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Melissa: Hallo, hallo!
Nico: Hallo, Melissa!
M: Bienvenue. Merci d’être là aujourd’hui!
N: Bien sûr, la fameuse Notre musique de côte à côte!
M: C’est ça! On va discuter une miette de ton parcours en musique. Je commence toujours avec: c’est où que t’as grandis, pis quand est-ce que tu te souviens que la musique à entrer dans ta vie?
N: OK, J’ai grandi en France, dans un petit village; je me rappelle à l’école, y’avait une espèce de sondage et le nombre exact était, comme, 320 habitants, à côté de la plus grande ville, qui s’appelle Chartres. J’ai vécu au milieu des champs, dans une région qui s’appelle la Région de la Beauce.
Pour la musique, c’est une bonne question… je venais pas d’une famille musicale. Évidemment, mes parents, mes grands-parents, ils écoutaient de la musique, mais c’était, comme, pas présent de manière importante. Mon père avait peut-être quelques cassettes dans sa voiture, mais j’ai pas eu, quand j’étais jeune, quelque chose de fort qu’est venu me chercher musicalement.
Je te dirais, la musique, pour moi, ç’a été plus la musique d’église parce que j’ai fait le catéchisme depuis tout petit jusqu’à la confirmation. Évidemment, à l’église, tu chantes, pis, à un moment donné, j’ai fait partie de la chorale.
L’autre chose qu’a été important pour moi, ça va sonner vraiment bizarre, mais à l’école, tous les ans, on apprenait La Marseillaise, qu’est l’hymne national français. Ç’a été vraiment ma première expérience de chanter avec d’autre monde, pis de le jouer live ensuite, parce qu’on allait au cimetière tous les ans, le 11 novembre, pour commémorer l’armistice. Ça, je te dirais, c’était mes trucs de musique.
Nico sur scène en première partie pour Chris Garneau. Le spectacle a eu lieu le 5 septembre 2026.
C’est vraiment plus tard quand je suis allé au lycée, qu’est l’équivalent du college, au Canada, qu’était à la grande ville, à Chartres, où là, je pouvais marcher du lycée pour aller au magasin. Là, il y avait un rayon CD et, à l’époque, il y avait un truc où tu pouvais écouter des choses. Ça, ç’a été, comme, une révolution dans ma vie: l’accès à des CDs.
M: Ouais! Ça te donnait plus de choix à écouter! On dirait qu’il y a eu des moments dans ta vie où y’avait de la musique autour de toi. Mais une fois que t’avais plus de contrôle sur la musique que tu consommais, est-ce que c’est à ce temps-là que t’as découvert qu’est-ce qui te passionnait?
N: Yeah, c’est sûr. Un souvenir que je me rappelle vraiment fort, fort, fort de découverte musicale, c’était passé à la télé. En France, y’a une chaîne payante qui s’appelle CANAL+, pis je me rappelle, y’avait une émission qui s’appelait Nulle part ailleurs et y’a eu Jeff Buckley qu’a fait une chanson live. Ça, ça m’a transcendé. J’étais vraiment comme, «C’est quoi cette voix? Cette guitare, qu’était incroyable?» Ça m’a vraiment bouleversé, cet album.
Après ça, c’était beaucoup du bouche-à-oreille, des groupes, des gens que tu connais… j’étais un enfant de grunge. À l’époque, dans les années 90, t’écoutais du grunge ou t’écoutais du rap, en France. Il y avait deux avenues. Moi, j’étais plus team grunge, on va dire. Donc, le rock, c’est venu assez vite dans ma vie, ou en tous cas des sons plus forts; tu sais, t’écoutes et ça te met presque dans une forme d’inconfort au début parce que c’est tellement fort. Pis, ça, c’est vraiment quelque chose que je cherchais toute ma vie dans la musique.
M: À quel point dans ton parcours musical, dirais-tu, que tu voulais faire partie de la scène et non seulement juste faire de l’écoute?
