le Vendredi 5 juin 2026
le Mercredi 20 novembre 2024 7:00 Nos communautés - Halifax

La cause linguistique et la diversité culturelle vont-elles de pair?

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Le panélistes, de gauche à droite: Yalla Sangaré, professeur agrégé à l’Université Sainte-Anne, Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Réal Boudreau, avocat et notaire de profession originaire de Wedgeport, et Audrey LaBrie, avocate et conseillère responsable au Bureau des droits de la personne de l’Université d’Ottawa.  — PHOTO : Jean-Philippe Giroux
Le panélistes, de gauche à droite: Yalla Sangaré, professeur agrégé à l’Université Sainte-Anne, Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Réal Boudreau, avocat et notaire de profession originaire de Wedgeport, et Audrey LaBrie, avocate et conseillère responsable au Bureau des droits de la personne de l’Université d’Ottawa.
PHOTO : Jean-Philippe Giroux

Pour son 30e anniversaire, l’Association des juristes d’expression française a animé une discussion lors d’un panel portant sur le maintien de la cause linguistique dans une société de plus en plus diversifiée.

La cause linguistique et la diversité culturelle vont-elles de pair?
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Jean-Philippe Giroux

IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Les panélistes se sont positionnés sur la question, à savoir quelle est l’influence des luttes d’autres groupes (raciales, religieuses, de genres, etc.) et des changements démographiques des dernières années sur les communautés de langue française.

Est-ce facile de concilier les intérêts divergents? Est-ce que ça change la relation entre les communautés et l’État? Selon Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), il s’agit d’une question «glissante». 

«De mettre en opposition la réalité diverse qu’expriment de nombreuses personnes dans nos communautés et les droits linguistiques, leur importance dans le débat public ou dans nos revendications, est un peu problématique en soi», défend la présidente. 

Elle ajoute qu’il s’agit d’une question d’intersectionnalité, puisque, rappelle-t-elle, plusieurs Acadiens et francophones appartiennent à d’autres communautés. «Les droits linguistiques sont là aussi pour des identités diverses, d’après nous.» 

C’est justement l’une des raisons pour lesquelles la FCFA voulait une modernisation de la Loi sur les langues officielles, afin de refléter les nouvelles réalités démographiques et sociales un peu partout au pays. 

Le panel, sous le thème «Comment bien positionner et maintenir l’intérêt de la cause linguistique aux niveaux fédéral, provincial et territorial dans un contexte où d’autres intérêts se manifestent pour la valorisation des identités diverses», a eu lieu au Westin Nova Scotian, le 8 novembre dernier. C’était au tour de Réal Boudreau de parler. 

PHOTO : Jean-Philippe Giroux

Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, mentionne que les jeunes qu’elle croise au secondaire ou à l’université se préoccupent de diverses questions, comme les droits des Premières Nations et les langues autochtones. 

«Mais les élèves, ils semblent pas vouloir parler des langues officielles, regrette-t-elle. Mais je suis commissaire, je suis là pour ça. J’ai un mandat.» Il faut donc leur rappeler ou expliquer le rôle du commissaire et son importance historique. 

Yalla Sangaré, professeur agrégé à l’Université Sainte-Anne et «citoyen engagé», aborde la question sous un nouvel angle. D’après lui, les droits linguistiques ne deviennent peut-être pas moins importants, mais les francophones sont «un peu victimes de leur succès». 

Il raconte que la lutte s’est poursuivie avec les écoles. Aujourd’hui, le Conseil scolaire acadien provincial a une présence dans les quatre coins de la Nouvelle-Écosse, grâce au travail de ses 23 écoles. Les résidents cherchaient aussi des services en français. À la Baie Sainte-Marie, par exemple, ils ont réussi à en obtenir, notamment avec le Centre de santé de Clare, unique dans son genre dans le Canada français. 

Bien qu’il y ait du chemin à faire, entre autres avec le financement des institutions postsecondaires, il y a eu une progression et des réussites. Selon les observations de M. Sangaré, les membres des communautés issus d’autres groupes minoritaires ont fini par avoir leurs propres revendications. À emboiter le pas des Acadiens et des francophones, mais pour défendre d’autres intérêts. 

Une piste de solution pour lui serait de faire du travail de sensibilisation auprès des nouveaux arrivants, pour leur montrer l’histoire des luttes qui ont mené à l’obtention des écoles et du centre de santé, pour ne nommer que ces deux-là. 

Il ajoute qu’on pourrait aussi faire un effort supplémentaire pour aller vers les nouveaux arrivants afin qu’ils puissent découvrir la culture locale et s’intégrer par le travail et par l’éducation.

De la perspective de Réal Boudreau, avocat et notaire de profession originaire de Wedgeport, il y a toujours une divergence entre les réalités de la francophonie rurale et traditionnelle qu’il connait bien et les réalités urbaines d’aujourd’hui. 

Il insiste sur le fait que d’autres enjeux, dont les défis de l’industrie de la pêche et l’insécurité économique, prennent parfois le dessus, ce qui a une influence indirecte sur l’intérêt pour la cause linguistique et, de fil en aiguille, contribue à l’assimilation des communautés. 

«Si nous avons moins de gens qui vont pouvoir s’infiltrer ou qui vont pouvoir travailler dans des domaines qui sont traditionnellement profitables dans notre région, on va les voir sortir et donc ça va être moins important dans certaines des régions acadiennes», avertit M. Boudreau. 

Audrey LaBrie, avocate et conseillère responsable au Bureau des droits de la personne de l’Université d’Ottawa, souligne l’évolution de la francophonie et ne pense pas qu’elle est moins présente sur la place publique à cause de la place qu’on accorde aux autres communautés. 

«On peut parler de plein de droits de plein de différentes minorités, lance-t-elle. Le débat sur la place publique n’est pas limité ou les médias ne sont pas limités à certains sujets.» 

«Si les gens ne se comprennent pas, s’ils ne se connaissent pas, ça va causer de la fragmentation», précise M. Boudreau, d’où l’importance de la formation des gens. 

«Nous devons les réunir, nous devons les encourager à se rencontrer, à se connaitre, à s’apprécier», complète-t-il. 

Jean-Philippe Giroux - Rédacteur en chef - Généraliste

Rédacteur en chef - Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

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