le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 2 mai 2025 7:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Jean-Jacques Pillet: «L’amour sera toujours guérisseur»

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
Portrait de Jean-Jacques Pillet. — PHOTO: Paul Ducharme
Portrait de Jean-Jacques Pillet.
PHOTO: Paul Ducharme

À l’aube des répétitions d’Évangéline, la nouvelle comédie musicale du groupe Québecor de Gestev, qui sera présentée en 2026, le metteur en scène et directeur de création du spectacle, Jean-Jacques Pillet, a partagé sur ce projet.

Jean-Jacques Pillet: «L’amour sera toujours guérisseur»
00:00 00:00

Type de contenu: Actualités

De ses origines à sa conceptualisation, sans oublier l’importance de cette légende pour le peuple acadien, il s’est exprimé sur l’intérêt à raconter aujourd’hui cette histoire.

«Elle (Caroline Cloutier) a eu l’idée, il y a à peu près 18 ans, et, il y a une quinzaine d’années, s’est alliée [à] Frédérick Baron, comme coauteur et parolier. C’est un processus qui a été très long», expose-t-il. 

«Caroline dit souvent qu’il est né d’un besoin qu’elle a ressenti. Elle a eu un flash à un moment donné, en retombant sur la légende de (Henry Wadsworth) Longfellow, où elle s’est dit, “Est-ce qu’il y a quelque chose qu’il faudrait raconter? Qu’on n’a pas encore fait, d’un point de vue comédie musicale?” Elle trouvait que c’était une belle façon de faire connaitre, à un public plus large, cette grande histoire, qui a souvent été oubliée.»

M. Pillet partage cette vision et estime essentiel que cette histoire, si ancienne soit-elle,  reflète les enjeux de notre monde contemporain. «Je ne voulais pas faire un spectacle d’époque en tant que tel, même si on [a] respecté les faits historiques, puisqu’on s’est alliés d’historiens et des personnes de la communauté mi’kmaw pour pouvoir mettre en place ce projet. [Mais] c’est une transposition de 1755 à aujourd’hui».

«Qu’est-ce qui résonne aujourd’hui dans le monde versus cette colonisation, dans un premier temps, et la Déportation, dans un deuxième? se sont-ils demandé avec les auteurs. Il y a là des sujets extrêmement importants, assez universalisés, pour pouvoir justement toucher le plus de monde possible, tout en gardant l’essence.»

En effet, si le début du projet est parti de la légende de Longfellow, c’est librement qu’ils ont choisi de s’en inspirer, en y apportant un lit de faits historiques conséquents. «Ce qu’ont vécu les Acadiens, c’est autour de 19 000 insulaires qui étaient là et pratiquement 12 000 qui ont été déportés, arrachés à leur terre, à leur propre famille. Donc, il y a là un devoir incroyable de raconter cette histoire avec beaucoup de justesse. Mais [sans] la renfermer sur elle-même.» 

La conscientisation doit prendre place.

— Jean-Jacques Pillet

«Parce que toute histoire de notre civilisation doit être connue au sens large du terme, parce que beaucoup de pays ont vécu ça, malheureusement […] Ce grand marasme qui a été vécu sur les terres de Nouvelle-Écosse doit être raconté, mais d’une façon plus contemporaine.»

D’autant plus, qu’il est primordial pour lui, en montant un tel spectacle, d’arriver à sensibiliser ceux qui se sentiraient les plus éloignés de cette histoire, notamment les plus jeunes. «La conscientisation doit prendre place, insiste-t-il. On le fait, pas tant au niveau des faits historiques, parce qu’ils sont là, mais au niveau d’Évangéline. […] C’est assez fascinant, parce que c’est un personnage qui n’a pas existé, puisque c’est une légende, mais [qui] réussi à toucher des millions de personnes.»

Convaincu que l’héroïne du spectacle était bien plus qu’une «révolutionnaire au grand cœur», il l’a construit en s’inspirant de la jeunesse contemporaine, qui n’a pas peur de s’engager pour un monde meilleur. «Il y a beaucoup de conflits d’aujourd’hui que l’on trouve à l’intérieur de cette Évangéline, qui va se battre pour son pays, pour cette identité culturelle qui lui tient plus qu’à cœur. Mais elle n’en est pas mielleuse pour autant, bien au contraire. En fin de compte, c’est une insoumise.»

