C’est d’abord l’envie de renouer avec ses racines et sa langue maternelle qui lui a donné l’idée de ce nouvel album entièrement en français. L’artiste réalisant qu’elle s’en était éloignée au fil des années, notamment depuis son établissement en Nouvelle-Écosse, il y a 20 ans de cela, a ressenti le besoin de faire ressurgir cette facette de son identité.
«Je viens d’une famille bilingue, ma mère est Acadienne, j’étais à l’école française. Mais, quand j’ai déménagé ici, j’ai perdu beaucoup de confiance en la langue. Toute l’année passée, je voulais vraiment redécouvrir la langue, puis m’améliorer parce que j’ai des enfants [et] ils voulaient apprendre la langue. Alors, j’ai commencé à écrire des chansons en français.»
L’album Allume mon courage de Kristen Martell.
La chanteuse admet, toutefois, que l’entreprise n’a pas été une mince affaire. Surtout à ses débuts, où il lui a été nécessaire de réapprendre à penser en français pour que ses mots sonnent juste. «J’ai trouvé que simplement traduire, ça ne marchait pas, partage-t-elle. Alors, j’avais besoin de différents trucs pour écrire en français.»
Ayant été aussi confrontée, tout le long du processus de création, à de nombreux doutes quant à sa place sur la scène francophone, elle s’estime aujourd’hui fière de s’être lancée dans cette aventure et de pouvoir enfin la vivre avec son public.
D’autant plus que ce dernier semble vraiment aimer le résultat final. «Beaucoup de monde me dit que ma musique sonne vraiment différente en français, beaucoup plus douce. Puis, je peux dire [que] chanter en français, j’adore ça. C’est si joli.»
«J’ai [eu] une bonne réaction de tout le monde, ajoute-t-elle. C’est intéressant. Maintenant que je chante en français, il y a tout le temps du monde dans le public qui comprend la langue. Je fais plus de connexions.»
Quelque chose de très important pour elle, une façon de rendre hommage à sa culture acadienne, qu’elle souhaite davantage mettre en lumière sur scène. «C’est une partie de mon héritage que je voulais pas perdre. Il y a une belle communauté ici, en Nouvelle-Écosse, aussi. C’est plus petit, mais je voulais certainement connecter avec mon héritage de nouveau.»
C’était ça l’inspiration, d’avoir le courage, de laisser le passé en arrière, puis finalement regarder au futur avec l’espoir.
Outre la langue, c’est un certain état d’esprit qui l’a habitée durant l’écriture de cet album et qui lui a apporté l’inspiration pour ses chansons. «Je me sentais comme dans une place prise dans le milieu, avec le passé derrière moi et le futur. Il y a beaucoup de thèmes dans l’album de dualité, comme la peur, puis l’espoir, le jour et la nuit.»
«C’était ça l’inspiration, d’avoir le courage, de laisser le passé en arrière, puis finalement regarder au futur avec l’espoir. Avoir le courage de vivre notre vie. […] Être courageux, ça veut dire pour moi [que], des fois, on a besoin de faire des décisions vraiment difficiles pour se rendre où on veut se rendre.»
D’autant plus qu’arriver à atteindre son but demande souvent du temps, de la patience et d’apprendre à porter un autre regard sur son passé.
Une idée qu’elle a voulu retranscrire dans la chanson «La neige qui fond». «“On peut laisser nos empreintes dans la neige qui fond […] C’est le temps que je dégèle un peu.” […] Le passé, ça change. La manière dont on peut se rappeler du passé, avec plus de temps, la peine devient [de] moins [en] moins difficile.»
Et qu’elle a pu expérimenter durant la création de l’album. «C’était lent. J’avais besoin de temps à gérer. C’était tout un processus pour moi pour lire plus en français, écouter plus de musique en français, de grandir ma communauté francophone. […] Ça a pris comme deux ans vraiment de me rendre où je suis aujourd’hui.»
«Alors, je ne suis pas trop pressée. Comme je dis, je partage tout le temps des chansons en français et à chaque fois, j’ai plus de confiance.»
Une assurance qu’elle a aussi acquis en collaborant avec des artistes comme Anique Granger et Laura Rae, qui ont chacune coécrit une chanson avec elle, «Comment c’était» et «Parmi nos fantômes». Deux chanteuses qui avaient déjà réalisé des albums en français et qui l’ont beaucoup inspirée.
«J’ai eu la chance de travailler avec une auteure-compositrice-interprète de Montréal, Anique Granger. Elle m’a aidée beaucoup avec ce projet aussi, comme inspiration, mais aussi comme un peu un éditeur pour me donner des points ici et là. C’était une très belle collaboration.»
«C’était vraiment important pour moi de travailler avec quelqu’un qui était francophone (en parlant de Laura Rae), poursuit-elle. Puis, aussi, une femme. Il n’y a pas beaucoup de femmes qui sont dans le studio. [C’]était formidable [de] travailler avec [elle].»
À présent, Kristen Martell n’a plus qu’une hâte: remonter sur scène et retrouver son public. «J’adore rencontrer le monde, puis écouter leurs histoires aussi. Je peux pas être sur la route tout le temps, mais si je pouvais, j’aimerais ça. J’adore ça, c’est comme une aventure.»
