Type de contenu: Actualité
Bobby Therrien
Initiative de journalisme local – Acadie Nouvelle – Atl
Plusieurs personnes de tous les coins de la province ont accepté l’invitation de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) afin de proposer des pistes de solution pour façonner l’avenir des communautés acadiennes.
Au cours de la plénière finale de ces États généraux, qui a eu lieu dimanche, il est facile de constater que le but est l’atteinte de l’autonomie institutionnelle de l’Acadie du Nouveau-Brunswick dans tous les secteurs d’activité.
Ce terme a été mis de l’avant, lors des ateliers de réflexion, par le sociologue Joseph Yvon Thériault. En bref, il s’agit d’un principe qui garantit à une organisation le droit de s’autoadministrer, de définir ses orientations et de gérer ses ressources à l’abri des ingérences externes.
«C’est une espèce d’extension de la dualité dans tous les champs. On peut se dire qu’en 2036, on vise une plus grande autonomie institutionnelle dans un ensemble de secteurs, comme on l’a eu en éducation et en santé, et comme on pourrait voir dans l’autonomie régionale et d’autres dimensions de ce type», a expliqué M. Thériault.
Selon le poète Jean-Philippe Raiche, participant aux États généraux, ces deux mots peuvent englober une foule d’éléments comme les droits linguistiques, la petite enfance, l’éducation, l’économie, la culture, etc.
«Le but est de donner un concept parapluie dans lequel on peut faire entrer toutes nos préoccupations. Moi, ma mère a 96 ans et je ne veux pas que l’on change sa couche en anglais.»
C’est vraiment une vision civique de l’identité acadienne qui englobe très bien l’Acadie moderne.
«C’est vraiment une vision civique de l’identité acadienne qui englobe très bien l’Acadie moderne. C’est en participant à travers nos institutions que l’on réussit à adhérer à la nation acadienne», a ajouté Eric Dow.
Pour Jean-Marie Nadeau, c’est un concept qui le rejoint, lui qui estime que l’Acadie doit se donner les moyens de se gérer globalement.
«Le pouvoir associatif n’est plus suffisant pour assurer la pérennité du peuple acadien.»
Bien que l’autonomie institutionnelle a été le terme qui a engendré le plus grand nombre de discussions lors de la plénière, d’autres termes ont fait surface comme celui de l’égalité réelle. «Il faut coudre l’autonomie institutionnelle et l’égalité réelle, qui est fondamentale, et on commence à avoir les bases pour mettre en place un sérieux plan d’action pour les dix prochaines années», a mentionné Lise Ouellette.
«L’autonomie institutionnelle, c’est un concept compliqué à expliquer. Ce qui manque, c’est la mobilisation (…) L’égalité réelle, il y a de quoi de mobilisateur là-dedans et c’est de quoi qui est facile à expliquer», a déclaré Serge Brideau.
Certaines personnes qui sont intervenues lors de la plénière ont aussi abordé la gestion d’une autonomie dans le contexte des nouvelles technologies. D’autres ont parlé du développement de la culture. D’autres ont fait mention de l’éducation et de la petite enfance, alors que certains ont abordé le facteur de l’immigration et l’inclusion des nouveaux arrivants comme des Acadiens et non seulement des francophones.
Un projet de longue haleine
Au bout du compte, la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick aura le mandat de rassembler les informations qui ont été récoltées lors des États généraux et de travailler de concert avec un comité indépendant pour assurer un suivi rigoureux des dossiers liés à cet exercice de réflexion sur l’Acadie d’aujourd’hui et de demain.
Une chose est sûre, le nouveau président de la SANB, Gérald Arseneault, se retrouve déjà avec un dossier d’envergure dans son assiette. Il croit toutefois que le développement des idées issues des États généraux devra dépasser le cadre même de la SANB.
«Il ne faut pas oublier la voix du peuple. Je ne suis que le porte-parole de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. Il est important d’avoir ces chambres d’écho dans lesquelles tu peux aller tâter le pouls des gens.»
«Quand tu arrives avec quelque chose de nouveau, tu dois préparer cette nouvelle chose, mais aussi préparer les gens qui vont l’accueillir.»
Il s’est dit conscient que les attentes de la communauté acadienne sont importantes.
On arrive avec des résolutions et une urgence d’agir, mais ça ne veut pas nécessairement dire de foncer les yeux fermés. Il faut le faire, mais bien le faire.
«On pourra prendre un petit pas de recul pour évaluer quels sont les fondements de cette résolution issue des discussions de la fin de semaine. Ça va guider notre démarche.»
Le président de la SANB est aussi conscient que l’autonomie institutionnelle est un concept vaste qui ne se réalisera pas du jour au lendemain.
«Jusqu’où doit-on pousser pour aller vers cette autonomie institutionnelle? C’est la grande question. Lors des États généraux, en 2014, on parlait de pleine municipalisation. Ce n’est pas arrivé le lendemain des États généraux. Ça a pris une certaine période de temps. C’est la même chose aujourd’hui.»
Gérald Arseneault confirme que l’autonomie institutionnelle est l’objectif ultime. Il estime toutefois que l’Acadie est confrontée à des défis importants qui devront être au menu d’organismes comme la SANB.
«On voit des communautés qui se font angliciser à vitesse grand V. Si on ne veut pas perdre ces communautés francophones, on doit les aider et les guider dans une démarche pour protéger leurs racines.»
«On veut se rendre à notre objectif, mais parfois, le chemin est plus sinueux.»