Mais aussi, à travers l’histoire d’amour d’Évangéline et Gabriel, racontée dans le texte initial, auquel le metteur en scène a voulu apporter une dimension supplémentaire. «L’amour sera toujours guérisseur […] et cette histoire d’amour, j’ai décidé de [la] ramener [en] sol autochtone, et [non] en sol colonisé. Il y avait quelque chose là qui m’intéressait davantage, peut-être par mes croyances personnelles et ce que mon cœur me disait de faire, j’ai suivi cette intuition.» 

«J’ai tenté de me rapprocher de cette terre, de cette essence très primaire, si je peux dire, pour pouvoir inspirer cette histoire. Pour moi, c’était important d’avoir cette fondation-là, sur laquelle a coulé le lit de la Déportation, de laquelle est née cette histoire d’amour. Il y a plusieurs couches comme ça, jusqu’à ce que ce geyser de l’amour naisse de ce traumatisme, qui était en train de se vivre à l’époque.»

De par sa fibre humaniste, M. Pillet comprend aussi très bien en quoi cette légende occupe une place considérable dans la culture acadienne et pourquoi il est essentiel de la transmettre avec beaucoup de respect. «On peut pas juste raconter ça quand on est insensible. On ne peut pas juste se dire, “Oh, tiens, on va faire ça, ça va être un coup de bête!” Non, pas avec la vie des gens, pas avec la vie de 12 000 Acadiens qui ont été déchirés, déportés et qui sont morts au cœur de l’Atlantique. C’est pas possible. Nos motivations doivent être ailleurs.»

Parce que, bien que le spectacle soit écrit à partir d’une légende, il représente toutefois l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire acadienne, mais également des peuples autochtones canadiens.

«Il y avait aussi plusieurs aspects que je voulais mettre en avant pour trouver le contrepoint à ce marasme dans lequel ces êtres humains se sont retrouvés. […] Il faut trouver une certaine légèreté. C’est pour ça que, depuis le début, je parlais de guérison avec les auteurs. Je leur disais qu’[avec] une histoire comme celle-là, il faut pas qu’elle soit juste racontée, il faut qu’elle serve à quelque chose.»

La guérison, un terme qui résume peut-être à lui seul tout l’enjeu de cette œuvre. «La guérison, c’est le cœur qui parle, c’est pas la tête. Pour moi, c’était très important. J’ai beaucoup insisté là-dessus, explique-t-il. Et beaucoup de la responsabilité de la guérison du spectacle est dans la cour des personnages autochtones, de par leurs valeurs, leurs croyances, leurs assises, comment est-ce qu’ils sont éduqués.»

«Oui, les faits historiques, mais il faut aller plus loin que ça. Surtout en 2025, avec tout ce qui se vit sur la planète. Nous devons nous assurer que ce spectacle aura aussi une douceur dans le cœur des gens quand ils vont partir. C’est très important.» 

«On doit mettre en scène la sortie du théâtre. Avec quoi le public va rester? Qu’est-ce qu’il va retenir? Comment on aura réussi à le nourrir?»

Si on arrive à semer une infime graine d’espoir, de compassion, dans le cœur des gens, et ça va passer par la tristesse évidemment, [car] ce qui a été vécu, c’est monumental, pour moi, ce sera réussi.

— Jean-Jacques Pillet

Ainsi, quand on lui demande quelles sont ses attentes personnelles vis-à-vis de ce projet, c’est encore sa fibre humaniste qui répond. «Si on arrive à semer une infime graine d’espoir, de compassion, dans le cœur des gens, et ça va passer par la tristesse évidemment, [car] ce qui a été vécu, c’est monumental, pour moi, ce sera réussi.» 

«Je crois que, dans cet infiniment petit qu’est cette graine, peut rejaillir de là une grande beauté, un grand arbre, une colonne vertébrale extraordinaire.»

Type: Actualités

Actualités: Basé sur des faits, soit observés et vérifiés directement par le ou la journaliste, soit rapportés et confirmés par des sources bien informées.

Pour consulter nos pratiques exemplaires et politiques journalistiques, cliquez ici.

Contactez la rédaction - Proposer une correction - Faire une suggestion - Contactez l'équipe