le Mercredi 3 juin 2026
le Jeudi 21 Décembre 2023 10:00 Lettre d'opinion

Qui était Monckton ?

Pourquoi faire confiance à Le Courrier
  Société National de l'Acadie
Société National de l'Acadie

En exposé succinct, Robert Monckton est le militaire anglais qui s’est rendu coupable d’une série de crimes de la plus haute gravité contre une population civile, innocente et désarmée, ce qui fut en réalité la perpétration de lèse-humanité et de génocide contre le peuple acadien, des actes pas seulement politiques, mais publics et scandaleux qui troublent encore les consciences de nos jours et viennent perturber complètement les valeurs fondamentales que nous cherchons à transmettre à la postérité.

Qui était Monckton ?
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Les premiers faits d’armes du colonel Monckton n’ont pas été pris seuls, mais en collusion avec le duc de Cumberland, le 2e fils et favori du roi Georges II. C’est ce duc qui, en 1746, fut responsable du massacre des Écossais catholiques qui lui a mérité le surnom de « Boucher de Cumberland ». Ce duc avait sous ses ordres pas seulement Robert Monckton mais également Charles Lawrence, Edward Cornwallis et Jeffrey Amherst. Pas étonnant de savoir que ceux-ci n’étaient pas inconnus du roi Georges II. 

Somme toute, le point culminant pour ceux-ci a été d’éradiquer ledit mal acadien de la Nouvelle-Écosse au profit des intérêts supérieurs de l’Empire britannique et, Monckton, l’officier le plus haut gradé de la colonie, se voit donc confier la tâche d’exiler, par la force et la violence, la totalité de la population d’origine française, victime de la dictature whig  qu’avait pris forme en Nouvelle-Écosse. Monckton est autorisé à flouer les Acadiens et il l’a fait avec un cynique sang-froid et même une certaine allégresse. Reconnaissant, le gouvernement anglais lui conféra  le titre de lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse. Le 21 novembre 1751, il est élu à la Chambre des communes britannique comme député de Pontefract. Quatre ans plus tard, il s’empare  des forts Beauséjour et Gaspareau et la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse  recommande l’exécution du crime. Les dés sont jetés : battues générales, chasses à l’homme jusque dans les coins les plus reculés, etc.

Le rapport Chouinard-Basque qui évoque des zones grises 

Le récent communiqué de presse (10-12-23) issu du Comité citoyen pour le changement de nom de l’Université de Moncton s’en est pris au Rapport Chouinard-Basque du Conseil de l’Université d’avoir pris une décision fermée, sans vision, sans transparence de fair-play et manquant de respect envers les communautés acadiennes. C’est le moindre ! Si seulement la prétendue « contextualisation» infâme du Conseil de l’Université s’était plutôt attardée à la réparation morale importante  pour le rétablissement  de la mémoire des victimes de la Déportation au lieu de cette absurdité la plus crasse qui frise pas seulement le ridicule, mais la manipulation pour travestir les faits quoi que le moyen, la sous-information (l’omission), la désinformation (donnant comme prouvées), la non-information (le politiquement correct) et la contreinformation (déconsidérer l’adversaire) tous causes d’oublis et de silences révélateurs de mécanismes de manipulation de la mémoire collective. 

Un exemple critique suffirait. On lisait dans le Moniteur acadien du 13 courant que le principal argument fallacieux qu’avance le Conseil des gouverneurs pour justifier sa décision est que le nom « Moncton », ne fait pas allusion au personnage historique mais strictement à l’appellation d’une ville, Oh là là ! Les co-porte-paroles Jean-Marie Nadeau et Lise Ouellette se demandaient par quelle opération du Saint-Esprit  peut-on dissocier un nom de sa personne… Cet état de choses est grave parce qu’il s’agit au grand jour de manipulation pure et simple alors que la vérité en est une tout autre. 

Voici ce qu’on peut lire dans The History of Moncton (Pincombe, C.A.& Larracey, E.W.Resurgo) aux pages 71, 317, 429 et 431 dont : In 1855 the township of Monckton  was incorporated  as a town, but lost its status  when the local ship-building industry collapsed. During its re-incorporation in 1875, a provincial clerk  mispelled  the name by omitting the letter « k » making Moncton the official spelling.The town was incorporated  in 1890 as the City of Moncton. 

En pareil cas, pourrait-on conclure que les résidents de Moncton d’alors n’avaient aucun intérêt à rajouter le « k » culpabilisant du génocidaire de leurs voisins, les Acadiens ?  Grande ironie s’il en eût été une : Les Acadiens doivent sans ambages prendre le taureau par les cornes

Quand le mot « NATIONALE » doit prendre la majuscule…

Il y a vingt ans de cela cette année, précisément le 19 juin 2003, qu’eut lieu la sanction royale d’un projet de loi pour « instituer » une Journée de la fête nationale des Acadiens dont le second article avait pris plusieurs au dépourvu par ce qui se lit : Dans la présente loi,  « nationale » s’entend : qui intéresse tous les citoyens du pays sur l’ensemble du territoire canadien . Pourquoi avoir ajouté ce second article ? 

