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le Mercredi 13 septembre 2023 9:00 Nos communautés - Clare

Violence sexuelle : l’Université Sainte-Anne est accusée d’inaction

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Le campus principal de l’Université Sainte-Anne, à Pointe-de-l’Église.  — PHOTO - Facebook - Université Sainte-Anne
Le campus principal de l’Université Sainte-Anne, à Pointe-de-l’Église.
PHOTO - Facebook - Université Sainte-Anne

Un regroupement d’étudiants et d’anciens étudiants de l’Université Sainte-Anne a lancé une campagne de sensibilisation ainsi qu’une pétition virtuelle dans le but de dénoncer la culture du viol sur le campus principal de l’université, à Pointe-de-l’Église.

Violence sexuelle : l’Université Sainte-Anne est accusée d’inaction
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Jean-Philippe Giroux – IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Cette pétition a été appuyée par plus de 500 signataires depuis la création du site Web. 

La campagne Faut que SA change maintenant a été lancée au début du mois de septembre. Les auteurs, qui disent avoir été victimes d’agressions sexuelles ou ont observé une culture du viol à l’université, allèguent qu’au moins 53 agressions sexuelles ont eu lieu sur le campus, de 2015 à 2019, et qu’un seul élève a violé au moins 17 étudiantes. 

Selon le groupe, l’Université Sainte-Anne (USA) aurait fait preuve d’inertie. Les personnes derrière la campagne déplorent que l’établissement scolaire n’ait pas pris au sérieux les plaintes déposées par les victimes dans le passé. 

Le 11 septembre, Faut que SA change maintenant, a publié un message demandant au recteur de l’USA de reconnaitre publiquement la présence de la culture du viol sur son campus, de présenter des excuses aux victimes et de prendre en compte les recommandations  énumérées sur leur site, et ce, d’ici la fin de l’année courante. 

À lire aussi : Agressions sexuelles à Sainte-Anne : le personnel se positionne 

La page principale du site Internet « Sa Change Now ». 

PHOTO - Capture d’écran

Le Courrier n’a pas pu confirmer le nombre d’agressions sexuelles citées dans la pétition. 

Lors d’une entrevue avec Le Courrier, l’université a affirmé être au courant et avoir réagi relativement à quatre allégations qui ont été signalées officiellement depuis 2015. 

De son côté, la GRC de Meteghan soutient que l’information citée dans la pétition ne leur a pas été signalée : « Nous pouvons confirmer que nous n’avons pas d’enquête concernant une série d’agressions sexuelles historiques à l’Université Sainte-Anne. »

L’agent d’information provinciale de la GRC, Chris Marshall, précise par courriel qu’elle a reçu quatre rapports d’agressions sexuelles provenant de l’Université depuis 2015, soit un cas en 2016, un autre en 2021 et les deux autres cette année. « Aucun de ces cas n’impliquait une série d’agressions sexuelles, et ils impliquaient tous des personnes différentes, renchérit-il. Pour être clair, ces incidents n’impliquent pas qu’une seule personne ait commis les quatre agressions sexuelles, et les victimes étaient différentes dans chaque cas. »

Expérience sur le campus

Riley* a vécu une agression sexuelle au début de son premier semestre au campus de Pointe-de-l’Église, un incident qui a été rapporté à l’université lors de cette période. 

*La rédaction a décidé de protéger la source pour des raisons de sécurité et de préjudices sérieux.

Une voiture de la Gendarmerie royale du Canada. 

PHOTO - Vladvictoria - Pixabay

Riley a porté plainte à la GRC de Meteghan le semestre suivant, en février. D’après cette personne, l’université prenait beaucoup trop de temps et il n’y avait « aucune empathie » face à sa situation. 

Cependant, à sa déception, le processus était aussi long lorsque Riley s’est tourné vers la GRC. 

