Type de contenu: Actualité
Jean-Philippe Giroux
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL
Il s’agit du deuxième groupe de conversation de ce genre qu’Adam Scott, propriétaire de la librairie et du Eastern Tea Bar de Halifax, a créé afin de bâtir une communauté autour de cette culture.
Il y a quelques années, Scott cherchait des moyens financiers pour soutenir son commerce. Il a découvert à l’époque qu’une subvention provinciale était offerte aux entreprises qui utilisaient le gaélique d’une manière ou d’une autre, ainsi que le soutien de la Gaelic Business Initiative.
Il a alors eu l’idée de créer une communauté de personnes partageant les mêmes intérêts que lui, qui viendraient dans sa boutique pour converser et boire du thé. Il servirait ses produits, les gens lui enseigneraient un peu de la langue : une situation gagnant-gagnant à ses yeux.
Depuis 2024, les choses ont beaucoup évolué. Débutant comme étudiant, en apprenant auprès des aînés et par lui-même, il est maintenant à un niveau conversationnel et peut accompagner d’autres personnes dans leur apprentissage de la langue.
L’une des différences entre les deux groupes est que celui de Halifax compte davantage de locuteurs ayant un niveau conversationnel, ce qui crée une ambiance plus décontractée, tandis que celui de Mahone Bay comprend surtout des débutants. Scott y a donc endossé un rôle d’enseignant dans le groupe de conversation de la Rive-Sud.
Il explique au Courrier qu’une séance peut commencer par une histoire, comme l’un des livres très appréciés de la série Malagawatch Mice, ou encore par un poème. Ensuite, les participants essaient de converser un peu, passent en revue des phrases courantes et apprennent des chansons.
Une carte montrant les régions principales où le gaélique écossais était la langue maternelle des résidents de l’atlantique.
Racines et curiosité
La famille d’Adam Scott est originaire de Terre-Neuve. L’entrepreneur a des racines écossais et irlandaises de la péninsule d’Avalon, où les plus importantes vagues de colonisation irlandaise ont eu lieu aux 18e et 19e siècles pour pratiquer la pêche et l’agriculture.
Mais ce qui l’a amené vers la langue gaélique — qui comprend aujourd’hui trois langues modernes : le gàidhlig en Écosse, le gaeilge en Irlande et le gaelg (manx) sur l’île de Man —, c’est avant tout la curiosité et le goût d’apprendre.
Pendant la pandémie de COVID, gérer son entreprise au Eastern Tea Bar de Halifax est devenu une source de stress. Il cherchait des occasions de créer davantage de liens communautaires, tout en apprenant quelque chose de nouveau.
Passionné par la linguistique, son algorithme a commencé à lui recommander des vidéos YouTube, notamment la chaîne Gaelic with Jason. Il a ensuite approfondi son apprentissage grâce à l’application Duolingo, avant que son fil d’actualité ne lui recommande de participer aux festivités de Mìos nan Gàidheal, le Mois du gaélique de la Nouvelle-Écosse, en mai.
«Donc, au moment où je commençais à m’y intéresser, il y avait aussi des événements de la Nouvelle-Écosse qui commençaient à apparaître dans mon fil d’actualité, et j’ai commencé à voir sur les médias sociaux toutes sortes de choses différentes», raconte Scott.
Cela l’a amené à découvrir les communautés gaéliques de la Nouvelle-Écosse, notamment Mabou, qui constitue un important pôle d’immersion en gaélique écossais dans la province grâce à l’école d’immersion Taigh Sgoile na Drochaide, créée durant la pandémie.
De retour à son salon de thé, il a décidé de lancer un groupe de conversation. Peu à peu, il a appris à connaître la communauté gaélique de la ville, qui rassemble de nombreuses personnes originaires de Halifax, de l’est de la Nouvelle-Écosse et du Cap-Breton.
Selon le dernier recensement écossais, près de 70 000 personnes ont déclaré être capables de parler la langue, soit 12 001 de plus qu’en 2011, grâce aux efforts de revitalisation linguistique entrepris dans le pays au tournant du 21e siècle.
En Nouvelle-Écosse, 635 locuteurs, dont 65 locuteurs natifs, vivent dans la province, tandis que près de 2 000 autres vivent ailleurs au Canada.
Un exemple d’orthographie en gaélique écossais (années 1800).
Qu’est-il arrivé à la langue?
Au début du 20e siècle, le gaélique écossais, une branche de la famille des langues indo-européennes, était la langue maternelle d’autant que 50 000 Néo-Écossais et d’environ un quart de millions d’Écossais.
