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Natalie Robichaud, directrice générale de la Société acadienne de Clare, a organisé la discussion avec Vickie Deveau et Stéphanie Maillet. Elle a indiqué qu’annoncer simplement une pièce portant sur l’identité linguistique n’aurait pas suffi à attirer une foule.
«Le monde de Clare est classique, c’est “si je ne sais pas ce que c’est, je ne vais pas y aller”, a dit Robichaud. Dès le début, on voulait quelque chose d’informel. Puis c’est ça que c’était.»
Natalie Robichaud, directrice générale de la Société acadienne de Clare, termine d’écrire l’un des nombreux sujets de discussion de la soirée au tableau afin que les participants puissent le lire.
La discussion a fait ressortir des témoignages des répercussions émotionnelles liées au jugement linguistique. Stéphanie St-Pierre, professeure à l’Université Sainte-Anne, a affirmé avoir vécu l’insécurité linguistique sous plusieurs angles.
Franco-Ontarienne établie à Clare, elle a déjà eu l’impression que son français était inadéquat en Ontario. À Clare, elle est parfois perçue comme une «experte», un rôle qui, selon elle, peut involontairement accentuer l’insécurité chez les autres.
St-Pierre a raconté un échange qui, selon elle, illustre à quel point ces sentiments peuvent apparaitre tôt. Alors que sa fille Lauryane avait environ huit ans, une amie assise dans leur voiture a demandé: «ta mère me comprends-t’il?» St-Pierre a répondu: «ben oui, je te comprends», étonnée que l’enfant croie que son français ne serait pas compris.
Après s’être arrêtée dans le stationnement de l’Université Sainte-Anne, l’enfant a ajouté qu’elle ne parlait pas «un bon français» comme St-Pierre. Cette dernière l’a rassurée en disant que «ton français est vraiment beau et t’as des belles expressions».
Elle a ajouté que «c’est moi qui viens pas d’ici», précisant que «c’est pas à toi de changer comment tu parles, c’est à moi d’apprendre les mots que tu vas utiliser».
Aujourd’hui âgée de 14 ans et en 9e année, Lauryane se considère originaire de Clare, où elle a emménagé à l’âge de trois ans. Elle navigue entre plusieurs registres, parlant le «parler de la Baie» avec ses pairs et utilisant à la maison un mélange de français franco-ontarien et québécois.
Lorsqu’elle fait du gardiennage, elle propose aux enfants de parler uniquement en français pendant cinq minutes, remettant la minuterie à zéro s’ils passent à l’anglais. Selon St-Pierre, les enfants trouvent d’abord cela «pas le fun», mais finissent souvent par parler français bien au-delà des cinq minutes.
Elle estime que l’essentiel est d’alléger la pression. «Une des solutions, ce qu’elle voyait, c’était juste de ne pas le rendre dramatique, de l’essayer de l’intégrer autrement dans notre façon de voir les choses», a-t-elle dit.
Andrea Burke-Saulnier, chercheuse et professeure à l’Université Sainte-Anne, qualifie les expériences partagées pendant le cercle de discussion comme des expériences de «cicatrices langagières», des marques émotionnelles laissées par la critique ou la crainte d’être jugé.
On exclut ce qu’on ne comprend pas parce qu’on ne comprend pas. Ça porte à l’incertitude, qui porte à l’angoisse, l’anxiété, la peur.»
Elle souligne que le phénomène ne se limite pas aux communautés acadiennes. «On exclut ce qu’on ne comprend pas parce qu’on ne comprend pas. Ça porte à l’incertitude, qui porte à l’angoisse, l’anxiété, la peur», a expliqué Burke-Saulnier, ajoutant que ce cycle peut amener certaines personnes à cesser complètement de parler français.
Pour contrer cette anxiété, St-Pierre invite ses étudiants universitaires à envisager la langue comme un ensemble d’outils plutôt qu’une hiérarchie. Elle parle de l’analogie du «marteau et du tournevis».
«Le français normatif, c’est comme ton tournevis. Mais tu peux pas visser un clou, pis tu peux pas marteler une vis. Ça ne se fait juste pas», a-t-elle dit.
Si certains privilégient une approche protectionniste pour préserver la langue, Burke-Saulnier estime qu’une adaptation est nécessaire.
«On doit évoluer avec la réalité tout en protégeant en même temps. Je vois qu’on peut tenir la main l’une dans l’autre, mais on ne peut pas éviter l’évolution», a-t-elle affirmé.
La conversation se poursuivra le 4 mars avec la représentation de Parler mal à la Salle Marc-Lescarbot.
