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L’idée de cette série d’ateliers est née d’un constat simple: les plantes font déjà partie de l’histoire de Fort Point.
Comme l’explique Jessie Grigg-Farquhar, directrice du Fort Point Museum: «Nous aimons les plantes et les jardins, et nous avons aussi entendu des membres de la communauté dire qu’ils aimeraient avoir davantage d’occasions d’en apprendre sur les plantes de Fort Point et de passer du temps sur le site. Les recherches archéologiques menées ici portent notamment sur les graines et autres restes végétaux, ce qui nous donne des informations sur ce qui poussait ici et sur la manière dont les gens utilisaient le paysage.»
Les recherches archéologiques qui sont engagées au Fort Point Museum, particulièrement celles qui invitent à mieux comprendre les bâtiments et l’occupation humaine du lieu, offrent un autre point de départ pour réfléchir à ce paysage. L’observation des plantes qui s’y trouvent aujourd’hui permet ainsi de faire dialoguer passé et présent.
Les participants ont découvert que les plantes présentes sur un site peuvent avoir des histoires très différentes. Certaines étaient déjà installées sur le territoire, quand d’autres ont été introduites par les populations européennes. Certaines ont ensuite été cultivées, déplacées, échangées ou conservées. Au fil du temps, les savoirs associés à ces plantes se sont aussi transmis et partagés.
Comprendre comment une plante est arrivée à un endroit permet de s’interroger sur les personnes qui l’ont apportée, celles qui étaient déjà là, les échanges qui ont eu lieu et les connaissances qui ont circulé. Une plante peut ainsi devenir une trace de l’occupation humaine et un point de départ pour mieux saisir les relations entre les personnes, les cultures et le territoire.
Promenade dans le jardin à la recherche des plantes médicinales.
Se nourrir, se soigner, se souvenir
Les trois rencontres ont traité cette histoire sous trois angles différents.
Le premier atelier a exploré les plantes alimentaires et leur rôle dans la vie quotidienne. Le deuxième s’est intéressé aux plantes médicinales et aux savoirs liés à leurs usages. Le dernier a abordé les plantes comme porteuses de mémoire: plantes-repères qui marquent un lieu, plantes héritées et transmises, plantes qui deviennent témoins d’une histoire.
Chaque atelier associait une partie historique à une activité en petits groupes. Les participants devaient retrouver les plantes, présentes sur le site du Fort, correspondant au thème de la rencontre en s’appuyant sur des indices historiques, géographiques et sensoriels.
Les jeux ont été particulièrement appréciés. Ils permettaient de retenir les informations en s’amusant, et de créer des liens entre les participants. En cherchant ensemble, en comparant leurs observations et en échangeant leurs connaissances, les personnes présentes ont rapidement commencé à discuter entre elles.
Les questions ont également dépassé le contenu des ateliers. Comment cette plante est-elle arrivée ici? À quoi servait-elle autrefois? Comment l’utilisait-on? Pourquoi pousse-t-elle encore aujourd’hui? Les participants étaient curieux de comprendre l’histoire des plantes qu’ils avaient sous les yeux et à faire des liens avec leur quotidien.
Certains ont partagé qu’ils ne regarderaient plus leur propre jardin de la même façon. Quelques-uns se sont demandé s’ils allaient continuer à tondre leur pelouse, tandis que d’autres ont souhaité transmettre ce qu’ils avaient appris à leurs proches.
Créer des liens autour du patrimoine
Cette dimension humaine est devenue l’un des aspects les plus marquants de la série. Près de la moitié des participants sont revenus d’un atelier à un autre, certains ayant même fait le déplacement depuis Kentville chaque semaine. Au fil du mois, le groupe a ainsi eu l’occasion de se retrouver, de poursuivre les discussions et d’approfondir les relations tissées lors des premières rencontres.
Jessie Grigg-Farquhar souligne l’importance de ces échanges: «La réaction des participants a été l’un des aspects les plus intéressants pour moi. J’ai été surprise de voir à quel point les gens ont créé des liens entre eux grâce aux ateliers. Il y a eu de belles conversations entre les participants, et les gens ont créé des liens avec l’animatrice et avec les autres personnes impliquées dans le programme».
Les plantes ont ainsi servi de point de rencontre: entre les participants, entre les générations, entre les connaissances historiques et les savoirs du quotidien, entre le patrimoine et l’environnement.
Un financement qui permet de faire entrer de nouveaux savoirs au musée
Ces ateliers ont été rendus possibles grâce au financement accordé dans le cadre du Mois du patrimoine acadien 2026, de l’Office des affaires acadiennes et francophones.
Le financement nous a permis de faire appel à des personnes possédant des connaissances que nous n’avons pas au musée.
«Le financement nous a permis de faire appel à des personnes possédant des connaissances que nous n’avons pas au musée. Dans ce cas-ci, cela signifie travailler avec une personne spécialisée dans les plantes et l’environnement naturel et créer une programmation autour de ces connaissances. Il a également permis de réaliser quelque chose qui est difficile pour un petit musée de faire seul: faire venir une spécialiste sur le site, développer une série d’ateliers et les offrir à la communauté à peu de frais ou gratuitement», ajoute Jessie Grigg-Farquhar.
La subvention n’a pas seulement permis d’organiser ces activités. Elle a rendu possible une collaboration et un transfert de connaissances, tout en offrant au public l’accès à une expertise qui, autrement, aurait été plus difficile à faire venir sur le site.
Une autre manière de raconter l’histoire
Les ateliers ont finalement proposé une autre façon de visiter et de comprendre le site.
«Les ateliers nous permettent aussi de raconter l’histoire de Fort Point d’une autre manière. Une visite traditionnelle peut se concentrer sur les bâtiments, les dates et les personnes associées au Fort. Regarder les plantes nous donne une autre façon de parler de la manière dont les gens vivaient ici et utilisaient le territoire. J’espère que les participants repartent en connaissant mieux le site et son histoire, mais aussi en remarquant des choses devant lesquelles ils seraient autrement passés. Les plantes qui poussent ici peuvent nous apprendre quelque chose sur le paysage et sur la manière dont il a été utilisé au fil du temps», explique Jessie Grigg-Farquhar.
Au terme des trois rencontres, les plantes sont devenues bien plus qu’un sujet d’apprentissage. Elles ont permis de relier archéologie, histoire, environnement, mémoire et communauté.
Dans l’esprit de «Tisser des liens, célébrer nos voix», le patrimoine s’est raconté dehors, dans le jardin, autour des plantes et surtout dans les échanges entre les personnes.