N: Je pense que c’est en allant à des concerts. J’étais un gros fan de PLACEBO. Je suis toujours un gros fan. Je serais fan jusqu’à la fin de ma vie. C’est un groupe qu’a vraiment bouleversé ma vie, c’est le premier groupe de rock queer qui devenait un petit peu mainstream. Pis t’avais pas l’Internet à l’époque, so tu pouvais pas juste aller sur Google et trouver qu’est-ce que c’était. Pis, ce mot, je ne sais pas pourquoi, placebo, ça m’a hanté. Je ne sais pas si je trouvais ça intrigant. Puis, ensuite, j’ai mon amie Florent qu’était fan de Placebo. Je crois qu’elle a vu leur premier concert en France et elle m’en avait parlé.
Très tôt, dans le début, je les ai vus sur scène, puis ça, ç’a été vraiment bouleversant. Je trouvais ça tellement cool de juste être dans le son. Je ne sais pas comment l’expliquer; c’est pas tant la musique que les mots. Moi, ce qui, vraiment, vient me chercher, c’est le son à fréquence, presque. J’ai, comme, le besoin d’être porté dans le son, moi. C’est comme ça que je le vois. Pis, c’est d’ailleurs ce que j’ai essayé de faire avec mon dernier album, d’avoir des endroits où c’est juste du son.
M: C’est définitivement un moment spécial quand on peut se perdre dans la musique comme ça. Je sais au début de mon parcours en chant que j’étais trop nerveuse pour me relaxer sur scène dans la musique, comme je suis plus à l’aise à faire aujourd’hui. Y’avait-il des moments comme ça pour toi, au début, où les nerfs venaient te chercher avant ou pendant un show?
N: Ouais, c’est une bonne question parce que je crois qu’il y a une grande différence entre c’est comment t’imagines que ça va être sur scène pis ce côté plus transcendental. T’imagines, «Je vais tellement être dedans et ça va être formidable», pis le fait qu’être sur scène, c’est aussi un acte, pis quelque chose qui doit être répété, travaillé, so, je crois qu’il faut vraiment arriver à un excellent niveau pour pouvoir se perdre dans la musique sur scène, tout en restant ancré, tu sais.
Le truc où j’ai vraiment commencé à faire de la musique pour vrai, c’était avec mon groupe de l’époque en Paris, ç’aura commencé en 2008. La musique, c’était toujours un projet que j’avais repoussé; c’est un peu comme si t’as une montagne devant toi si t’as pas été né dans une famille musicale. Si tu n’as pas pris de cours, c’est presque unfathomable, le travail que ça va prendre.
Nico qui performe avec son groupe Gary. «Il y a seize ans, j’étais sur scène à Paris, entouré de mon groupe Gary.» – Facebook: Nico Le Maudit Français
C’est vraiment quand y’a eu le décès de mon père où j’ai eu un petit moment de «je vais faire ce que je veux faire, la vie est trop courte, tout peut s’arrêter demain». C’est vraiment ça qu’a démarré les choses, pis, à l’époque, ç’a été de trouver mon groupe, Gary. Je me rappellerai toujours de la première répétition qu’on a eu. Ils m’avaient envoyé un morceau qu’ils avaient déjà, pis il fallait que je mette des mots, pis une voix dessus, et j’avais jamais fait ça, ever. Et je ne sais pas pourquoi, j’avais aucune peur de faire ça, mais je l’ai fait. Je ne me suis même pas posé la question: «Est-ce que c’est bon, est-ce que c’est pas bon?» Je l’ai juste fait pis c’est sorti, pis c’est ça qu’a commencé mon groupe. C’est là que j’ai tout appris, en fait; être dans un groupe pis travailler avec eux, ç’a été un moment marquant.
M: Compris. Après qu’ils t’ont donné le challenge d’écrire des chansons, est-ce que ç’a continué ton parcours d’écriture de chansons originales ou faisiez-vous des covers?
