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«En rencontrant différentes personnes, différentes identités, différentes réalités, on a beaucoup discuté de grosses questions existentielles, [comme] c’est quoi être Acadien? C’est quoi le bonheur?» relate Nadeau.
«On a passé beaucoup de temps ensemble, c’était vraiment enrichissant. Ça a dépassé mes attentes. J’ai fait vraiment de belles connexions. Je pense que je me suis plus focussé sur retomber en amour avec l’Acadie et les gens qui y habitent.»
Originaire du nord-ouest du Nouveau-Brunswick, où l’on se dit davantage «Brayon» qu’«Acadien», Joe Nadeau en a d’autant plus été touché qu’iel n’avait pas eu l’opportunité d’explorer son acadienneté depuis son adolescence.
L’assumant pleinement désormais, tous ces liens qu’iel a tissés au cours de la résidence lui ont surtout appris une chose très importante: «être Acadien, c’est raconter des histoires.»
«C’est vraiment juste jaser avec le monde, raconter des anecdotes de nos vies, dans la langue qu’on veut, l’accent qu’on veut. On se rapproche sur comment on dit certains mots, ce qu’on dit, nous, ce que les autres disent de différent, raconter des anecdotes d’insécurité linguistique, etc..»
Une prise de conscience qu’iel relie aujourd’hui à son identité queer. «J’avais une drôle de relation entre l’acadienneté et mon identité queer. Je trouvais rare de voir les deux se mélanger […] Mais, moi, je suis Acadienne et queer, donc d’une façon, c’est déjà mélangé en moi.»
«Être Acadien, c’est chercher sa place, c’est toujours chercher à se définir. Mais aussi être queer, c’est toujours chercher à trouver sa place et à toujours se définir. Et chercher sa maison.»
«L’Acadie existe pas, existe plus en tant que telle, comme physiquement, selon certaines personnes. Mais la communauté queer, il y en a partout aussi. Il n’y a pas de lieu physique, mais on peut se rassembler et on se définit ensemble c’est quoi, en tant que communauté, genre, c’est où chez nous.»
Ainsi, lorsqu’on lui demande pourquoi ces deux identités, qui possèdent pourtant des similarités, comme elle vient de le souligner, peuvent être alors difficiles à réunir, iel estime qu’il s’agit surtout d’une question de génération et de mémoire.
«Avant, on ne parlait pas d’être queer, ce n’était pas dit. Si on avait des grands-mères qui vivaient ensemble, ce n’était pas dit ouvertement qu’elles étaient lesbiennes et qu’elles étaient un couple. C’était juste comme “des amies” ou des “roommates”.»
«Puis, il y a beaucoup de personnes queers qui sont décédées à cause de l’épidémie du sida, puis du suicide, tristement. Il n’y a pas eu de cris des personnes queers et acadiennes qui sont vivantes et qui parlent des deux ensemble. Même aujourd’hui, elles sont très minimes.»
Et c’est finalement à partir de cette observation et de sa volonté d’exprimer à travers son art ces deux facettes de son identité qu’iel en est venue petit à petit à construire son projet, un court-métrage racontant la légende d’Évangéline et Gabriel, en version queer. «Soit deux lesbiennes au lieu de juste un couple straight. Je voulais explorer cette réalité-là, qu’est-ce qui serait différent, comment je pourrais aborder ça.»
«Montrer comment elles s’aiment et comment elles sont safe dans leur espace, dans leur queerness, dans un champ, sans autre personne autour, parce que c’était une des seules façons que les personnes, dans le temps, pouvaient vivre leur amour. C’était en silence, en dehors de la société.»
Cette thématique des amours interdits à une époque qu’iel n’a pas connue la poursuit encore aujourd’hui, alors qu’iel s’apprête à se lancer dans la création d’un long-métrage, et qu’iel éprouve aussi plus intimement tout ce que l’expérience de la résidence lui a apporté.
«Ça me force à moins juger, à respecter le choix des personnes plus vieilles de garder leur identité queer (pour) elle-même. Parce que c’est un beau moment et c’est facilement brisé par des regards extérieurs.»
«Je pense qu’[il faut] garder la fragilité, la sensibilité des relations. Parce que personne ne peut savoir comment t’aimes, comment c’est. Tu ne peux pas connaitre la réalité de tout le monde. [Il faut] juste observer ça de loin, apprécier ça de loin. Garder le cœur ouvert dans la création et dans la vie parce que je ne pense pas que la création puisse exister avec un cœur fermé.»
