le Mercredi 24 juin 2026
le Vendredi 29 mai 2026 11:00 Nos communautés - Clare

Une personne immigrante francophone à Clare perçoit-elle, à travers l’affichage, une communauté réellement accueillante?

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Jean Junior Nazaire Joinville. — PHOTO: Facebook - Jean Junior Nazaire Joinville
Jean Junior Nazaire Joinville.
PHOTO: Facebook - Jean Junior Nazaire Joinville

Le 12 mai dernier, le chercheur universitaire Jean Junior Nazaire Joinville a animé une conférence dans le cadre du 93e Congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (Acfas). Spécialisé en sociolinguistique et études francophones, il y a exposé les résultats de ses recherches concernant l'impact de la visibilité du français dans l'affichage public de la région de Clare.

Une personne immigrante francophone à Clare perçoit-elle, à travers l’affichage, une communauté réellement accueillante?
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Type de contenu: Actualité

Ainsi que l’a rappelé M. Nazaire Joinville, Clare, comme toute région acadienne, se distingue par sa vitalité francophone, avec une utilisation quotidienne du français dans la vie sociale et communautaire. 

Reconnue comme Communauté francophone accueillante (CFA) par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) depuis 2019, elle a pour mission d’accueillir et d’intégrer les personnes immigrantes d’expression française.

De plus, c’est à Clare que se trouve la seule institution d’enseignement supérieur de langue française en Nouvelle-Écosse, l’Université Sainte-Anne, ainsi que des organismes francophones établis, comme la Société acadienne de Clare (SAC) et la Société historique acadienne.

Pour ces raisons, M. Nazaire Joinville considère la région comme le cœur battant de la francophonie institutionnelle en Nouvelle-Écosse. 

Cependant, son étude sur la visibilité linguistique du français par rapport à l’anglais dans l’affichage public de cette région lui a permis de constater que, malgré les efforts de promotion du français, les personnes immigrantes d’expression française à Clare perçoivent encore une marginalisation de leur langue. Le français demeurant au second plan face à l’anglais.

Une affiche de la CFA de Clare, au Rendez-vous de la Baie.  

PHOTO: Archives

En effet, l’analyse de 439 affiches unilingues en français, unilingues en anglais et bilingues, photographiées sur la route 1, l’artère principale de Clare, lui a démontré que, si le français est présent, l’anglais reste néanmoins dominant dans l’affichage.

«Ainsi, pour une personne immigrante d’expression française à la recherche de références linguistiques et culturelles, ce scénario peut contribuer à une expérience ambivalente», a-t-il affirmé.

Car elle trouvera que l’affichage français est généralement éclipsé par une domination visible de l’anglais et pourra s’interroger sur le dynamisme réel du français sur le territoire, ainsi que sur ses attentes initiales en matière d’intégration dans son nouvel environnement.

«Le paysage linguistique est un point de référence très utile pour les personnes nouvellement arrivées en termes d’intégration et de reconnaissance linguistique, a affirmé M. Nazaire Joinville, parce que les affiches sont bel et bien visibles.»

Et donc, l’utilisation du français dans les affiches peut être un facteur rassurant et motivant parce qu’elle démontre que le français est une langue légitimée à Clare.

De plus, il fait remarquer qu’il existe deux types d’affiches: les affiches top-down, placées par des institutions officielles, et les affiches bottom-up.

Or, il a également constaté qu’à Clare, les affiches top-down sont bilingues, ce qui signifie que les institutions accordent une légitimité à l’utilisation du français.

Malgré cela, l’anglais reste dominant dans l’espace public et donc peut atténuer cette perception de visibilité du français et induire un sentiment d’effacement ou de marginalisation.

Cette domination peut engendrer un sentiment d’exclusion chez la personne immigrante d’expression française, et aussi cette personne peut avoir un doute sur la vie en français, et l’intégration sera plus difficile.

— Jean Junior Nazaire Joinville

D’autre part, il soulève que, dans ce contexte où la région de Clare a pour mission de faciliter l’accueil des nouveaux arrivants francophones, la langue française voit néanmoins son statut relégué au second plan. D’où ses questionnements concernant la cohérence des politiques d’intégration et la valorisation effective de cette langue.

En somme, si Clare est une région francophone dynamique, dans le paysage linguistique, le français reste fragilisé, alors que la visibilité linguistique est pourtant essentielle pour attirer, intégrer et retenir les personnes immigrantes d’expression francophones.

Soulignant les limites de son étude (la courte période et la zone réduite durant et où ont été recueillies les données, ainsi que l’absence d’entretien avec des personnes immigrées d’expression française), en revanche, des échanges avec des membres de la communauté acadienne, notamment des responsables d’organismes, lui ont permis de confirmer que la population souhaitait «que le français soit visible dans l’affichage».

Finalement, bien que l’affichage ne reflète pas toute la réalité linguistique, sa portée symbolique reste toutefois très forte pour une personne immigrante arrivée dans une région, selon le chercheur. 

Type: Actualités

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