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C’est en assistant au spectacle d’une de ses amies (Marie-Ève Fontaine), qui participait alors à la Biennale Zones Théâtrales de 2023, à Ottawa, qu’elle a d’abord entendu parler de la résidence.
Se liant facilement avec le monde qui l’entourait, notamment l’artiste Guyaume Boulianne du groupe P’tit Belliveau, elle a rapidement été encouragée à y concourir.
«À ce moment-là, j’étais sur un genre de quête généalogique. J’allais tout le temps aux archives à l’Université de Moncton. Je suis rentrée en contact avec une cousine distante qui, elle aussi, faisait sa recherche sur notre famille. Puis, c’est parti sur une correspondance qui dure encore aujourd’hui. Ça fait trois ans qu’on s’écrit pas mal toutes les deux semaines sur nos trouvailles.»
«C’est avec ça que j’ai proposé mon projet. Mais, quelques jours avant le congrès, j’ai écrit à Anne-Marie White (la coordonnatrice de la résidence), puis j’ai dit, “Je sens [que] c’est un trop gros projet [à] aborder en 10 jours”. Parce qu’il y a eu beaucoup de tragédies dans ma famille, des problèmes de santé mentale, des suicides, etc.»
J’ai décidé sur un coup de tête de complètement changer mon projet et [de] rendre hommage à ma famille en faisant quelque chose de drôle.»
Malgré ce poids, la jeune femme a quand même souhaité monter un projet autour de sa famille, en choisissant de mettre davantage l’accent sur l’esprit joyeux de cette dernière.
«Ma famille est très drôle. Quand on se rencontre, on rit, on raconte des histoires, des anecdotes. C’est toujours un good time. C’est vraiment la fête. [Alors], j’ai décidé sur un coup de tête de complètement changer mon projet et [de] rendre hommage à ma famille en faisant quelque chose de drôle.»
«Donc, au début, c’était supposé être un projet un peu comme, “Voici ma recherche, voici ce que j’ai trouvé sur ma famille, voici l’histoire des Léger”, puis, finalement, ça s’est transformé un peu comme un show de marionnettes, un peu à la Punch and Judy, un peu à la Pantagruel, pour honorer en fait cette idée que j’avais que ma famille utilisait le sens de l’humour comme outil de survivance, que l’humour était notre manière de dealer avec les tragédies», raconte-t-elle.
Un choix qui s’est, en fin de compte, avéré salutaire, puisqu’il lui a permis de profiter pleinement de son séjour, notamment en s’enrichissant de ses nombreuses rencontres et nouvelles amitiés.
«J’ai passé 10 jours à suivre mes collègues avec un gazou (un instrument de musique), à faire des blagues, à enseigner à un des participants à faire des marionnettes, à collaborer avec les autres artistes. Puis, juste vraiment à absorber toute cette culture qui m’a beaucoup manqué, parce que moi, j’avais juste accès à la culture de mes parents, vu que je n’ai pas grandi en Acadie.»
Le congrès a été un évènement extrêmement important pour moi parce que j’étais vraiment à la découverte d’une culture qui m’était toujours un peu mythique, qui m’était toujours physiquement loin de moi, mais qui faisait partie aussi de ma mosaïque identitaire.»
Ainsi, ce sont de fortes émotions qu’elle exprime en repensant à tout ce qu’elle a vécu là-bas. «C’était incroyable. Notre groupe avait une très bonne chimie, les artistes étaient extrêmement bienveillants avec mon processus de création parce que j’étais très bruyante, exubérante. J’avais beaucoup de joie de vivre, de me retrouver parmi mes cousins. J’avais l’impression d’être avec mes cousins sérieusement.»
«Puis, juste de voir Zachary Richard, qui chante dans la chapelle, de voir P’tit Belliveau jouer son concert chez lui, devant sa famille, ses amis, de voir Lisa LeBlanc, mais aussi Les Salebarbes, Edith Butler, découvrir tout le côté cajun que je ne connaissais pas, comme Jourdan Thibodeaux et les Rôdailleurs, les Lost Bayou Ramblers. On n’arrêtait pas de blaguer que c’était un peu comme le Coachella acadien, un peu comme le Lollapalooza acadien», évoque-t-elle en riant.
Outre l’enrichissement artistique, elle garde de ce séjour tout le développement culturel que le contact avec ces personnes a su lui apporter.
«Il y avait aussi des ateliers, des rencontres de famille, des panels, des discussions, tous les jours. Des fois, c’était des conversations planifiées de groupes, [où] on se disait, “C’est quoi, être Acadien, aujourd’hui? Qu’est-ce que ça veut dire, pour nous?”»
«J’ai eu tellement de conversations à minuit, à une heure du matin, sur un perron avec des gens, avoir des épiphanies, comme, “Être Acadien, c’est aussi la communauté, c’est la joie de vivre, c’est l’entraide”.»
«Oui, y’a une grosse part de notre culture qui est un héritage, mais je pense aussi qu’être acadien, c’est un way of life. Comme si tu vois ton voisin pris dans un banc de neige, tu le sors. Il n’y a pas de question, tu aides ton proche. Il y a ce côté communautaire qui est vraiment important».
À présent, encore portée par toute cette aventure, elle se sent plus confiante vis-à-vis de l’avenir et de sa légitimité en tant qu’artiste. «Ça m’a rappelé que, peu importe si tu fais de l’argent avec ton art ou si tu n’en fais pas, ça s’en va nulle part. Mes connaissances ne s’évaporent pas. Ça m’a vraiment permis de faire un point de contact avec les artistes de l’Acadie […] [et d’ouvrir] un réseau que j’avais pas.»
«C’est drôle parce que, juste avant le Congrès, je travaillais sur un spectacle […] avec des artistes qui connaissaient les artistes [que] j’ai rencontrés au Congrès. C’est tellement un petit monde. Ça aussi, c’est quelque chose de super acadien, de toujours essayer de se retrouver, de [créer du] lien.»
«Ça m’a fait sentir comme si j’étais chez [moi]. J’avais pas besoin de faire semblant d’être une autre personne. Je pouvais vraiment être moi-même», exprime-t-elle avec gratitude.
Un sentiment qu’elle tient particulièrement à partager, tout comme elle a à cœur d’encourager les plus jeunes artistes à éprouver, à leur tour, leur identité acadienne.
«S’il y a des jeunes […] qui se demandent, “Est-ce que j’ai besoin de déménager à Montréal pour devenir un artiste?”, non, tu peux rester en Acadie puis vivre ton Acadie en tant qu’artiste. T’as pas besoin nécessairement de faire un show sur l’Acadie. [Mais] tu peux le vivre pleinement. Tu peux être un artiste en Acadie, sans avoir à cacher cette partie-là de toi.»