Mais quand a-t-il commencé à prendre vie?
«Les moyens par lesquels les langues celtiques se sont implantées en Europe, ainsi que la période à laquelle cela s’est produit dans les différentes régions, font actuellement l’objet de recherches et de spéculations. Les plus anciennes preuves linguistiques remontent à environ le 6e siècle avant notre ère sous la forme d’inscriptions lépontiques, découvertes dans le nord de l’Italie», peut-on lire sur le site Web de l’Université St. Francis Xavier.
L’apogée de la langue se situe autour du 12e siècle, alors qu’elle était parlée dans la majeure partie de l’Écosse et jusqu’au sud de la frontière avec l’Angleterre. La langue anglaise a été introduite progressivement dans les Lowlands au fil des siècles, à commencer par l’installation de populations anglophones dans le sud-est au 6e siècle, puis sous la forte influence du règne du roi David, fils de Malcolm Canmore, à partir de 1124.
Dans les Highlands, toutefois, la préservation de la langue est demeurée forte et, encore aujourd’hui, les cartes linguistiques témoignent de cet héritage culturel, l’île de Skye et les Hébrides extérieures (Long Island) constituant désormais les principaux foyers du gaélique écossais.
L’assimilation et l’exil des Gaëls ont commencé au 17e siècle en Irlande (et au 18e siècle en Écosse), lors du déclin du monde gaélique (Gaeldom), «assiégé sur les plans politique, culturel et économique par le monde anglophone», rompant ainsi les liens étroits et les traditions séculaires qui unissaient l’Irlande et l’Écosse.
Des vagues de migrants écossais ont ensuite gagné de nombreux pays. Avec une diaspora estimée entre 28 et 40 millions de personnes, la majorité d’entre eux se sont établis en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Le Canada est devenu une destination prisée à compter du 19e siècle, bien que le premier établissement écossais documenté en Nouvelle-Écosse remonte à 1621, et que la première véritable vague d’immigration ait commencé dans la seconde moitié du 18e siècle.
En 1961, 1 800 000 personnes se sont déclarées d’origine écossaise lors du recensement canadien, ce qui faisait alors des Écossais le troisième groupe ethnique en importance au pays.
Le soutien est primordial
Si le gaélique écossais a disparu au fil des générations, il y en a de nouvelles qui la découvrent pour renouer avec leurs origines, mais également pour le plaisir.
Ce qu’Adam Scott préfère d’être un locuteur du gaélique écossais, c’est la «communauté très, très, très solidaire» qui l’entoure.
Les participants de la dernière rencontre du groupe de conversation, à l’intérieur de la librairie Cat Tale Eclectics.
Le faible nombre de locuteurs peut parfois être une arme à double tranchant, «mais l’avantage de ça, c’est que tous ceux qui l’apprennent sont des nerds de langues, tout comme moi. Alors on peut devenir complètement absorbés (nerd out) par la syntaxe, ou par certaines terminaisons, ou par n’importe quel autre aspect du gaélique, et tout le monde semble être sur la même longueur d’onde à propos de ça.»
Un autre avantage important est la riche tradition musicale qui accompagne la langue. Comme le rappelle Scott, une grande partie de la culture gaélique repose sur le chant.
Comme il adore chanter, il est allé passer du temps au Gaelic College de St. Ann’s, situé le long du sentier Cabot, un établissement d’enseignement très important qui assure la pérennité des traditions gaéliques de la Nouvelle-Écosse. L’une d’entre elles : s’asseoir en cercle pour partager des chansons.
Ce n’était pas la première fois qu’Adam Scott tentait d’apprendre une nouvelle langue. Par le passé, il s’était initié au mandarin dans un cadre formel, à l’Université Dalhousie.
Une expérience agréable pour le propriétaire d’entreprise, mais qui lui avait offert peu d’occasions de conserver la langue, puisqu’aucun de ses amis à l’extérieur de la salle de classe ne parlait mandarin.
Cette deuxième expérience, en revanche, s’est déroulée dans un cadre beaucoup plus communautaire.
«J’ai jamais vraiment même eu un contexte de cours formels, précise-t-il. C’était juste m’appuyer sur la communauté et, pour moi en tout cas, avoir ces rencontres informelles tout le temps, plutôt que des cours officiels de temps en temps, était très bénéfique.»
«Alors maintenant, si j’étais pour retourner au chinois — comme pour apprendre le mandarin —, il faudrait que je joigne une sorte de club de mandarin ou quelque chose du genre, pour que je puisse le poursuivre (keep it going).»
