Type de contenu: Récit
La nouvelle du décès soudain de Gérard s’est répandue dans la région comme une trainée de poudre, laissant la région acadienne en deuil et sous le choc. Il était inconcevable que Gerry, dont nous pensions toujours qu’il serait là pour toujours, soit parti. Ce fut une perte majeure pour notre communauté, notre culture et la famille musicale locale. Il était une partie intégrante de notre communauté lorsqu’il s’agissait d’encourager les gens à garder nos traditions et chansons acadiennes vivantes et florissantes.
Né le 10 janvier 1946, originaire de Saint-Joseph-du-Moine, Gérard était le fils de Moise (à Pepin) Romard et Rita (à Arsène à Amédée) Aucoin. Il n’est pas surprenant que Gérard soit devenu quelqu’un qui aimait divertir les gens avec son répertoire de chansons traditionnelles. Il a été élevé dans «la maison du monde», une maison où Gérard, son frère et ses cinq sœurs faisaient partie d’une famille musicale. Il ne fait aucun doute que, dans cette famille, «c’est dans le sang».
L’amour de Gérard pour la chanson et la danse a commencé à un très jeune âge. Il était fasciné par la musique, se faufilant dans les escaliers pendant les nombreuses fêtes, regardant, tout en aspirant à devenir lui-même un artiste — faire rire les gens, chanter et profiter de sa musique.
Éventuellement, Gérard et sa famille ont déménagé à Toronto, mais cela ne signifiait pas que les fêtes étaient terminées. Il y avait des centaines d’Acadiens francophones de chez nous vivant en Ontario, et les rassemblements continuaient où Gérard a continué à apprendre à jouer de la guitare.
Au début des années 1970, alors qu’il travaillait à l’usine, Gérard a eu un accident qui a entrainé une blessure à la main, ne laissant que deux doigts à sa main gauche. Bien que cela ne mettait pas sa vie en danger, c’était déchirant pour Gérard, dont la passion était de jouer de la guitare — pour divertir.
Au cours des mois suivants, famille et amis l’ont regardé lutter avec cela, et, à leur surprise, il a surmonté cette épreuve. Avec du travail acharné, de la détermination et avec l’introduction d’un nouveau concept de jeu de guitare par Roger (à Joseph à Polite) Delaney, il a accordé la guitare différemment, l’a jouée sur ses genoux, et Gérard était de retour en affaires! Si cet acte de détermination n’est pas l’amour de la chanson et de la musique, je ne sais pas ce que c’est.
L’amour de Gérard pour la Mi-Carême provenait de son enfance. Avec ses copains, ils attendaient avec impatience ce plaisir annuel, se déguisant et marchant jusqu’à Grand-Étang pour entrer dans les plus populaires «maisons à Mi-Carêmes». Certaines de ces maisons étaient celles de Joseph (à Polite) Delaney, Wilfred (à Joe) Aucoin, Moise (à Emilien) Chiasson, Peter (à Joe) Chiasson, Hubert (à Pit) Poirier et d’autres.
Même après que Gérard ait quitté son foyer natal pour des endroits comme Ottawa, Edmonton, Toronto, etc., il essayait toujours de revenir à la maison pendant la Mi-Carême, ne manquant que quelques années. Il me décrivait cela et disait: «C’était plus fort que moi — cela avait une telle emprise sur moi. Le mois de mars approchant rapidement et je devenais agité, quittant parfois même un emploi juste pour ne pas le manquer!»
Gérard vivait pour les jours où il pouvait revenir à la maison au Cap-Breton et retrouver toute sa famille et ses amis. En 1979, son oncle Wilfred (à Arsène) Aucoin lui a donné cette opportunité. Il lui a offert un emploi et un endroit où vivre. Gérard n’a pas manqué sa chance et est revenu à la maison.
