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Dans le cadre de cette course historique, Le Courrier s’est entretenu avec les trois candidats —Claude Bourgeois (Progressistes conservateurs), Denis Cormier (Parti libéral) et Trevor Poirier (NPD)— afin de cerner leurs priorités face aux enjeux clés de la région: économie, santé, environnement et avenir de la francophonie.
Au lever du jour, la lumière glisse sur les caps rocheux de Chéticamp, accroche les vagues du golfe du Saint‑Laurent et remonte les vallées verdoyantes des Margarees, avant de s’attarder sur les reliefs de Pleasant Bay. Dans cette portion spectaculaire de la Cabot Trail, où les villages respirent au rythme de la mer, de la pêche et de la culture acadienne, une élection inédite s’apprête à redessiner l’avenir politique de la région.
Le 23 juin, pour la première fois, les habitants de cette circonscription «d’exception» choisiront la voix qui portera leurs préoccupations —rurales, francophones et profondément enracinées— jusqu’à l’Assemblée législative à Halifax.
Cette nouvelle carte électorale n’est pas un simple découpage administratif; elle incarne une reconnaissance historique et culturelle majeure pour le peuple acadien de la Nouvelle-Écosse.
Trois profils bien distincts, profondément ancrés dans le tissu local, se disputent les suffrages des citoyens.
Le Parti progressiste‑conservateur mise sur Claude Bourgeois, entrepreneur chevronné et figure bien connue du milieu culturel local.
Le Parti libéral, lui, propose Denis Cormier, éducateur d’expérience et ancien pêcheur, profondément investi dans les causes communautaires et environnementales de la région.
Enfin, le Nouveau Parti démocratique avance Trevor Poirier, travailleur de première ligne en soins de longue durée et militant syndical aguerri.
Chacun de ces prétendants porte une vision diamétralement opposée de l’avenir de Chéticamp–Margarees–Pleasant Bay, mais tous partagent un même objectif existentiel: devenir le premier visage officiel de cette circonscription acadienne et côtière à l’Assemblée législative provinciale.
Claude Bourgeois (Progressistes‑conservateurs): l’expérience entrepreneuriale au service de l’économie locale
Avec plus de 30 ans d’expérience dans le camionnage, les services maritimes et l’hôtellerie —notamment comme propriétaire du Doryman Pub & Grill— Claude Bourgeois estime que son parcours constitue un atout majeur pour défendre les réalités économiques de la région.
«Mon expérience de terrain de plus de trois décennies me donne une perspective unique sur les réalités quotidiennes des gens d’ici», explique‑t‑il. «J’ai géré des entreprises, créé des emplois et j’ai affronté les mêmes défis financiers que les entrepreneurs locaux.»
Le Premier ministre Tim Houston a publiquement souligné que ce profil entrepreneurial serait précieux pour protéger l’économie provinciale dans un contexte international instable, marqué par les tensions commerciales avec l’administration Trump.
Face à ces incertitudes, M. Bourgeois place au sommet de ses priorités le soutien aux piliers économiques de la région: tourisme, pêche au homard et exportations locales. Très impliqué dans la vie culturelle —soirées de talents, musique traditionnelle au violon, émission de radio—, il promet également de défendre la culture acadienne et les services en français.
L’investiture conservatrice ayant mobilisé plus de 400 nouvelles adhésions, il se présente comme un candidat rassembleur:
En tant que député, je serai un défenseur de toutes les communautés de notre circonscription et je veillerai à ce qu’elles soient bien représentées à la table des décisions du gouvernement.
Denis Cormier (Parti libéral): jeunesse, éducation et environnement au cœur de la campagne
Originaire de Saint‑Joseph‑du‑Moine, ancien pêcheur et éducateur pendant près de 30 ans, Denis Cormier ancre sa campagne dans la défense des communautés rurales et de la jeunesse. «Après près de 30 ans en éducation, je comprends l’impact que les décisions gouvernementales peuvent avoir sur nos élèves, nos écoles et nos communautés», affirme‑t‑il.