N: On faisait des originales, principalement. Quelques covers pour des occasions live, mais j’avoue que c’était pas nécessairement ma tasse de thé à faire des covers. Moi, ce qui m’intéresse, c’est raconter une histoire, trouver un thème; j’ai toujours aimé le travail de construire une chanson parce que j’aime le storytelling et j’aime aussi de synthétiser des idées, cette sorte de chose. Alors, c’est ça, c’était en français un tout petit peu, mais principalement en anglais. Si tu voulais être cool, fallait que ça soit en anglais! Ça, [c’était] il y a longtemps, mais ceci dit, ça m’a beaucoup appris et ça m’a appris qu’être sur scène avec un gros son… il n’y a rien qui peut remplacer ça dans la vie. C’est vraiment fort, comme sentiment humain, de pas seulement être dans le public, mais être l’initiateur de ce qui sort des haut-parleurs.
M: Quand ça venait à écrire les tunes, où c’est que tu trouvais ton inspiration, pour les paroles surtout?
N: Ça dépend, en fait. L’inspiration, elle peut me venir de différentes choses. Ça peut partir d’une ligne de base qu’on t’envoie. Je me rappelle, y’a eu un morceau comme ça qui s’appelait «Are you proud of me?»; les gars m’avaient envoyé une ligne de guitare qu’est magnifique, pis là, c’est comme, tu ne décides pas. Y’a quelque chose qui te dit que c’est ça qu’il faut que t’écrives, pis tu l’écris. Moi, c’est souvent ça. D’autres fois, j’ai une idée en tête, je veux écrire là-dessus; des choses qui venaient me chercher ou des choses qui t’affectent. Après, mon écriture a beaucoup évolué avec le temps, ça, c’est sûr, mais, pour moi, ça part souvent d’un besoin.
Là, depuis que la musique est réentrée dans ma vie, ça m’apporte un certain bonheur, tu sais, supplémentaire que je sais maintenant est nécessaire pour moi.
M: Alors, après ton groupe Gary, t’as eu une pause en musique?
N: Une pause un peu forcée parce qu’on a immigré au Canada, pis d’ailleurs, la veille de notre départ au Canada, c’était mon dernier concert avec Gary. L’immigration, c’est épuisant, puis la vérité aussi, c’est que faire de la musique, ça prend du temps, mais aussi, ça prend de l’argent, pis quand t’es immigré, c’est juste pas le temps de faire ça.
J’avais toujours une guitare chez-moi, je ne savais juste pas jouer. Je savais que ç’allait revenir, mais je ne savais pas quand. Puis, c’était aussi le temps où j’essayais de bâtir une carrière, d’avoir une meilleure job, so, j’étais occupé à faire d’autres choses. J’avais d’autres formes d’expressions artistiques. Je faisais de la photographie, mais la musique, c’est vraiment en déménageant en Nouvelle-Écosse, en 2022, que c’est revenu.
M: Rendu en Nouvelle-Écosse, qu’est-ce que tu savais à propos de la scène musicale ici, et quand as-tu réalisé que c’était le bon moment – et la bonne place – pour te relancer dans tout ça?
Nico Le Maudit Français.
N: Très honnêtement, je ne savais pas grand-chose de la musique ici. Je savais qu’il y avait le lien avec le violon parce que Sydney, et la musique celtique. Je sais qu’il y avait certains groupes que je connaissais qui venaient des provinces atlantiques, mais je ne connaissais pas grand-chose. Je connaissais rien de l’Acadie, à l’époque.
Du coup, tout a été une découverte, pour moi. Quand on est arrivé ici, on s’est rendu à quel point c’était musical, et qu’il y avait tellement de gens qui faisaient de la musique. Ça, c’est un truc qui m’a vraiment réconcilié avec la musique. Je trouve qu’en France, il y a un côté de la musique qu’est un peu élitiste, pis ce que je trouvais en Nouvelle-Écosse, c’est que la musique était très démocratisée. Il y a beaucoup de gens qui font de la musique, peu importe d’où tu viens. Je trouvais que la musique était très présente.