Un des moments forts de son retour était qu’il pourrait participer à toutes les festivités de la Mi-Carême. Au fil des ans, je crois que Gérard a maintenu cette tradition vivante et a inspiré d’autres, surtout la jeune génération, à entreprendre ce parcours de «ne jamais laisser la Mi-Carême s’éteindre». Il est devenu l’artiste le plus demandé pendant cette semaine festive, ainsi que pour d’autres occasions tout au long de l’année. Si ce favori du public animait, il était certain d’attirer les gens, et ce serait une fête.
Pendant la Mi-Carême, Gérard se produisait lors des cérémonies d’ouverture à «Laissons Entrer les Mi-Carêmes» au Centre acadien, louant un autobus ou un camion, rassemblant un groupe de ses amis musiciens, se déguisant et partant vers les principales maisons de Mi-Carême de la région, ne manquant jamais l’occasion de passer au Foyer Père Fiset, The Green Door, etc.
C’est un évènement que les hôtes des maisons de Mi-Carêmes attendaient chaque année avec beaucoup d’anticipation! Il a même amené un autobus à Waltham afin que les gens puissent revenir à la maison et surprendre leurs proches et amis pendant qu’ils faisaient la Mi-Carême.
Plus tard, Gerry et ses amis étaient aussi les principaux artistes au Gala de la Mi-Carême, tenu dans sa communauté natale de Saint-Joseph-du-Moine, où ils enterraient la tradition pour une autre année. Pendant des décennies, Gérard a été l’animateur de la Soirée des talents à la Doryman Tavern. Je crois qu’il serait très heureux de voir que ses chansons sont encore interprétées, et que la Soirée des talents a continué en mettant en vedette des musiciens locaux.
Maintenant, il faut comprendre qu’il y a eu plusieurs artistes acadiens qui, malheureusement, nous ont été enlevés beaucoup trop tôt. Mais Gérard n’était pas un artiste ordinaire: il était vraiment unique, un naturel. Une fois que vous rencontriez Gerry, vous ne l’oubliiez jamais pour son unicité, remplie de gaité, capable de chanter un incroyable répertoire de vieilles chansons traditionnelles acadiennes et probablement le seul artiste que vous rencontreriez qui jouait de la guitare avec une main qu’il appelait la griffe.
Grâce à plusieurs musiciens dévoués qui ont été inspirés par cet artiste, les chansons de Gerry ont été maintenues vivantes et ne montrent aucun signe de s’éteindre.
Gérard a touché tant de gens et sera toujours rappelé pour son «cœur d’or», son sens de l’humour, sa «joie de vivre» et l’amour de ses racines et traditions acadiennes, mais, comme il disait souvent, «le spectacle doit continuer».
Je me souviens lors d’une entrevue il y a plusieurs années et de ses commentaires sur l’avenir de nos traditions acadiennes. «Nous ne rajeunissons pas, je ne serai pas ici pour toujours. Cela me rendrait tellement heureux de voir la jeune génération apprendre toutes ces vieilles chansons que ma mère m’a enseignées, apprendre les vieilles chansons et danses traditionnelles qui font partie de nos racines. J’espère particulièrement que la Mi-Carême et les autres traditions ne mourront jamais, qu’elles continueront de grandir et vivront pour toujours!»
Je n’ai aucun doute que notre ami Gérard serait si fier de voir comment la région acadienne se rassemble vraiment en célébrant La Mi-Carême comme un festival d’une semaine entière avec encore plus d’activités, y compris les festivités au Centre de la Mi-Carême à Grand-Étang, qui a ouvert en 2008.
La Mi-Carême était comme un médicament spécial pour nos ancêtres, une merveilleuse forme de divertissement et elle fait encore partie de nos vies aujourd’hui. Les difficultés de la communauté auraient tué nos ancêtres, mais, au lieu de cela, ils savaient comment travailler et jouer! Aujourd’hui, nous avons encore besoin de ces divertissements comme partie d’une communauté saine.
Bonne semaine de La Mi-Carême à tous!
