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Dans la région des Trois-Comtés (Tri-County), deux institutions incarnent aujourd’hui les conséquences concrètes de ces compressions: le Barrington Woolen Mill Museum, dont la fermeture a été annoncée sans consultation, et le Centre d’accueil touristique de Yarmouth, désormais fermé définitivement.
Le gouvernement Houston a annoncé la fermeture de 12 des 28 sites du réseau des musées provinciaux de la Nouvelle-Écosse, ainsi que des réductions de 20 à 30 % aux subventions opérationnelles des sites restants et des organismes culturels.
Samantha Crowell, directrice générale du Barrington Museum Complex, exploité par la Cape Sable Historical Society, a appris la fermeture de son musée non par les voies officielles, mais par un coup de téléphone d’une collègue, qui se trouvait par hasard présente lors de la lecture du budget.
«Nous n’avions absolument aucun avertissement. Le lundi, le jour de la tempête de neige, j’ai appris la nouvelle par un coup de téléphone d’une collègue de l’Association des musées de la Nouvelle-Écosse, qui se trouvait à la lecture du budget et savait que je n’étais probablement pas au courant», a déclaré Crowell.
Elle raconte qu’après avoir contacté ses interlocuteurs au Musée de la Nouvelle-Écosse le lendemain matin pour signaler l’absence de toute communication officielle, elle a finalement reçu un courriel de masse, envoyé initialement à la mauvaise adresse, qui informait les 12 sites touchés de leur sort en même temps.
Le ministre Dave Ritcey a depuis reconnu que le processus de consultation s’était déroulé à l’interne, au sein du ministère, sans consultation du secteur.
Devin Casario, directeur général de l’Association des musées de la Nouvelle-Écosse (ANSM), confirme que cette absence de consultation ne se limite pas à un cas isolé. Son organisation a transmis plusieurs demandes de rencontre avec le ministre Ritcey, sans obtenir de réponse.
«Nous n’avons eu aucune conversation avec ce gouvernement. Nous avons fait de nombreuses démarches pour obtenir une rencontre avec le ministre, sans succès. Quand le gouvernement dit que les lignes de communication sont ouvertes et qu’il est à l’écoute, ce n’est pas le cas pour notre secteur», a-t-il déclaré.
La fermeture du Barrington Woolen Mill Museum semble avoir été justifiée, du moins en partie, par de faibles statistiques de fréquentation.
Crowell le conteste. Selon elle, les chiffres soumis au Musée de la Nouvelle-Écosse pour la saison 2025 faisaient état d’environ 400 visiteurs, alors que le décompte interne de son organisme, incluant un important marché artisanal de Noël très couru, s’élevait à plus de 1 700.
«Nous accueillons beaucoup d’ateliers, de présentations et ce genre de choses, et ils ne cherchaient que des statistiques très précises… ce qui ne reflète pas vraiment l’utilisation réelle du bâtiment, qu’elle soit payante ou non, car une grande partie de ce que nous essayons de faire dans nos communautés, surtout parce que nous sommes dans une communauté rurale, c’est d’offrir autant que possible des activités sans barrières.»
Le Woolen Mill soutient directement ou indirectement neuf postes, selon Crowell. Face aux compressions, elle dit avoir pris la décision de travailler gratuitement.
«J’ai été mise à pied et je travaille maintenant à titre bénévole, simplement pour m’assurer que mon employée permanente puisse garder un emploi stable. Elle est plus âgée que moi, et je pense qu’il est important de lui en donner la meilleure chance. Je suis mieux placée pour trouver autre chose. Je suis donc la première coupure.»
Les deux autres sites ouverts du complexe font également face à des réductions de 20 % de leurs subventions opérationnelles, ce qui limite encore davantage la capacité de l’organisme à absorber le choc.
À Yarmouth, principal point d’entrée de la province pour les visiteurs en provenance des États-Unis via le traversier CAT, la fermeture du Centre d’accueil touristique provincial représente une autre perte significative.
La mairesse Pam Mood estime qu’environ sept employés ont été touchés. «Nous sommes le lien international entre les États-Unis et le Canada, et maintenant, nous n’avons plus de centre d’accueil pour servir les gens qui ne font pas tout en ligne», a dit Mood.
