Type de contenu: Actualités
Tenue à la chapelle de l’Université, le jeudi 1er octobre, la rencontre a suscité l’intérêt autant chez les membres de la communauté universitaire que chez les habitants de la région.
Avec pour thème «L’IA, entre crainte et enthousiasme excessifs: le défi de l’adaptation», le professeur Sid Ahmed Selouani a réalisé une présentation dans laquelle il a abordé aussi bien les avantages que les inconvénients de cette technologie.
Ancien vice-recteur et doyen à l’Université de Moncton, le professeur Sid Ahmed Selouani est également associé à plusieurs universités au Canada et à l’étranger. Il coordonne le laboratoire LARIHS en tant que PDG, ainsi que le Carrefour de formation en robotique et en intelligence artificielle à l’Université de Moncton, au campus de Shippagan, où il travaille avec des partenaires publics et privés sur l’IA, la robotique industrielle et les systèmes autonomes.
Kenneth Deveau, recteur et vice-chancelier de l’Université Sainte-Anne, a notamment pris la parole pour adresser un mot de bienvenue et introduire la présentation du professeur.
Remise d’un prix de remerciement au professeur Sid Ahmed Selouani par le recteur de l’Université Sainte-Anne, Kenneth Deveau.
L’IA transforme déjà profondément les façons de travailler, d’étudier et d’accéder à la connaissance, mais son développement rapide soulève également des questions liées à la pensée critique, à la créativité, à l’autonomie et à l’éthique.
C’est le constat dressé lors de la conférence, qui présente l’IA comme une technologie de rupture dont l’adoption s’est accélérée notamment depuis l’arrivée de ChatGPT en 2022.
«Elle transforme profondément notre rapport au travail, à nos études, à la connaissance, à l’entrepreneuriat, mais également, ça pose des questions au niveau de l’état de droit, au niveau des équilibres géostratégiques», explique le professeur Selouani.
Le conférencier rappelle que l’IA ne se limite pas aux outils génératifs. L’IA générale, capable de reproduire les capacités d’adaptation humaines dans différents domaines, demeure quant à elle un objectif qui n’a pas encore été atteint.
«L’IA générale, c’est l’IA forte. Ça, c’est l’utopie [qu’]on n’a pas encore réalisé», affirme le professeur.
Selon les exemples présentés, les capacités de l’IA progressent dans plusieurs secteurs, notamment en médecine, en droit, en recherche scientifique et dans les arts. Le conférencier cite notamment des travaux portant sur le diagnostic médical, le raisonnement juridique et la production d’articles scientifiques.
La présentation met également en lumière des applications concrètes de l’IA dans les domaines de la santé, de la recherche et du patrimoine. Parmi les exemples évoqués figurent l’analyse de biopsies, la sélection d’huîtres présentant certaines caractéristiques, ainsi que des outils permettant d’interroger des archives et de faciliter l’accès à des informations liées au patrimoine acadien.
«Quand on analyse les biopsies, on a des photos de tissus, puis le médecin va définir si le tissu est bon», présente le professeur.
«On gagne du temps, […] en faisant une simple interrogation de tous les documents qui sont dans le musée», poursuit-il, évoquant le rôle de l’IA dans l’accès au patrimoine culturel acadien.
Dans le milieu universitaire, l’utilisation de l’IA pose toutefois un dilemme. Les étudiants peuvent craindre que son utilisation soit associée au plagiat ou à la fraude, alors que les employeurs s’attendent de plus en plus à ce que les diplômés soient capables d’utiliser ces technologies.
Le conférencier insiste donc sur l’importance de développer une utilisation critique, transparente, éthique et responsable de l’IA, plutôt que de simplement chercher à en interdire l’usage.
«Elles visent plutôt à outiller adéquatement son personnel et la communauté étudiante afin qu’ils soient en mesure d’utiliser les différentes formes d’IA de manière judicieuse, critique et éthique dans le respect des règlements universitaires», défend-il.
Une utilisation excessive de l’IA pourrait toutefois avoir des conséquences sur les capacités d’apprentissage, la mémorisation et le jugement critique, en plus de contribuer à une dépendance accrue aux technologies et aux écrans.
«Le jugement critique peut être entaché, lorsqu’on s’habitue à trop d’IA générative. On a des capacités d’apprentissage qui sont réduites, et on a une dépendance, en plus des écrans, en plus des téléphones, nous avons une dépendance supplémentaire», rappelle le professeur Selouani.
La question centrale devient ainsi celle de l’équilibre: comment profiter des capacités de l’IA tout en préservant les compétences humaines qui demeurent essentielles?
Gael Plamedi Ndele Bindala, étudiant en administration des affaires à l’Université Sainte-Anne, explique dans quelle mesure cette conférence lui a permis de déconstruire certaines idées préconçues au sujet de l’IA.
«Ça m’a permis d’essayer de voir ça du bon côté, du côté positif, parce qu’on a plus tendance à imaginer l’IA comme un outil de paresse», explique-t-il.
En tant qu’étudiant, ce dernier estime que l’IA a effectivement sa place dans le milieu académique. Il considère toutefois qu’un enseignement sur son utilisation éthique serait nécessaire.
«Aujourd’hui, dans le monde où nous sommes, la technologie évolue. Je pense que ça serait mieux qu’on nous montre comment l’utiliser à bon escient.»
Quant à son utilisation dans le milieu professionnel, l’étudiant émet toutefois des réserves quant à la fiabilité de l’IA.
«C’est une machine. Il y aura sûrement un moment [où] il y aura des défactorisations ou des systèmes défectueux. Ça pourrait aller dans un mauvais sens, si c’est mal utilisé», ajoute-t-il.
Andrea Burke-Saulnier, vice-doyenne au programme universitaire et ancienne professeure au département de l’éducation de l’Université Sainte-Anne, s’est également exprimée sur la présentation.
«Ça m’a permis de renforcer et confirmer des réflexions que j’ai déjà eues», dit-elle.
«l’IA est un outil qui peut être précieux pour l’enseignement, l’apprentissage, la rédaction, la recherche, etc. Mais c’est un outil qui doit être utilisé avec de la réflexion», ajoute-t-elle.
Pour elle, l’IA a sa place dans le milieu académique, mais elle ne peut remplacer la créativité humaine.
On ne peut pas l’ignorer parce qu’on a peur, parce qu’on est intimidé. Il faut vraiment se renseigner au sujet de l’IA.
«On ne peut pas l’ignorer parce qu’on a peur, parce qu’on est intimidé. Il faut vraiment se renseigner au sujet de l’IA», s’exprime-t-elle, avant de poursuivre.
«L’intelligence artificielle n’a pas d’âme. On entend, on voit, on regarde l’âme d’un artiste quand on le voit en train de partager leur création. L’IA ne peut pas faire ça.»
La conférence s’est conclue par une séance de questions-réponses avec le public, et une remise d’un prix de remerciement au professeur Sid Ahmed Selouani par le recteur Kenneth Deveau.
