Type de contenu: Actualité
Sous l’écorce d’un frêne, la larve creuse ses galeries, coupant la sève jusqu’à tuer l’arbre. Introduit accidentellement d’Asie au début des années 2000, cet insecte a colonisé le continent au gré du transport de bois de chauffage.
Confirmé à Halifax en 2018, il menace aujourd’hui jusqu’à 5 % du couvert arboré de la région. Mais cette invasion locale n’est que la partie visible d’un phénomène continental largement amplifié par le climat.
Une étude publiée en janvier dernier dans le journal Global Change Biology Communications quantifie cet impact. En analysant 72 ans de données, les chercheurs de Ressources naturelles Canada, dirigés par Yann Boulanger, démontrent que le réchauffement a redessiné la carte des risques.
L’agrile, vulnérable au gel intense, profite d’hivers plus doux. La surface des zones lui étant favorables a grandi de 32 % depuis 1951, exposant 42 % de frênes supplémentaires.
Véronique Martel, chercheuse en entomologie forestière au Centre de foresterie des Laurentides.
Des régions autrefois trop froides sont devenues des territoires d’infestation potentiels, repoussant la limite nord de l’habitat de l’insecte de plusieurs centaines de kilomètres.
«Le climat froid du Canada a souvent forcé les insectes ravageurs à demeurer dans le sud, explique Véronique Martel, chercheuse en entomologie forestière chez Ressources naturelles Canada. Sous l’effet des changements climatiques, ils ont cependant gagné progressivement du terrain vers le nord.»
Cette expansion est rendue possible grâce à une arme biologique redoutable: la production naturelle de glycérol. Cet antigel protège les tissus de l’insecte contre le gel, permettant aux populations du nord de tolérer des températures allant jusqu’à -50 °C lors de courtes périodes.
Face à cette dynamique, les stratégies de gestion évoluent. Au-delà des mesures règlementaires interdisant le déplacement du bois de frêne et des traitements insecticides, la lutte biologique occupe une place centrale. «Nos parasites naturels locaux ne reconnaissent pas l’agrile comme un hôte potentiel, car nos écosystèmes n’ont pas coévolué avec lui», précise Véronique Martel.
Pour pallier cette absence de prédation naturelle, trois espèces de guêpes parasitoïdes originaires d’Asie ont été introduites et approuvées au Canada.
Ces insectes de deux à trois millimètres, inoffensifs pour l’humain, sont spécialisés: deux espèces pondent dans les larves de l’agrile sous l’écorce, tandis qu’une troisième cible les œufs. «L’objectif n’est pas l’éradication totale, mais d’établir un équilibre écologique pour réduire la mortalité des frênes», indique la chercheuse.
Ces auxiliaires de lutte biologique présentent l’avantage de pouvoir suivre l’agrile dans sa migration vers le nord. En passant l’hiver à l’intérieur de leur hôte, ils sont protégés des conditions climatiques rigoureuses.
Alors que l’agrile continue d’étendre son aire de répartition, l’utilisation combinée de la surveillance, de la règlementation et de ces parasitoïdes constitue l’approche privilégiée pour préserver les populations de frênes.
