Selon Allaire Gratien, dans son article titré La Francophonie canadienne, un ensemble légitime en changement, paru en 2015, cette francophonie est légitime sur le plan juridique, social, politique et, du même coup, est reconnue par la majorité.
Qu’apportent les femmes à la compréhension et à la valorisation de la francophonie canadienne ? Quelles sont les réalisations concrètes de ces femmes en faveur de cette francophonie ? Cette chronique veut mettre en lumière la contribution des femmes à la compréhension et à la valorisation de la francophonie dans le milieu universitaire et associatif en Acadie.
En ce qui concerne les associations, toutes les provinces atlantiques comprennent des associations de femmes. La Nouvelle-Écosse comprend la Fédération des femmes acadiennes (FFANE). Cette dernière est la seule organisation porte-parole des femmes acadiennes et francophones de la province. Elle a pour vision de contribuer pleinement au développement de la communauté acadienne et francophone néo-écossaise.
Au Nouveau-Brunswick, il y a un regroupement féministe (RFNB) qui défend et promeut les droits et les intérêts de toutes les femmes et les minorités de genre francophones, notamment auprès du gouvernement. À l’Île-du-Prince-Édouard, il y a Actions Femmes qui veut que chaque femme prenne sa juste place dans la société.
En Acadie, plusieurs femmes se font passer comme des militantes, dans le monde universitaire comme dans le monde associatif. L’Acadie comprend deux universités francophones, celle à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, où des femmes contribuent à la reconnaissance de leur milieu par l’entremise de leurs recherches et leurs enseignements.
Isabelle LeBlanc, cofondatrice de GRAFA.
Selon Laurence Arrighi et Isabelle LeBlanc, dans un texte titré La contribution de femmes linguistes à une plus grande compréhension des enjeux francophones au Canada, en Acadie, les femmes ont une contribution majeure à la production d’un discours d’autorité sur la langue. Toutefois, les auteures croient que l’influence des femmes est peu connue.
Pour la rédaction de cette chronique, j’ai contacté l’une des auteures et chercheuses du Canada, qui se fait passer comme militante face au machisme que connaissent les sociétés canadiennes. Il s’agit d’Isabelle LeBlanc, professeure de sociolinguistique au département d’études françaises de l’Université de Moncton.
Ses recherches portent, entre autres, sur les théories féministes et queers, le genre et le pouvoir ainsi que les idéologies de genre en Acadie. Elle est aussi la cofondatrice de Groupe de recherche sur les archives et les femmes en Acadie (GRAFA) à l’Université de Moncton.
La professeure croit que, dans le travail de la mémoire collective francophone, il y a une tendance à faire reproduire l’idée que les femmes ont surtout œuvré dans la sphère privée en tant que « gardiennes de la langue » dans la transmission d’une langue minoritaire aux enfants. Il y a aussi la tendance à se limiter à la reconnaissance du travail de quelques femmes, toujours les mêmes, en présentant celles-ci comme étant des exceptions.
« D’une part, cela signifie que nous parlons souvent du rôle “des femmes”, sans préciser les contributions réelles de celles-ci dans la sphère privée, car il s’agit d’un réel travail linguistique de faire des choix au quotidien pour valoriser une langue minoritaire, ou nous reconnaissons les contributions réelles de quelques femmes seulement, souvent dans le secteur de l’éducation, tout en passant sous silence le travail linguistique de plusieurs autres femmes dans divers autres secteurs », déclare Mme LeBlanc.
Questionnée sur les réalisations concrètes de femmes en faveur de la francophonie canadienne, la professeure était élogieuse envers certaines d’entre elles. « Je pense notamment au travail de Chantal White, sociolinguiste à l’Université Sainte-Anne, qui a fait découvrir les pratiques et les représentations linguistiques des francophones de la région de Chéticamp dans le contexte du tourisme patrimonial », déclare-t-elle.
La co-fondatrice du GRAFA pense aussi au travail incroyable de la FFANE, notamment la présidente du conseil d’administration, Elaine Thimot qui, selon elle, est un beau modèle d’engagement communautaire francophone et féministe. Elle pense aussi à toute l’équipe de la Fédération, incluant les coordinatrices de projet sur la relance féministe ainsi que les filles et les femmes en action, Merveille Tabuku et Mira Malu.
En somme, si les réalisations de femmes pour la compréhension et la valorisation de la francophonie canadienne, surtout en Acadie, sont souvent jetées aux oubliettes, force est de constater qu’elles se donnent corps et âme à cette cause. Ainsi, les femmes devraient avoir plus d’association et d’auteures pour mettre en lumière leurs réalisations.
En m’inspirant du proverbe africain, je dirais : « Tant que les femmes en Acadie n’auront pas leurs propres historiennes, archivistes, porte-parole, entre autres, les écrits en Acadie ne peuvent qu’honorer des hommes. »