Bien que la plupart des visiteurs planifient désormais leurs voyages en ligne avant d’arriver, la mairesse Mood insiste sur l’importance d’une présence en personne. C’est un vide que YASTA (Yarmouth & Acadian Shores Tourism Association) s’emploie maintenant à combler, grâce à une présence renforcée à bord du traversier.
«Toutes les compressions en arts et culture touchent tout le monde, parce que c’est une grande partie de ce que nous sommes, ancrés dans les arts et la culture, non seulement des Néoécossais, mais de la diversité des Néoécossais. Nos Premières Nations, nos Afro-Néoécossais… c’est vraiment profondément enraciné dans tout ça», a expliqué Mood.
Perdre une partie de tout ça est vraiment dommage. On comprend qu’il faille couper quelque part, mais pas à la hache dans la culture et le patrimoine.»
L’argument économique en faveur d’un renversement des compressions est, de l’avis de Crowell, évident. Elle soutient que le secteur des arts, de la culture et du patrimoine est un moteur reconnu du PIB et des revenus touristiques de la province et cite son propre site en guise de preuve, soulignant que le musée de Barrington a connu une croissance de 28 à 32 % de sa fréquentation en 2025 seulement.
Selon l’ANSM, le tourisme a généré environ 3,7 milliards de dollars de revenus en Nouvelle-Écosse en 2025, tandis que la culture contribue pour sa part à 949 millions de dollars au PIB provincial et soutient près de 14 000 emplois dans la province.
Pour Casario, les compressions culturelles sont disproportionnées par rapport à leur contribution à l’assainissement des finances provinciales.
Il souligne qu’un fonds discrétionnaire de 14 millions de dollars existait au sein du ministère des Communautés, de la Culture, du Tourisme et du Patrimoine, et aurait pu atténuer une grande partie des dommages causés au secteur sans toucher aux autres programmes.
«C’est notre position: le gouvernement fait porter une part disproportionnée de la réduction du déficit sur les secteurs des arts, de la culture et du patrimoine. Et le secteur muséal a été frappé très, très durement», a-t-il indiqué.
«En 2023, nous avons bénéficié d’une augmentation de 10 % de notre subvention opérationnelle, ce qui n’avait pas été fait depuis avant 2008. On nous a tapé dans le dos en disant, “Merci pour votre travail, nous voyons la valeur de votre secteur, nous connaissons le retour sur investissement”. Et puis, trois ans plus tard, “Non, désolé, on reprend tout ça”», a déclaré Crowell.
La Coalition des arts de la Nouvelle-Écosse a qualifié les compressions de menace la plus grave que le secteur ait connue, de mémoire récente, plus grave même que la pandémie, selon elle, et a averti que les pertes culturelles seront permanentes.
Crowell partage ce constat. «Ce sont des régions rurales qui ne se relèveront jamais une fois ces bâtiments fermés. Il n’y a aucune façon, d’ici la fin de ce mandat, que le prochain gouvernement, si c’est un autre parti, dise qu’il va les rouvrir. Non, ils ne le feront pas.»
Le 10 mars, en réponse à une pression publique croissante, notamment quelque 2 000 manifestants rassemblés devant Province House, le premier ministre Tim Houston a annoncé le rétablissement de 53,6 millions de dollars des 130 millions de compressions initiales. Les fonds rétablis ciblent les soutiens aux personnes handicapées, les programmes pour personnes âgées et les bourses pour étudiants afro-néoécossais et autochtones.
Le financement des arts et de la culture n’a pas été rétabli. Houston a reconnu que le processus budgétaire avait «probablement été trop clinique, alors qu’il aurait dû être plus humain».
La question de ce qui adviendra du bâtiment du Barrington Woolen Mill Museum demeure sans réponse. Casario indique que l’ANSM travaille activement à des plans de mitigation et que la possibilité de rouvrir certains des sites fermés dès cet été n’est pas écartée, si les processus de transfert vers la gestion communautaire avancent dans les prochaines semaines.