Ce second article n’a-t-il pas eu pour effet de banaliser le caractère ¨national du peuple acadien puisqu’on avait travesti le terme “national”en lui donnant une signification  de « pancanadien » ? Quelle appropriation de Patrimoine canadien! On réalisait  six mois plus tard qu’avoir légiféré sur la fête acadienne avait été un prix de consolation anticipé  au peuple acadien quand le gouvernement majoritaire libéral de Jean Chrétien allait défaire une motion* qui visait simplement à demander à la Couronne britannique de reconnaître les faits entourant la Déportation (aujourd’hui considérée comme un euphémisme pour génocide). Pourtant, les Acadiens s’étaient déjà institué à Memramcook presque 125 ans auparavant, en 1881, leur propre fête nationale à eux, le 15 aout !

Sur ces entrefaites, il serait fort de mise et même critique que le nom de l’université francophone cosmopolite qui forme notre jeunesse ait à tout prix le terme « national » incorporé dans son nom officiel, car sous la graphie de « Moncton » (issu de Monckton), comment les Acadiens peuvent-ils accepter que leur université porte le nom d’un génocidaire reconnu, le colonel Robert Monckton. Ce qui donnerait, à titre d’exemple :  Université Nationale de l’Acadie ! Certains avaient mentionné qu’un des trois campus de l’Université pourrait être nommé le campus Louis-Robichaud…

Pour le patriote, nationaliste et essayiste acadien Michel Roy, natif de Pointe-Verte, l’histoire acadienne était une véritable histoire « nationale » en instance  de devenir un pays lorsque son développement a été intercepté par les forces politiques et militaires britanniques. La conquête définitive de 1755 avait relégué les Acadiens dans une marginalité économique proche du néant. Ce serait revenir à de meilleurs sentiments et cause de grande fierté acadienne d’avoir leur propre Université Nationale.

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*Grâce à l’intervention de l’Acadien Dominic LeBlanc qui, arpentant les banquettes ministérielles pour y déposer un mystérieux document dans lequel paraissait, entre autres, les mots en français et en anglais : Le caucus acadien souhaite avoir votre appui et que vous votiez contre cette motion. S.V.P., appuyez la résolution de vos collègues du caucus acadien qui se sont réuni (sic) à maintes reprises  sur ce sujet. (source : La revue internationale Veritas Acadie, no.7, p. 50-61. La motion M-241 voulant que la Couronne britannique  reconnaisse officiellement les torts causés au peuple acadien durant les années 1755-1763 a ainsi été rejetée par les députés acadiens Claudette Bradshaw, Dominic LeBlanc et Robert Thibault  tandis que le député Yvon Godin (Acadie-Bathurst) a voté en faveur de la motion.

À voir dans nos cours d’histoire.  

Les événements étudiants qui avaient cours à l’Université de Moncton étaient un panorama des mouvements de revendication acadiens de la fin des années 1960 et des années 1970. Pourquoi le mouvement de revendication des Acadiens a-t-il pris naissance dans une université, parmi des étudiants ? Que revendiquaient les étudiants ? Quelle était l’origine du conflit qui éclata entre les représentants du gouvernement et les étudiants ? 

À voir dans les cours d’histoire : l’enseignant ou l’enseignante pourrait tracer l’évolution de l’Acadie en suivant une chronologie décroissante, depuis la situation d’alors qui témoignait de la détermination des étudiants, qui s’étendra à une majorité d’Acadiens, après des siècles de défaitisme et de résignation.

Au-delà de ces événements, la rencontre formelle de ce groupe d’étudiants avec les autorités de Moncton a été une véritable humiliation pour la communauté francophone dans le contexte de leur vie, dans laquelle ils ont subi d’intenses insultes et mépris de la part de la communauté anglophone. Des personnes avec lesquelles ils devaient interagir, par exemple lorsque les étudiants défilaient dans la ville ou comparaissent devant le conseil municipal de Moncton. Dans chaque cas, ces jeunes Acadiens ont goûté pleinement et douloureusement à leur dure condition de minorité. Nous avons ensuite assisté à une séance du conseil municipal de Moncton où M.Cyr, le seul conseiller francophone, a été sévèrement réprimandé par le maire anglophone et contraint de répéter son serment d’allégeance à la Reine.

Wikipédia nous apprend que près de 200 universités et collèges aux États-Unis ont changé de nom au cours des cinquante dernières années. Cela démontre que changer le nom d’une université n’est pas une démarche illégale, inhabituelle et incongrue comme certains voudraient nous le faire croire, c’est pourquoi le nom qui rappelle le malheureux tyran Moncton du peuple acadien doit être changé !

De plus, au Nouveau-Brunswick, presque toutes les communautés autochtones se sont donné un nom original au cours des 4-5 dernières années pour être plus cohérent avec leur statut et la réalité d’aujourd’hui. C’est exactement ce que nous faisons avec le changement de nom de l’Université de Moncton.

Quelques noms des différents acteurs de cette manifestation étudiante de 1968 à l’Université de Moncton : Bernard Gauvin – Irène Doiron – Michel Blanchard, fils de la passionaria Mathilda Blanchard, Régis Brun, Blondine Maurice, Jean Cormier.

À un moment donné, on lit que Louis-J.Robichaud, ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick, s’était demandé si les minorités doivent se garder d’un trop grand culte pour l’histoire…

Aux armes, Acadiens, Acadiennes !