Type de contenu: Récit
Si certains phares dégradés atteignent le point de non-retour, voici une histoire qui pourrait inspirer. Perché sur Peters Island, bloc basaltique inhabité qui se trouve dans Grand Passage, entre Long Island et Brier Island, et offre une trouée entre la baie Sainte-Marie et la baie de Fundy, le phare est en train de renaitre de ses cendres.
Bâti en 1850, il a été témoin du développement économique de la région. Il a guidé des bateaux pendant des années dans ce lieu nommé le cimetière de la baie de Fundy, à cause des courants marins dangereux et des brouillards souvent épais. Il a été reconstruit en 1909 et a été en opération jusqu’en 2014. Depuis, il a été remplacé par une tour métallique qui projette une lumière verte clignotante, mais les gens s’ennuient de la majesté du vrai phare et du charme de sa sirène de brume. Son silence marque un vide, comme signant la mort d’une époque.
Le phare, une structure en bois de forme octogonale, est surmonté d’une lanterne. Il a connu son heure de gloire au cours des 19 et 20e siècles, alors que les bateaux exportaient du poisson et du bois et importaient du sucre, de la mélasse, du rhum, entre autres produits. Depuis longtemps, les bardeaux jadis peints en blanc ont perdu leur fraicheur et ont commencé à pourrir, ainsi que la structure de base.
La Municipalité de Digby a acquis le phare en 2023, mais aucune restauration n’a eu lieu. Des bénévoles de la communauté, SAIL2 (Save An Island Lighthouse), ont tenté depuis une dizaine d’années de stopper l’inévitable disparition du phare. Cependant, la demande à Parcs Canada afin d’accomplir les travaux, estimés à 200 000 $, n’a pas été accordée. On donnait d’un à deux ans de survie à la structure.
C’est réellement en septembre 2025 que l’aventure a débuté. John Schwinghamer, installé à Westport après des années à Montréal, a acquis et rénové l’ancienne église. Il a aussi construit des studios et le tout est devenu Hammer & Sky, une résidence qui accueille des artistes chaque été. Il s’y connait donc en travaux.
Sa vision et son dynamisme l’ont guidé vers une entreprise de grande ampleur: conscient que les devis reçus pour les travaux de restauration du phare étaient très exagérés, et qu’il pouvait les réaliser pour une fraction du prix, il a mis ses connaissances au service de la communauté. «J’ai les compétences, les connexions et la place pour loger du monde», a indiqué John.
Il a lancé un appel qui a rassemblé une douzaine de bénévoles. Logés et nourris gratuitement à la résidence en échange de leur ouvrage, ils ont œuvré de mi-aout à mi-septembre de l’année dernière. John a coordonné les travaux et le groupe a offert 520 heures, pendant lesquelles ils ont enlevé le bois pourri et l’ont remplacé par de la pruche, qui se détériore moins vite que l’épinette, en utilisant la méthode traditionnelle poteaux-poutres. Ils ont aussi repeint en rouge la porte et la lanterne.
Il s’agissait de la phase un, qui a été réalisée dans le temps prévu, et a couté 15 000 $ obtenus grâce à des levées de fonds et à la Municipalité de Digby. «Ça a été une aventure collective incroyable pour les bénévoles», indique John.
Cet été aura lieu la phase deux du projet, toujours avec des bénévoles. «Puisque Peters Island est un sanctuaire d’oiseaux, l’accès est limité. Nova Scotia Nature Conservancy a la charge d’une partie de l’ile. Nous ne pouvons pas déranger les oiseaux pendant les périodes de nidification et de migration», explique John.
Durant la prochaine étape, les bénévoles installeront un nouveau revêtement. Les bardeaux seront faits d’un mélange de ciment et céramique. Ils ne se détérioreront donc pas, car la mousse et le guano n’y adhèreront pas.
De plus, étant blancs, il n’y aura pas besoin de les peindre. «C’est un environnement difficile à cause de l’humidité, du vent et des oiseaux, et le cèdre absorbait tout cela. L’odeur y était forte», raconte John.
Ensuite, le groupe installera des projecteurs solaires qui s’allumeront trois heures par soir pendant trois mois, fenêtres horaires choisies pour ne pas déranger la migration. John veut aussi installer une lampe DEL (LED) en haut, comme il l’a fait sur le clocher de son église, afin que le phare dans sa nouvelle vie devienne une attraction visible de loin.
«Ce projet a été rassembleur. C’est la première fois que les locaux admettent que c’est bien d’avoir des gens venus d’ailleurs, qu’ils peuvent apporter quelque chose de positif. Je sens que j’ai été au début d’un mouvement qui a un impact encore plus gros que j’anticipais», conclut John.
Il est possible d’appuyer le projet ou demander des conseils afin de réaliser une restauration similaire en contactant: [email protected]