Type de contenu: Critique
«Je suis plus la même personne que j’étais en Italie ou que j’étais en France.»
Pour l’autrice francophone d’origine italienne, qui habite aujourd’hui à Moncton, notre identité se transforme au fil du temps. De son parcours de vie, ponctué par de nombreux déplacements sur différents continents, elle sait que la personne qu’elle était n’a cessé d’évoluer entre ses 20 ans, ses 30 ans, ses 40 ans:
«On change, et peut-être qu’on n’est plus d’accord avec ce qu’on était, avec nos gestes, nos actions de 20 ans avant.»
Autrement dit, ce que nous sommes à un moment donné, ce que nous croyons, ce que nous ressentons et percevons, n’est pas voué à rester gravé dans le marbre.
Ainsi, à 48 ans aujourd’hui, il l’intéressait de parler plus largement d’expériences de vie et de la complexité de l’existence, tout en questionnant l’identité de genre et, à partir de là, la relation au monde, aux autres.
Dans son roman, Andrea explore tout le long cette quête identitaire, corrélée très fortement à ses désirs et à son amour pour le personnage de Monica, puis à des évènements plus éprouvants, comme la maladie ou la mort.
«On vit beaucoup de choses différentes, tristes ou joyeuses, en même temps, exprime Mattia Scarpulla, donc je voulais travailler sur ça. Et, progressivement, c’est le personnage d’Andrea qui se cherche et qui se trouve en lien avec les autres.»
Les protagonistes qui gravitent autour d’Andrea occupent en effet une place centrale dans le récit. Ses rencontres avec autrui l’aident à mieux se comprendre, se connaître, et grandir, tout en observant ses relations amicales, familiales, amoureuses évoluer aussi au fil du temps.
Le centre du livre, c’est le fait de vivre avec les autres et d’accepter le lien qui peut être changeant.
D’autant plus que, dans le roman, chaque personnage entre en scène à des moments de fracture, ou de mise en doute de certaines croyances.
Inspiré par des lieux connus, comme l’Ile Verte au Québec ou Turin en Italie, le voyage d’Andrea, psychique et tangible, semble également faire écho —sans pour autant être une autobiographie— aux expériences d’immigration de l’autrice, ainsi qu’à son rapport au langage, intimement lié.
«On parle d’identité des genres, de fluidité des genres et, du coup, il me semblait qu’il y avait un lien aussi au fait de la fluidité, pour beaucoup de personnes, de vivre entre différents systèmes linguistiques.»
L’autrice, de langue maternelle italienne, admet pourtant l’utiliser très peu aujourd’hui, habituée désormais à s’exprimer en français, au quotidien et dans ses écrits.
En outre, depuis qu’elle vit à Moncton, elle se dit très sensible au travail effectué à l’intention des minorités linguistiques et du pouvoir des mots dans l’identification.
D’où son choix de mêler italien, français, anglais ou encore espagnol, tout en veillant à ce que l’histoire reste compréhensible sans soucis ni confusion.
Une fluidité, une liberté qui deviennent d’autant plus importantes à la fin du roman où l’on observe une société transformée, désormais multilingue et multiculturelle.
«Toute langue, si elle est vivante, si on l’utilise, est toujours en reconstruction», affirme Mattia Scarpulla.
Pour l’autrice, ce sont d’ailleurs les évolutions langagières qui rendent les langues vivantes, véritables sources de performativité, et de créativité pour les écrivain·es.
Ainsi, elle le ressent, la pratique de la langue est une pratique de la vie et de notre existence, et peut véritablement et sensiblement nous aider à conscientiser qui on est.
