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«La résidence s’est vraiment bien passée, raconte-t-elle. C’était vraiment le fun, j’ai adoré. C’était intéressant de voir comment les autres travaillaient. Parce qu’on était tous des artistes de différentes disciplinarités.»
«Il y avait quelques artistes qui sharaient la même, mais en général, on pouvait s’inspirer les uns des autres, puis voir comment les autres travaillaient dans leur domaine.»
De cette observation, elle en a notamment retenu que l’art pouvait être expérimenté de différentes manières, propres à chacun, que tout le monde possède son propre processus créatif.
Un constat qui lui a également apporté une certaine assurance. «Je trouve que j’ai gagné plus de confiance envers moi-même, envers mon art. C’était une expérience vraiment enrichissante.»
Mais, ce sont aussi les connexions qu’elle a nouées qui lui restent fortement en mémoire, lorsqu’elle repense à l’été dernier. Particulièrement, parce que ces rencontres lui ont permis de découvrir des facettes de la culture acadienne, qu’elle ne connaissait pas encore.
«C’était bien de créer des liens, des amitiés avec d’autres artistes qui sont Acadiens, mais qui ne viennent pas nécessairement de l’Université de Moncton parce que, habituellement, les gens que je connais qui sont des artistes étudient dans le même programme que moi.»
L’Acadie est, en effet, un élément fort de l’identité de la jeune femme. Pour ses parents, originaires de Néguac, il a toujours été important de transmettre à leur fille cet apport culturel.
«[Pour] ma mère, le français, c’est un petit peu comme sa vie. Ça fait partie de sa profession, c’est sûr, de bien parler. Mais, quand j’étais jeune, ma mère, elle voulait pas qu’on parle chiac. Elle voulait qu’on parle le plus longtemps possible en bon français, en français acadien en tout cas.»
En grandissant, Marika Forbes s’est, malgré elle, approprié ce langage, le chiac, une variété du français acadien qui mélange l’anglais et le français, et y a même développé une certaine affection. «Avec le temps, avec l’école, puis en apprenant l’anglais, on a tous fini par parler chiac à la maison. […] En tout cas, moi, ça me fascine beaucoup, le chiac. Je suis fière de [le] parler.»
«Quand j’écris de la poésie en bon français, on dirait que c’est pas moi. On dirait que c’est comme un mensonge. Puis, quand j’écris plus en chiac, surtout quand c’est de la poésie, je trouve que c’est plus authentique, on dirait que c’est moi qui parle.»
Pouvoir exprimer qui elle est dans ses créations, qu’il s’agisse d’écriture ou de peinture, est, de fait, quelque chose qui tient à cœur à Marika Forbes. «L’art, c’est personnel. Pour moi, ajouter un poème en chiac ou faire une œuvre qui porte sur l’Acadie, c’est comme mettre une partie de moi dans l’œuvre, puis communiquer quelque chose.»
Ainsi, pour le projet créatif qu’on lui a demandé de réaliser durant la résidence du CMA, c’est aussi auprès de la culture acadienne qu’elle a trouvé son inspiration.
«J’ai fait quatre toiles avec quatre oiseaux qui représentent les couleurs du drapeau acadien. J’ai fait un geai bleu pour le bleu, un chardonneret pour le jaune, un goéland pour le blanc, un cardinal pour le rouge. C’était supposé être tous des oiseaux locaux qu’on peut reconnaitre, qu’on voit par ici. Pour moi, l’oiseau, ça représente un petit peu comme la joie de vie, de la liberté.»
Joie de vie, liberté… Des valeurs qu’elle associe aussi beaucoup à l’Acadie. «[À] chaque 15 aout et [à] chaque Congrès mondial acadien, c’est comme si cette fierté-là en moi reprend vie. Parce que tu vis chaque jour sans trop penser autant à l’Acadie comme telle. Parce que tu es habitué, c’est la vie de tous les jours, ça vient comme le quotidien.
«Mais chaque 15 aout, au moins une fois par année, j’ai vraiment ce sentiment-là de fierté qui est fort en moi. C’est presque comme overwhelming. T’es juste tellement fière. T’es fière d’être ici, t’es fière d’être en vie, puis t’es fière d’être Acadienne.»
Des émotions qu’elle semble aussi avoir beaucoup ressenties au cours de la résidence. Une expérience qui demeurera, pour elle, des plus mémorables.
Et si, à ce jour, elle n’ose encore se prononcer sur ce qu’elle attend de la vie, elle reste cependant confiante, après tout ce qu’elle aura vécu, que cette dernière jouera certainement un rôle important, dans un avenir proche ou lointain.
«C’était vraiment incroyable. Même si ça fait déjà un an, c’était quand même inoubliable. Ça m’a marquée beaucoup de travailler avec d’autres artistes acadiens ou de la diaspora qui avaient à cœur l’Acadie comme moi. […] Je suis pas vraiment certaine de ce qui va être l’impact de tout ça, mais je suis sure qu’il n’y a rien qui arrive pour rien dans la vie, tout arrive pour une raison.»
