Coline Tisserand, autrice du quatrième tome de Autour d’Elles: Récits de femmes.
«On connait tous une femme immigrante, mais on a toujours cette présomption que tout le monde vient de la même manière, a la même histoire», remarque Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’AFFC.
«Et, quand on parle de l’immigration, on parle en termes de chiffres, sans vraiment humaniser la chose. Donc, on voulait faire rayonner les parcours d’immigration des femmes, montrer leur courage, leur résilience, leur contribution à nos communautés.»
Le projet a commencé au Yukon, en Colombie-Britannique et en Alberta, où l’AFFC a rassemblé les témoignages des autrices du premier tome. Le voyage a continué à Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario, pour le deuxième. Puis, en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et sur l’Île-du-Prince-Édouard, pour le troisième. Il s’est terminé avec des participantes résidant au Nunavut, à Terre-Neuve-et-Labrador et dans les Territoires du Nord-Ouest, pour le dernier recueil.
Durant quatre ans, des femmes, installées dans différentes régions du Canada, ont donc livré à l’écrit, et certaines pour la première fois, leur histoire, en partageant notamment les nombreux obstacles traversés.
Des témoignages qui révèlent des enjeux et des difficultés qui peuvent beaucoup varier d’une autrice à une autre, du fait de leur lieu d’origine, de leurs raisons de départ et de la province d’accueil.
«Les défis sont très différents. On a des parcours de différentes classes. On a des femmes qui viennent de différentes régions, que ce soit l’Europe, l’Asie, l’Afrique. La manière dont les femmes viennent au Canada est différente», remarque Mme Boutiyeb.
«Il y en a qui font des sacrifices familiaux, il y en a qui viennent en famille, il y en a qui viennent célibataires et qui créent leur famille ici. Chacune a son propre parcours. Certaines viennent dans une région, décident d’aller ailleurs. Donc, il y a une immigration et une migration qui s’installe aussi, à l’intérieur même du Canada. C’est la beauté de cette diversité.»
Desiree Ghosn, l’une des autrices du tome trois, résidant actuellement à Halifax, fait partie de celles qui sont venues au Canada avec son mari et ses deux enfants. Originaires du Liban, quoique bien établis, les crises récentes du pays, et notamment la situation économique, les ont contraints à envisager une nouvelle vie à l’étranger.
Si elle n’avait jamais écrit jusque-là, la participation à ce projet s’est révélée, pour elle, comme un bel exutoire et une intéressante manière de revenir sur ce vécu. «C’était aussi important pour moi parce que particulièrement le sujet m’a touchée, le parcours d’immigration, puisque c’était ma première expérience en immigration», partage-t-elle.
«Tout ceci amène des hauts, des bas, des chamboulements, des remises en question, trouver sa nouvelle identité. Je me posais beaucoup de questions. Je voulais vraiment définir si je suis contente, ce que je ressens, est-ce que je regrette. Et sous tout ce dilemme-là, j’ai trouvé que c’était une belle occasion de vider tout ce qu’il y a dans ma tête et dans mon cœur sur le papier.»
Couverture du quatrième tome de Autour d’Elles: Récits de femmes.
Bien qu’ayant un parcours différent, c’est un sentiment qu’éprouve également Coline Tisserand, autrice du tome quatre, une jeune Française installée dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador.
Si l’écriture faisait déjà partie de sa vie, l’introspection qui a accompagné la rédaction de son récit était toute nouvelle pour elle. «Ça nous a toutes poussées à vraiment réfléchir au pourquoi on avait choisi d’immigrer, puis on en était où en 2024», témoigne-t-elle.
«Aussi, se rendre compte que j’ai une immigration quand même facile, ajoute-t-elle, une immigration choisie, donc beaucoup relativiser, parce qu’en partageant mon expérience avec d’autres participants qui n’ont pas forcément fait le choix de quitter leur pays, parce que la situation politique les poussait, ou la situation familiale, je me suis dit [que] j’ai été chanceuse.»
Des vécus différents, mais qui se retrouvent dans la force, le courage et la résilience dont ces deux femmes, ainsi que les autres autrices du recueil, ont dû faire preuve.
En repensant à toutes les étapes par lesquelles je suis passée, quand je vois une nouvelle personne, je me dis que je peux encore plus lui tendre la main si elle a besoin d’aide.
Un parcours qui leur a permis d’évoluer, de développer un nouveau regard sur elle-même, et incité à s’engager davantage. «J’avais déjà beaucoup d’empathie, mais je pense que ça m’en a apporté encore plus», conçoit Coline Tisserand.
«En repensant à toutes les étapes par lesquelles je suis passée, quand je vois une nouvelle personne, je me dis que je peux encore plus lui tendre la main si elle a besoin d’aide. […] C’est quelque chose qui est important pour moi, cette aide communautaire que je fais.»
«Quand je suis arrivée, je me suis connectée avec la communauté francophone et c’est vraiment une autre dynamique. C’est très particulier. C’est un engagement personnel, partage à son tour Desiree Ghosn. […] Ça me procure comme un sentiment que j’ai une mission et, chaque fois que j’avance, ça me donne une grande satisfaction personnelle.»
Un ressenti qu’affirme aussi Mme Boutiyeb: «On peut voir une certaine fierté de la part des femmes qui ont participé à ce projet, parce qu’elles sont des autrices maintenant, elles ont été publiées. […] On félicite ces femmes-là. Et au bout de la ligne, elles contribuent à nos communautés.»
