Type de contenu: Actualité
Alors que l’Arctique se réchauffe quatre fois plus vite que le reste du globe, une idée reçue vole en éclats: le Grand Nord n’est pas un bloc de glace imperméable. Sous la surface, des aquifères, des couches de sol perméables stockant et transportant l’eau vers les rivières et les lacs, régulent les écosystèmes.
Une étude récente dirigée par Bay Berry, candidate au doctorat au laboratoire d’hydrologie côtière de l’Université Dalhousie, cartographie ces réserves cachées. Publiée dans Environmental Research Letters, cette recherche projette des bouleversements majeurs: plus de 5 % des terres arctiques pourraient s’assécher, tandis que 11 % deviendraient plus humides, redéfinissant la carte écologique du Grand Nord.
Contrairement aux régions tempérées, où les nappes phréatiques alimentent l’eau potable, l’enjeu arctique est avant tout écologique. «L’eau souterraine transporte du carbone, de l’azote et des contaminants vers l’océan», explique Bay Berry.
Dans ces environnements gelés, l’aquifère n’existe que l’été, dans la «couche active» du pergélisol qui dégèle temporairement. Plus les étés sont chauds, plus cette zone d’écoulement s’étend.
Mais cet équilibre est fragile. L’étude montre que le réchauffement et les pluies modifient la structure même de ces réserves d’eau. En Sibérie occidentale, les nappes pourraient s’enfoncer, asséchant la surface, tandis qu’en Alaska, l’eau affleurerait davantage, créant de nouveaux paysages humides.
Les zones côtières font face à une double peine. Avec la montée des eaux, le sel s’infiltre dans les sols, repoussant le point de congélation et saturant la terre. «La nappe tente de s’équilibrer avec l’océan. Si le niveau marin monte, les sols se gorgent d’eau, provoquant des inondations côtières même sans tempête», détaille la chercheuse. Ces changements menacent directement les habitats des espèces nordiques et la stabilité des constructions humaines.
La rigueur de ces conclusions repose sur un croisement entre travail de terrain et vastes ensembles de données géospatiales. Bay Berry et son superviseur, le professeur Barret Kurylyk, ont combiné des modèles climatiques récents avec des cartes géologiques pour une vue d’ensemble inédite. Le défi reste de relier les mesures locales aux grandes étendues cartographiées.
C’est ici que des organismes comme l’Arctic Research Foundation (ARF) deviennent cruciaux. En déployant des laboratoires mobiles et des navires de recherche innovants, l’ARF collecte un grand nombre d’informations visant à être centralisées dans une base de données publique accessible. Cette infrastructure complète le travail universitaire en fournissant les données intermédiaires manquantes pour valider les modèles à grande échelle.
L’urgence de ces recherches dépasse la simple curiosité scientifique. L’Arctique agit comme un système d’alerte précoce pour la planète. «C’est un environnement très dynamique, où l’on observe en quelques années des changements qu’ailleurs on mettrait des décennies à voir», souligne Bay Berry.
Comprendre la trajectoire de ces aquifères, c’est anticiper les futurs déséquilibres hydriques globaux.