Il accuse le gouvernement Houston de nuire aux écoles rurales et promet de défendre un système éducatif de proximité, mieux soutenu en santé mentale, orientation et planification de carrière.
Pour contrer l’exode rural, il propose de renforcer les liens entre l’école et les débouchés régionaux:
«Garder les jeunes dans notre région doit être une priorité. Cela signifie investir dans l’éducation, les arts, la culture, les infrastructures et les possibilités locales.»
Son expérience maritime influence aussi sa vision économique:
«Ces industries ne font pas seulement partie de notre économie —elles font partie de qui nous sommes.»
Il s’engage à protéger l’accès aux quais et à moderniser les infrastructures portuaires.
Comme président de la Margarees Rivers Association, il défend une approche où développement et environnement avancent ensemble. Il critique la réduction du financement du ministère de l’Environnement et la levée des interdictions sur l’exploration de l’uranium et la fracturation hydraulique:
Protéger nos rivières, nos côtes, nos forêts et nos terres agricoles n’est pas un obstacle à la croissance —c’est la base d’une prospérité à long terme.
Sur le plan linguistique, il dénonce les obstacles persistants dans l’accès aux services en français et qualifie les compressions dans la culture acadienne de «honteuses».
Trevor Poirier (NPD): justice sociale, coût de la vie et défense des services publics
Employé du Foyer Père Fiset et président de la section locale 2031 du SCFP, Trevor Poirier axe sa campagne sur la justice sociale et la défense des services publics.
«Tim Houston avait promis de réformer le système de santé et les gens lui ont fait confiance. Mais cinq ans plus tard, nous ne voyons toujours pas de progrès», déplore‑t‑il.
Selon lui, les travailleurs en soins de longue durée ne gagnent pas assez pour joindre les deux bouts, ce qui complique le recrutement et fragilise les services.
Natif de Chéticamp, il décrit une région où les factures d’épicerie, d’électricité et de carburant augmentent sans soutien provincial. Il critique les choix budgétaires du gouvernement, notamment la fermeture du Centre d’information touristique de Port Hastings et les réductions de financement dans les arts et à la FéCANE:
«Les coupes budgétaires imposées par le gouvernement Houston ont des conséquences désastreuses, en particulier dans les communautés rurales.»
Pour lui, investir dans la culture est essentiel à la vitalité économique des régions. Sur la question linguistique, il s’oppose fermement aux coupes visant le recrutement d’étudiants francophones en santé:
Il est essentiel pour les Acadiens d’avoir accès aux services dont ils ont besoin en français.
Le NPD promet de rétablir ces budgets pour garantir des soins de qualité dans la langue des patients.
Les clés d’un scrutin historique
Avec 3 889 électeurs admissibles, l’élection partielle du 23 juin dépasse largement les frontières de Chéticamp–Margarees–Pleasant Bay. Elle s’impose comme un moment charnière pour cette circonscription acadienne et côtière, rétablie pour renforcer la représentativité d’une communauté longtemps sous-représentée.
À l’approche du vote, trois orientations se dessinent clairement.
Claude Bourgeois défend la continuité économique et la proximité avec le pouvoir, misant sur son expérience entrepreneuriale pour porter la voix des industries locales.
Denis Cormier, lui, propose une approche centrée sur la jeunesse, l’éducation et l’équilibre environnemental, convaincu que la vitalité de la région passe par l’investissement humain.
Trevor Poirier, pour sa part, met de l’avant la justice sociale, la défense des travailleurs et la refonte des services publics, estimant que les familles rurales ont été laissées pour compte.
Dans l’isoloir, les électeurs devront trancher entre ces visions contrastées et décider de la manière dont leur identité, leurs priorités et leurs valeurs résonneront à Halifax. Un choix fondateur pour l’avenir politique de Chéticamp–Margarees–Pleasant Bay.