Puisque Riley avait consommé de l’alcool avant l’incident, l’université lui aurait dit qu’il serait difficile de se fier à ses propos. « Mais dans [la politique de l’université], ça dit que, quand tu bois, c’est automatiquement un non. Pis moi, dans mon cas, [l’auteur de l’incident] avait admis dans le premier 15 minutes qu’il n’avait pas demandé du consentement verbalement, pis ils ont quand même voté plus sur son côté. » 

La politique sur la violence sexuelle de l’USA indique que « Sans oui, c’est non ! » et précise une liste de circonstances dans lesquelles il est impossible d’accorder son consentement, notamment lorsqu’une personne est intoxiquée ou encore endormie.

Riley raconte que l’incident a eu lieu en octobre et que son cas n’était pas encore réglé à la fin de l’année scolaire. 

Depuis, Riley a changé d’université, ne se sentant plus à l’aise de poursuivre ses études sur le même campus que la personne qui l’a agressé. « Les problèmes mentaux qui viennent avec ça, en même temps que tu essaies d’étudier à l’université pis que tu vois cette personne 24/7 » est l’une des grandes raisons qui ont justifié son départ. 

La victime a décidé de contribuer à la campagne pour s’assurer que « d’autres filles ou d’autres personnes passent pas à travers du même processus que nous autres ». 

Faut que SA change maintenant a conçu un site Internet qui inclut la pétition, mais aussi une section nommée « Racontez votre histoire », où les personnes peuvent librement partager leur expérience de violence sexuelle à l’USA sous le couvert de l’anonymat. 

On y trouve 15 témoignages, en date du 13 septembre.

Aller vers la GRC

Questionné sur le nombre de cas d’agressions sexuelles rapporté à la GRC de Meteghan, Riley dit ne pas être étonné de voir que peu de victimes ont porté plainte. « C’est souvent que ça finit par [ne pas] être en faveur de la victime, pis c’est juste retraumatiant pour la personne, pis c’est un grand processus. » 

Riley mentionne n’avoir reçu un retour de la GRC qu’à la fin juillet, cinq mois après avoir porté plainte. On l’a informé que la personne accusée a déjà passé son test de polygraphe et qu’aucun chef d’accusation n’a été porté contre elle. « Ils m’ont jamais contacté pour m’informer que, lui, il allait passer son polygraphe pis que, moi, j’étais supposé de le faire aussi », affirme Riley. 

Il s’agit d’un processus intimidant qui est rarement en faveur de la victime, selon Riley. 

La GRC de Meteghan a lancé un appel le 7 septembre afin d’obtenir de l’information sur les agressions sexuelles à l’USA qui ont été citées dans la pétition. 

Le détachement encourage les survivants à communiquer avec eux. « La GRC de Meteghan tient à ce que les survivants sachent qu’ils peuvent communiquer avec la police et discuter de l’incident avant de décider de participer à l’enquête et au processus judiciaire. Des services d’aide aux victimes sont disponibles et les survivants seront soutenus », déclare la GRC par voie de communiqué.

Les étapes à suivre

Notons que la politique de l’université sur la violence sexuelle comprend des consignes en matière de rapport d’incidents, dont une procédure relative à la coopération avec le service de police local lorsque des poursuites criminelles ou civiles sont entamées. 

On y trouve également des directives pour porter plainte à la GRC ainsi que les coordonnées du Programme d’infirmière examinatrice préposée aux survivants d’agression sexuelle de Santé Nouvelle-Écosse. Ce dernier offre des services 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 par téléphone, avec des centres de soins physiques à Digby et Yarmouth. 

La campagne étudiante a devancé l’annonce des travaux de l’USA en ce qui concerne le dossier de la prévention de la violence sexuelle. « C’est quelque chose qu’on a pris très au sérieux parce que la prévention de la violence sexuelle, c’est une priorité pour l’Université Sainte-Anne », annonce Rachelle LeBlanc, directrice des communications et du recrutement. 