Je me rappelle, au début de mon travail au Courrier, quand j’avais resté au Su Ben et y’avait eu un kitchen party – moi j’avais jamais vu ça avant. Ça te donne du courage, entre guillemets, parce que tu vois qu’il y a plein de gens qui font de la musique ici. Aussi, savoir que la FéCANE existe pis qu’il existe des programmes qui peuvent aider les artistes émergents, je me suis dit, «OK, pourquoi pas?»
M: C’est bon, ça. T’as un son vraiment unique et powerful. Je pense que tu crées exactement ce que tu décris, comme des sons à se perdre dedans. As-tu eu des leçons en fin de conte, ou t’es self-taught?
N: Je suis vraiment self-taught. J’ai reçu du mentorat sur des chansons avec Ronald Bourgeois dans le cadre du programme STELLA de la FéCANE et ça m’a remis sur le plan d’écriture. Ensuite, le mentorat que j’ai eu avec Laura (Rae) pour la partie production, parce que tout ce que je fais, c’est autoproduit. Ça, ça m’a beaucoup aidé. Mais, non, au niveau de la voix, je n’ai jamais fait de cours de chant, mais j’aimerais beaucoup en prendre. C’est un outil, la voix, ça se travaille. Y’a un aspect psychologique aussi, dans la voix, parce que c’est très difficile de se juger. Là, je suis un peu plus critique de ma voix parce que, maintenant, j’ai appris à mieux m’écouter.
Je voulais aussi prendre des cours de guitare, parce que j’en avais jamais pris dans ma vie, et, du coup, ça m’a aidé avec la voix parce que ça me permet d’apprendre les fondamentaux de la musique. Alors, mes cours de guitare m’ont vraiment aidé et j’ai la chance d’avoir un professeur qu’est bienveillant pis motivant.
M: Est-ce que, pour l’album que tu vas sortir, les chansons sont des créations assez récentes ou t’as une collection de chansons qu’attendent leurs moments, des années passées?
N: La plupart d’elles ont été écrites récemment, mais, je te dirais que la plupart d’elles sont nées il y a deux ans quand j’ai fait le premier mentorat avec Ronald Bourgeois. L’objectif de ce mentorat-là, c’était que j’écrivais des choses, je l’envoyais et il me donnait du feedback. Il y a peut-être cinq ou six chansons, je dirais quatre sur l’album, qui ont été écrites à cette époque. Y’en a d’autres qui ont été écrites à la résidence artistique à Grand-Pré. Les autres, ç’a été un petit peu au gré du vent, de l’inspiration, quand ça me venait.
Là, j’ai une dernière chanson qu’est plus une poésie. C’est parlée, c’est pas chantée, sur mon album. En février 2025, j’avais enregistré le son du ferry ici, qui traverse La Have, parce que j’adore. C’est des choses des fois que je fais; j’entends un son pis je vais harmoniser avec ma voix dessus, pis je viens d’enregistrer ça et j’adore le son, cette fréquence que ça fait. Alors, vraiment de différents processus.
M: Pis, le processus, tu l’as abordé toi-même. C’est toi qu’a vraiment mis le travail afin que cet album soit réalisé. C’était quoi les choses que t’as découvertes en mettant ce projet ici ensemble? Le faire tout soi-même, c’est un gros travail.
N: C’est vraiment scary de faire un album. Tout le monde va te dire, «Oh, ça prend pas grand-chose avec un laptop», ce qui est vrai et pas vrai en même temps. Oui, ça va prendre juste un laptop et un truc, mais tu vas vite te limiter si t’as pas un bon instrument, si t’as pas un bon micro, tu sais. Pas besoin d’avoir le top du top, mais t’as quand même besoin d’un micro à quelques centaines de pièces, donc c’est quand même un investissement, faut pas se mentir. So, je dirais qu’il y a quand même cette question de la barrière de l’investissement. Tu peux pas faire ça d’une fois, créer un home studio d’un coup, mais tu peux commencer petit.
