le Vendredi 5 juin 2026
le Vendredi 30 janvier 2026 9:00 Actualités: Acadie et Francophonie

Dernière tournée de Parler Mal, un spectacle pour répondre au silence

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Gabriel Robichaud et Bianca Richard. — PHOTO: Annie France Noël
Gabriel Robichaud et Bianca Richard.
PHOTO: Annie France Noël

Gabriel Robichaud et Bianca Richard, interprètes et coauteurs du docufiction théâtral, Parler Mal, ont commencé la dernière grande tournée du spectacle. Attendus en Nouvelle-Écosse au début du mois de mars, ils se confient sur les origines du projet et le chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui.

Dernière tournée de Parler Mal, un spectacle pour répondre au silence
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Type de contenu: Actualité

Après s’être croisés et recroisés à différentes étapes de leurs parcours artistiques, c’est en 2019 que les deux artistes décident de créer ensemble Parler Mal, un projet théâtral abordant l’insécurité linguistique et ses conséquences.

Le titre Parler Mal leur plaisait à la fois pour son aspect légèrement provocateur et parce qu’il encourageait à la réflexion sur les notions de «bien parler» et de «malparler».

Gabriel Robichaud et Bianca Richard.

PHOTO: Annie France Noël

«[Tous] les deux, raconte Gabriel Robichaud, on avait grandi avec cette impression-là que “parler mal”, c’était une insulte qui était surutilisée pour parler de la façon de parler français des gens originaires de la région (le sud-est du Nouveau-Brunswick) dans laquelle on habitait.»

À travers ce spectacle, ils souhaitaient donc partager sur scène leur histoire personnelle, dans l’espoir que le public pourrait s’y relier dans un contexte plus global, comprenant que l’insécurité linguistique ne se limite ni aux milieux minoritaires ni à une langue.

«Les gens projettent leur réalité sur tout notre vécu, affirme Gabriel Robichaud, parce qu’on sait d’où on parle, puis ils prennent les exemples que, nous, on a, auxquels ils ne s’attachent pas, pour revivre leurs expériences qu’ils ont vécues.»

Prenant la forme d’un docufiction théâtral, le spectacle s’est alors construit autour de trois questions: comment ça commence? Comment ça se développe/manifeste? Et comment s’en débarrasser? 

«On a l’impression que l’insécurité linguistique, c’est comme une langue contre une autre, comme par exemple l’anglais contre le français, mais c’est vraiment la langue dans la langue, explique Bianca Richard, le sentiment d’illégitimité dans ta propre langue maternelle.»

Gabriel Robichaud et Bianca Richard.

PHOTO: Annie France Noël

«On s’est posé la question de notre biographie langagière, qui avait construit notre rapport à la langue. On est allé ensuite faire des entrevues avec différents membres de la communauté, relate Gabriel Robichaud, des chercheurs, des personnalités publiques, politiques…»

Il évoque notamment les recherches de la sociolinguiste, Isabelle Violette, pour qui la manifestation la plus violente de l’insécurité linguistique, c’est le silence que s’inflige une personne qui choisit de se taire ou de ne pas parler sa langue maternelle parce qu’elle ne s’en sent pas la légitimité.

Gabriel Robichaud.

PHOTO: Annie France Noël

Au fil de cette quête, dont ils ne soupçonnaient ni l’ampleur ni le déploiement, Parler Mal, en tant que pièce de théâtre, a finalement nécessité sept années de développement avant d’aboutir à sa production et au lancement de sa tournée en 2024.

«On a comme eu le temps de gérer la matière, relate Gabriel Robichaud, de voir comment on pouvait la transformer, faire vraiment un objet qui nous ressemble.»

«Ça m’a aussi permis d’évoluer dans ma propre façon de voir, ma façon de parler, que c’est OK que j’ai un accent qui est différent, confie Bianca Richard, puis c’est OK de jouer avec ça, puis de voir ça comme un avantage.»

Au-delà du travail de recherche et de l’approfondissement de leurs réflexions, la concrétisation du projet a également été le fruit de leur complicité développée au fil des ans.

«La force quelque part du duo, c’est justement comme nos différences, nos différentes relations avec la langue, souligne Bianca Richard, puis aussi, comme artistiquement, on n’est pas vraiment dans le même univers.» 

D’après eux, Bianca Richard s’exprimerait plus facilement par le corps et l’émotion, en comparaison avec Gabriel Robichaud, davantage cérébral et à l’aise avec l’écriture.

Bianca Richard.

PHOTO: Annie France Noël

«Nos forces et nos lacunes se complètent bien et se confrontent, affirme Gabriel Robichaud, nous poussent à aller plus loin.»

Mais c’est également la confiance en la valeur du projet, maintenue du début à la fin, qui a joué un rôle important à l’éclosion du spectacle sur scène.

«Le parcours peut avoir l’air beau parce qu’on est rendu là où on est aujourd’hui, mais il y a eu quand même des écueils majeurs, au cours du processus aussi, révèle Gabriel Robichaud. Je pense qu’il y a eu ça aussi, cette capacité-là, cette résilience-là.»

«Ça a été important pour nous autres de tout le temps croire que c’était une histoire qui valait la peine d’être dite sur la place publique», soutient Bianca Richard.

Le succès qu’ils semblent avoir rencontré sur scène les a confortés dans la justesse de leur démarche. Au fil des représentations, ils ont en effet ressenti plusieurs fois que leur sujet touchait leur auditoire, suscitant chez certains l’envie de se confier et de partager à leur tour.

On réalise qu’on est probablement une majorité de monde qui sont inconfortables en français, puis c’est une minorité de personnes qui se sentent vraiment légitimes. Puis je trouve que ça, c’est absurde, mais en même temps, c’est beau de constater ça.» 

— Bianca Richard

«Il y a quelque chose d’un moment charnière dans l’urgence de dire: faudrait pas que le silence gagne», revendique Gabriel Robichaud.

Après toutes ces années à s’être investis corps et âme dans ce projet, et alors qu’ils se sont actuellement en pleine dernière tournée, les deux artistes se disent prêts à laisser Parler Mal de côté et à explorer de nouveaux horizons.

«C’est important pour moi de mettre une date, puis une fin, à un aussi gros projet, puis qui a pris autant de place dans ma vie, puis je pense dans la vie à Gab aussi. C’est ça, fermer des portes pour en ouvrir d’autres.»

Ils restent toutefois très reconnaissants envers cette aventure et tout ce qu’elle leur a apporté.

«Tout le chemin que le spectacle a eu, la vie qu’il a eue en deux ans d’existence et les sept ans avec qui on a gesté à son existence, relate Gabriel Robichaud, c’est assez exceptionnel.»

Gabriel Robichaud et Bianca Richard.

PHOTO: Annie France Noël

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