Dans un communiqué publié le 5 septembre, l’université mentionne la refonte de sa politique sur la violence sexuelle, qui a été entamée avant la campagne. Adoptée par le conseil des gouverneurs le 13 février 2021, cette politique a été créée afin de détailler la procédure à suivre pour les victimes, précise Mme LeBlanc. 

L’USA travaille aussi sur un plan de réaménagement de l’éclairage extérieur sur le campus et prévoit offrir des services de conseils au bien-être. 

Une éducatrice en prévention de violence sexuelle, Cailey Wood, a été embauchée dernièrement. Elle offrira une formation au début de l’année scolaire pour sensibiliser, entre autres, les facilitateurs et animateurs ainsi que les membres des équipes sportives. 

La directrice des communications ajoute que d’autres personnes sont disponibles sur le campus pour appuyer les victimes, dont le directeur de la vie étudiante et une conseillère. 

Type: Actualités

Actualités: Basé sur des faits, soit observés et vérifiés directement par le ou la journaliste, soit rapportés et confirmés par des sources bien informées.

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Déclaration sur les sources et la méthode:

Méthodologie:

Pourquoi avons-nous choisi de couvrir cette nouvelle ? 

Seule université francophone de la Nouvelle-Écosse, l'Université Sainte-Anne est localisé au coeur de la plus importante communauté acadienne de la province, en Clare. La vague de dénonciations anonymes menée par le collectif SAChangeNow a ouvert une discussion tendue au sein de la communauté concernant la sécurité des étudiants et les actions prises par l'université. En quelques jours seulement, cette nouvelle est devenue une nouvelle nationale d'intérêt pour la communauté locale mais aussi pour le pays.

Comment avons-nous procédé ?

Pour la couverture de cette actualité qui touche la seule université francophone de la Nouvelle-Écosse, nous avons décidé de mettre sur pied un comité éditorial composé de l’équipe de rédaction du Courrier de la Nouvelle-Écosse ainsi que des journalistes experts externes de notre partenaire national Francopresse.

Ce comité a eu pour rôle de définir le meilleur angle de couverture ainsi que les ressources à mobiliser pour couvrir cette nouvelle. Nous voulions également nous assurer que nous respections les meilleurs standards en matière de déontologie journalistique. Nous avons fait face à plusieurs défis pour couvrir cette nouvelle, notamment trouver des sources prêtes à témoigner publiquement. Nous avons dû accorder l'anonymat à l'une de nos sources pour des raisons de sécurité et de préjudices sérieux. La pratique de l’anonymat des sources étant très rarement employée au Courrier, nous avons voulu nous assurer de poser un cadre très rigoureux quant à leur utilisation.

Du fait de la nature hautement sensible du sujet et de son impact potentiel sur la communauté, nous avons également décidé d’adopter une approche pédagogique, en offrant notamment aux lecteurs des liens vers des ressources spécialisées dans l’aide aux victimes.

Parties prenantes contactées dans le cadre de cette nouvelle: 

  • GRC
  • Université Sainte-Anne
  • Collectif SAChangeNow
  • Victimes présumées
  • Organisations de défense des victimes de viol et d'agression sexuelle

Journalistes experts impliqués:

 

Renvois et références:

SA Change Now, SA Change Now: Faut que SA change maintenant, site Internet, septembre 2023. 

Vice-rectorat à l’administration, Politique visant à prévenir et à contrer la violence à caractère sexuel, politique interne, 23 septembre 2023. 

Briser le Silence NÉ, Briser le Silence NÉ: Dénoncer la violence sexuelle, site Internet. 

Allo J’écoute, Allo J’écoute: Soutien gratuit et confidentiel, 24/7, site Internet. 

Nouvelle-Écosse, Centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle, site Internet.

Données de parution:

Lieu où le texte a été écrit: Pointe-de-l'Église

Jean-Philippe Giroux - Rédacteur en chef - Généraliste

Rédacteur en chef - Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

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