C’est fort de te voir te débattre avec un drap quand on sait [d’où] ça vient.” Ils pouvaient voir un peu le passé de ces femmes-là qui sont comme, “Ah! Laissez-moi sortir! Enlevez-moi de ce drap!” Que les gens aient vu ça, c’était vraiment fun.»

Et, elle-même estime être ressortie grandie de cette expérience créatrice, d’autant que cette dernière n’a pas manqué de venir soulever chez elle aussi beaucoup d’introspections. «Ça m’a fait me poser des questions sur mon rapport au tabou du corps.» 

«Parce que c’est une chose que moi je sois capable de porter mon costume, danser, tout ça, mais […] j’ai pas eu les mêmes limites que mes ancêtres, donc c’était un peu comme de mettre dans cette position-là, des positions un peu plus fragiles.»

Un positionnement face auquel elle n’a pas eu peur de se confronter et qu’elle continuera d’éprouver, si cela doit rendre justice à son art et au sujet qu’elle souhaite porter, aussi intense soit-il. «C’était important que je crée et que je vive ça pour que ma performance et ma pratique aient du sens, et pour que mon corps soit habité de la chose.» 

«C’est toujours un peu relié, parce que c’est cent pour cent moi. C’est comme, “me voici”. Donc c’est difficile de ne pas se cacher. [Et] je ne voulais pas me cacher sous le drap […] Je trouve que c’est vraiment important dans ma pratique, et c’est ce que je trouve beau dans la danse, qu’il y ait toujours une partie de moi qui est là. Je ne peux pas me séparer de mon corps.»

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