Il fallait aussi choisir dans quel environnement que je voulais créer ma musique; tu peux aller avec Logic, tu peux aller avec Ableton et autres. Pis, tout le monde a son mot à dire là-dessus et tout le monde pense des choses différentes. Finalement, moi, ce qu’a vraiment ouvert ma voix musicale, c’était Ableton parce que ça correspond avec mon workflow. Je ne pense pas linéaire quand je pense musique. Je pense aux idées, je pense loop, je pense sample, des choses que je veux intégrer, pis ensuite, la musique prend forme de façon linéaire pour créer une chanson.
Ensuite, je dirais, vraiment se lancer pis se perdre dedans. Au début, c’est vraiment douloureux, la production musicale, quand t’en as jamais fait. Déjà, il y a le truc technique que tu ne sais pas faire. Tu ne sais pas où se trouvent les paramètres. Faut tout apprendre from scratch et ça prend du temps. L’autre chose, c’est que tu vas te tromper tout le temps. C’est nul ce que tu fais au début parce que tu cherches, tu ne sais pas trop quoi faire, donc ça prend du temps. Faut faire confiance au processus, puis se dire, si tu mets de l’énergie dedans, ça va marcher.
Je reviens toujours à cette citation de l’auteur de livres français, Amélie Nothomb. Elle avait été demandée, il n’y a pas longtemps dans une entrevue, si elle croyait à l’idée du talent, pis elle a dit: «Non, je ne crois pas au talent. Moi, je crois au désir, et si le désir est assez fort, il amène au talent.» Pis, je pense que c’est un peu ça, le processus de production. C’est-à-dire, il y a une envie qu’est là, fait qu’il y a un son auquel tu veux accéder, pis tu vas juste travailler assez fort pour arriver où tu penses aller. Alors, faut être ouvert à ce que le projet t’amène, là où t’avais pas nécessairement pensé aller. Je suis très fier d’avoir fait tout ça, par exemple.
Nico Le Maudit Français sur scène au Gala de la chanson 2026.
M: Ouais! Faut l’être! C’est un immense travail d’apprentissage. T’as créé en apprenant, ce n’est pas évident. Dirais-tu que t’es maintenant confortable avec le processus de production de musique? Après tout ça?
N: Ça, c’est sûr, pis maintenant, j’aurais moins peur aussi. Je ne sais pas pourquoi, moi, j’ai beaucoup le syndrome d’imposteur et j’avais un peu peur de travailler avec d’autres musiciens, c’est bête à dire. Parce que je me dis que je ne suis pas musicien. Je viens juste d’apprendre un instrument, je maîtrise à peine. Moi, je me disais ça et, au moins, si je fais les choses de mon côté, je peux apprendre comment me tromper seul parce que j’avais peur de ce qu’on pourrait penser.
Mais là, par exemple, dans la phase de mixing and mastering, avec le musicien qui travaillait avec moi, on a écouté des choses ensemble, pis il dit, «Ah, là, j’ajouterais de la base», et on met une base dessus, pis là, je me sens confortable, en fait. Je me suis rendu compte que, même si t’es un musicien avec 40 ans d’expérience qu’est un génie dans son style, t’apprends toujours, même après des années et des années de pratique. Puis, le processus de composition pis de production, il est inconfortable pour tout le monde. Tout le monde doit passer à travers une phase d’exploration. Alors, après ça, je me sens beaucoup plus confiant comme musicien et plus légitime.
M: C’est certain. Je crois que ton dévouement et le talent que tu démontres devraient te donner confiance, itou. C’est fou comment tu viens juste de commencer la guitare et que tu joues déjà tellement bien. T’es un excellent musicien, so, c’est drôle comment nos pensées peuvent des fois venir nous faire se douter.
Avec l’album qui s’en vient, si quelqu’un n’a jamais entendu Nico Le Maudit Français avant, comment décrirais-tu ta musique, ton son?
