le Mercredi 4 novembre 2026
le Mercredi 4 novembre 2026 9:00 Nos communautés - Halifax

Centre de données à Point Tupper: qu’en savons-nous?

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  PHOTO: İsmail Enes Ayhan - Unsplash
PHOTO: İsmail Enes Ayhan - Unsplash

La controverse fait rage au cœur de la Nouvelle-Écosse depuis le 16 octobre, lorsqu’un article de CBC a fait savoir au public la construction d’un centre de données à Point Tupper (Tui’knek), au Cap-Breton. Le débat semble opposer, à première vue, économie et environnement. Néanmoins, comme c’est souvent le cas, les questions vont beaucoup plus loin.

Centre de données à Point Tupper: qu’en savons-nous?
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Type de contenu: Analyse

Les centres de données (en anglais data centers) sont des structures nécessaires pour le stockage d’information numérique, par exemple, pour qu’Internet puisse fonctionner. La demande pour ces centres a explosé avec l’arrivée de l’Intelligence artificielle (IA), puisqu’elle requiert énormément d’espace numérique. 

La controverse autour de ces centres provient du fait qu’ils sont très énergivores (eau et électricité), en plus d’autres facteurs, tels que la pollution sonore. Le manque d’études scientifiques sur ces centres ne nous permet pas non plus de connaître leurs impacts environnementaux à long terme.

En construction

La construction du centre a déjà été entamée près de Port Hawkesbury, à Point Tupper, dans le comté de Richmond. Le constructeur est la compagnie EverWind Fuels, qui n’a malheureusement pas répondu aux demandes d’entrevue du Courrier.

Les coûts du projet s’élèveraient à 8 milliards de dollars que EverWind recherche auprès d’investisseurs privés. D’après EverWind Fuels, une première phase du projet, d’une capacité énergétique de 95 mégawatts (environ 3 % de la capacité électrique actuelle de la Nouvelle-Écosse), sera terminée en 2027, avec une seconde phase qui se terminerait en 2028, et qui amènerait le projet à un total de 420 mégawatts (15 % de la capacité actuelle).

La compagnie dit chercher deux milliards de dollars supplémentaires pour la création de champs d’éoliennes pour les besoins énergétiques du centre. Néanmoins, il faut un à deux ans d’études d’impact environnemental pour l’établissement de champs d’éoliennes, d’après les règlements de la province. 

Cela soulève donc la question: quand est-ce que EverWind compte produire de l’énergie pour ce centre? Si ce centre de données prend 15 % de la capacité énergétique de la province, cela voudra-t-il dire une augmentation des prix? 

Voilà une des questions qui alerte de nombreux Néo-Écossais: avec une vague de problèmes déjà liés au coût de l’électricité, ce projet pourrait-il faire du mal à nos portefeuilles?

À moins qu’EverWind ait déjà postulé pour les Études d’impact environnementales, il semble peu probable que leur promesse d’éoliennes aboutisse bientôt. La création de ce centre non loin de Point Tupper Generating Station, dont la capacité de production électrique atteint 4 % de la production provinciale, pourrait ne pas être anodine. De plus, une station génératrice au diesel sera construite dans le site du centre de données. 

Il faut noter que EverWind et Anthropic, le géant de l’IA à qui le centre de données serait loué pour une durée de 20 ans, ont émis la promesse de payer pour les améliorations nécessaires aux installations électriques dans la province. Néanmoins, des internautes restent sceptiques tant qu’aucune contrainte légale n’est signée.

La question de contraintes légales a touché le projet. La compagnie s’est engagée auprès des Principes de développement responsable des centres de données du Canada – des lignes directrices non contraignantes émises par le gouvernement fédéral. 

Des directives similaires du gouvernement provincial demandent des promesses vis-à-vis des impacts environnementaux, et des pics sur le plan de la consommation d’électricité, sans imposer d’obligations légales. 

Un bref survol du groupe Facebook Nova Scotia against data centres indique beaucoup de réticence à cet effet; l’internaute James Mahaffy mentionne avoir travaillé à la construction de centres de données, et note: «J’espère que tout le monde en Nouvelle-Écosse peut se permettre une augmentation du coût de l’électricité […] Les résidents de Port Hawksbury [sic.] ne devraient plus boire leur eau», selon lui, ou «dépendre de l’eau de la ville », sauf si la province impose des protections sur les coûts de l’électricité et sur l’impact environnemental.

Impact environnemental?

Lorsqu’on entend ces mots, l’on pense à l’eau. D’après les annonces faites, ce centre de données utiliserait un système de refroidissement à boucle fermée, ce qui réduirait le montant d’eau fraîche nécessaire à son fonctionnement et le montant d’eau usagée. 

Pourtant, il utiliserait officiellement jusqu’à 100 000 litres d’eau par jour à son premier stade, puis 500 000 litres par jour à son second stade. Cette eau serait pompée du lac Landrie; 100 000 litres représenteraient environ 1 % du volume sécuritaire quotidien du lac, tel que l’indique CBC. 

Il manque de l’information sur le montant d’eaux usées qui seraient à traiter, comment elles seraient traitées, et combien seraient recyclées. Un montant croissant de communautés où des centres de données sont situés ont noté une présence élevée de PFAS (communément appelé «polluants éternels» ou «forever chemicals» en anglais) dans leurs eaux, et dans l’environnement, ainsi que des bactéries dangereuses, tel que la Cupriavidus gilardii. 

