Type de contenu: Opinion
C’est une jeunesse qui dénonce, non sans légitimité, la hausse du coût de la vie, un manque de moyens alloués à leur éducation, mais aussi les inégalités persistantes qui y freinent leur accès.
Manifestations du 17 octobre 2026 dans les rues marseillaises.
Des faits, une réalité, qui soulèvent et révèlent ce qui ne tourne plus rond dans notre société, et donc à juste titre leur colère, aujourd’hui pourtant étouffée sous la violence des policiers, quand les espoirs et les rêves, qu’ils fussent les leurs ou ceux de leurs parents, — une vie digne et humaine, des projets, un avenir —, ont depuis longtemps été remis au grenier. Parce que lorsque le monde semble presque inhabitable, et que tout ce que l’on demande, manifeste, revendique se retrouve disqualifié, censuré, insulté, quoi d’autre que ne plus y croire, perdre foi en les hommes et les femmes de pouvoir?
Je les entends crier tous ces jeunes, et chanter, et lutter quand l’espace de la mer, mon égoïsme et mon propre destin, auraient pu facilement me les faire oublier, facilement les délaisser, ou volontairement m’aveugler pour ne pas m’en soucier.
Mais on n’oublie pas son pays, comme on n’oublie pas ceux qui nous y lient. Oui je suis et vis ici, en Acadie, mais je suis née française, et quand j’entends la jeunesse de mes racines souffrir et appeler à l’aider, celles à qui, il n’y a pas si longtemps, j’appartenais, je ne peux m’empêcher de sentir, moi aussi, mon cœur en train de saigner. D’autant plus quand je sais, en tant que fille d’un honnête père révolutionnaire, d’une famille engagée et particulièrement politisée, que mes proches et mes pairs se retrouvent sous les matraques et les gaz des policiers à manifester.
Parce qu’ils et elles les soutiennent, ces jeunes qui se déchaînent, les encouragent, les écoutent, les comprennent. Ou du moins, ils essaient. Parce qu’au-delà de ces foules aux peaux encore douces ou boutonneuses, ni sans rides ni sans stries si ce n’est cicatrices, c’est un mal-être sociétal qui se soulève contre l’état qui censure, qui frappe et qui laisse au fascisme et aux partisans de l’extrême droite, et leur racisme virulent, prendre de plus en plus de place, plus en plus de pouvoir…
Aujourd’hui, ainsi j’ose, ouvre ma voix, pose à l’écrit ces mots-là. Parce que ce qui arrive en France n’est pas cas isolé, que si mon pays souffre, son ressenti est pour beaucoup par le monde partagé.
Car peu importe les frontières, naturelles, inventées, nous toutes et tous, êtres humains, hommes et femmes, nos enfants, nos vieillards, restons profondément, assurément, reliés. Et que toutes celles et tous ceux qui veulent nous faire croire le contraire n’ont encore rien compris de notre humanité, et de tous ces récits, qui par-delà les continents, les océans et les vents, depuis des millénaires, nos ancêtres, nos défunts, nos arrières grands-pères et grands-mères, ont écrit. Une prescription dès lors, si je ne m’abuse, partageons-leur généreusement nos lourds livres d’Histoire. Cela suffira bien à rafraîchir leurs mémoires.
Enfin, si je ne prédis rien, et suis certaine de peu, je crois bien toutefois que lorsqu’un pays comme la France, qui se targue de démocratie, de philosophie et de lumière, censure, méprise et opprime celles et ceux qui feront nos demains, cela n’annonce et ne dit rien de bon sur notre état du monde.