N: Je dis que c’est comme une musique hybride; j’ai créé un terme pour ça parce que je ne trouvais pas de terme, j’avais pas de mot pour le décrire. Du coup, moi, j’appelle ça un petit peu néo-chansons parce qu’il y a le côté chanson, classique, structure classique, mais en même temps avec des éléments de sons différents: de l’électronique, des boucles, des bruits presque que j’appellerai cinématographique. Donc, c’est ça. Pour moi, néo-chanson, c’est comme une chanson française un petit peu revisitée, qui se permet la liberté d’aller dans toutes les directions.
L’album à Nico Le Maudit Français: PAIX.
J’ai une chanson qui commence avec un vers, pis, au milieu, c’est instrumental, pis, à la fin, ça va être juste moi qui parle. Ça fait vraiment partie de ma philosophie néo-chanson, pis, de mon projet avec Le Maudit Français, c’est que je ne veux pas de limitations.
C’est aussi la question de pourquoi qu’on fait de la musique, pis je crois qu’en 2026, c’est une question qu’il faut se poser, si on est artiste, parce que c’est plus si simple qu’avant. Avant, ça l’était parce que «je veux enregistrer de la musique, je veux connecter avec le public et faire le plus de gigs possible, pis devenir connu». C’est un peu différent en 2026, là. Au moins, tu peux faire ce que tu veux faire exactement, y’a personne qui peut t’imposer quoi que ce soit. Si le morceau, je le trouve légitime à 5 minutes 50, ça va être 5 minutes 50. C’est comme ça que je le vois, c’est la liberté. Je voulais la liberté avec cet album-là.
M: J’adore ça comme thème. C’est bon de se sentir libre quand tu crées. Je pense que ton authenticité va se transmettre.
Pour l’album ici, y’a-t’il un thème ou c’est juste une collection de ce qui se passe dans ta vie ces jours-ci?
N: Ouais, toujours un thème, avec moi. L’album, il s’appelle PAIX, pis les chansons, je les décris comme des chansons de passages; c’est le terme qui m’est venu un jour, quand je travaillais là-dessus. C’est des émotions qui m’ont traversé, que ça soit des choses très personnelles ou des choses très globales, comme le climat. J’ai une chanson qui s’appelle «Le bleu du ciel», où je parle de la peur de plus pouvoir voir le bleu du ciel parce que y’a trop de smog.
Ça peut être une chanson presque anti-capitaliste. J’en ai une qui s’appelle «Prenez tout», où je parle d’érosion démocratique, pis du fait que j’ai l’impression qu’on se fait de plus en plus voler, ou en tout cas, retirer des choses en tant que citoyen dans le monde.
Ensuite, ça peut être une chanson où je vais parler des fleurs («Les fleurs que l’on s’offre»), pis toute l’image des fleurs, parce qu’il y a un côté éphémère et un symbole d’une présence sur terre qu’est très temporaire.
Y’a «Mon cri de terre», que j’ai écrit à Grand-Pré en hommage à un poème bien connu. Là, je parle de ma place en Acadie, so, c’est comme ça. C’est vraiment des émotions qui m’ont traversé, qui sont parfois des émotions douloureuses, pis comment on les transforme pis comment on arrive à faire la paix avec tout ça.
M: J’ai hâte à ça, Nicolas. Trop beau.
Finalement, je demande tout le temps aux créateurs avec qui je discute, quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans le monde des arts, dans le monde de la musique, mais qui hésite peut-être à commencer?
N: Je leur dirais que c’est normal d’avoir peur, mais il faut jamais laisser la peur gagner.
Il y a une autre citation que j’aime beaucoup de l’auteur Goethe. Il a dit que «nos désirs sont le pressentiment des possibilités qui sont en nous», pis ça, je trouve que c’est très fort. Ça, par exemple, c’est une citation qui me motive à faire de la musique. Je crois vraiment à ça. S’il y a une petite voix dans ta tête qui te dit, «Ah, ça, c’est peut-être quelque chose que tu peux faire», well, y’a quelque chose là. Si t’as un espèce de gut feeling, il faut y aller, il faut foncer, parce que ça veut dire que c’est certainement en toi.
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Légende: mots acadiens
miette – peu
pis – et
Ouais – oui
itou – aussi