Plusieurs villes, par exemple dans le Wyoming ou en Virginie, ont commencé à refuser de traiter les eaux usées des centres de données; d’autres ont engagé des poursuites contre ces centres pour violations légales par rapport à l’évacuation de ces eaux.

D’autres préoccupations existent, notamment par rapport aux vibrations dans les sols que ces centres produisent, et la pollution auditive. Des rumeurs circulent sur les réseaux sociaux selon lesquelles ces vibrations pourraient causer des fausses-couches chez les animaux fait feu sur Internet, tel que le souligne le journal The Murray Sentinel au Kentucky, dans un article daté du 10 juin dernier, notamment en dénonçant des vagues de veaux mort-nés chez les éleveurs à proximité de centres de données au Texas. Cette théorie manque néanmoins de preuves scientifiques, tel que l’indique l’Agence France-Presse.

Ce qui ne manque pas de preuves est la pollution atmosphérique que l’on retrouve près de ces centres. La Lincoln Institute of Land Policy dénonce notamment une grande quantité de génératrices diesel près des centres de données en Virginie résultant en un grand montant de pollution à particules fines, liée à des problèmes respiratoires et cardio-vasculaires. 

Un autre article de l’Association of Healthcare Journalists souligne l’impact sur la santé non seulement de la pollution aérienne, mais également liée aux vibrations constantes provoquées par ces centres.

Tel que l’indique le Halifax Examiner dans un article signé du 22 octobre, aucune étude d’impact environnemental ne sera réalisée autour du projet de centre de données. Nova Scotia Environment and Climat Change demandera seulement l’approbation industrielle standard autour de la centrale électrique au diesel.

Bénéfices économiques?

Les centres de données produisent énormément d’emplois temporaires au moment de leur construction, mais très peu d’emplois permanents au long terme. 

La promesse d’emplois permanents atteint à peu près une centaine de postes pour le site de Point Tupper. Comme la majorité de ces emplois touchent à des domaines spécifiques – la gestion et l’entretien de ces centres – les travailleurs viennent souvent de l’extérieur, ce qui signifie peu d’emplois pour les locaux.

Les retombées viendraient plus probablement de taxes. Une estimation arriverait à 1,5 milliard de dollars sur les 20 ans d’activités à venir. Il faut, cependant, garder en tête que de nombreux États offrent des dégrèvements d’impôts à beaucoup de projets similaires pour tenter d’attirer des investisseurs – ce qui limite leur profitabilité pour la province.

EverWind Fuels a promis de créer, avec les profits dérivés du projet, un programme de développement communautaire. Ceci dit, comme bien d’autres points soulevés, il est facile de faire des promesses sans contraintes légales. Les Néo-Écossais peuvent-ils croire à ce «fonds communautaire » autant qu’ils peuvent croire que ce centre de données fonctionnera grâce à des champs d’éoliennes qui ne sont pas construits?

Anthropic, la compagnie qui louerait ce centre de données, a déjà fait face à des problèmes légaux, tel qu’une perte en justice pour violation de droits d’auteurs à hauteur de 1,5 milliard de dollars US en 2024. 

Depuis, Anthropic procède avec Projet Panama, un projet pour numériser et détruire secrètement des livres, pour entraîner son IA, et éviter d’autres poursuites de violation de droits de propriété intellectuelle. Cela n’a pas empêché Anthropic d’accuser d’autres IA, telles que DeepSeek ou MoonShot, de s’entraîner sur ses modèles. Des questions éthiques par rapport à ces entreprises ont donc été soulevées. 

D’autres questions?

L’IA est en pleine expansion, et Anthropic s’affiche comme l’une des compagnies liées à l’IA un peu plus «bienveillante». Néanmoins, l’IA pose de graves risques à la survie des humains sur la planète (en accélérant les changements climatiques, notamment dus à la demande énergétique des centres de données). Ou encore, l’IA menace l’existence économique: chaque jour, des individus perdent leur emploi dû à l’IA, et certains experts, tels que la firme PwC, estiment que par les années 2030, 30 % de l’emploi pourrait être remplacé.

Si l’IA ne menace pas directement chaque emploi, l’IA peut poser un risque envers l’économie. Bien entendu, la perte majeure d’emplois peut mener à une crise économique; un effondrement de l’industrie de l’IA – ce que de nombreux économistes estiment possible – mènerait à une crise importante également. 

La construction d’un centre de données pose la question: veut-on investir dans une industrie risquée, qui menace la survie sur Terre? Quelle est la soutenabilité de l’IA?

Quel sera l’impact réel? Y aura-t-il des taux fixés pour le coût de l’électricité, ou le coût de l’électricité risque-t-il d’exploser? Y aura-t-il des contraintes légales sur la façon dont les eaux usées seront traitées? Combien d’emplois permanents seront créés, et certains de ces emplois pourront-ils aller à la population locale? Où sont les réglementations juridiquement contraignantes des gouvernements, au lieu de l’émission des «recommandations»? 

Un centre de données peut avoir des retombées positives dans une économie, mais tout dépend comment le projet est exécuté. Il semblerait qu’il y ait assez de questions ouvertes pour expliquer la réticence de nombreux Néo-Écossais face à ce projet.

Type: Analyse

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