Type de contenu: Opinion
Ces réalités génèrent deux types de besoins — l’ajout de nouvelles écoles et l’entretien du stock existant — mais le Conseil d’administration continue d’y répondre avec un seul outil administratif.
Cette confusion stratégique, combinée à une délégation excessive des responsabilités politiques au directeur général, empêche le CSAP de défendre efficacement les droits scolaires francophones.
Tant que cette confusion persiste, toutes les régions de la Nouvelle–Écosse seront mal servies, et les droits scolaires francophones continueront d’être fragilisés.
Trois réalités dans 3 régions, 3 enjeux
La francophonie néo-écossaise vit dans trois réalités distinctes.
- Métro : un manque d’écoles criant
Dans la région du Grand Halifax, il manque environ 30 écoles pour desservir les ayants droit. Le CSAP le sait. La communauté le sait.
Pourtant, le Conseil continue de mener sa bataille de revendication avec un outil conçu pour réparer des écoles existantes, ce qui, avec raison, cause de la grogne dans les régions historiquement acadiennes. Et lorsqu’il consulte la communauté — il parle aux parents qui fréquentent déjà les écoles du CSAP. Ces familles ont un biais naturel : elles ont accepté les sacrifices sociaux et logistiques. Elles pensent que « ce n’est pas si pire ».
Mais les familles qui choisissent de ne pas inscrire leurs enfants au CSAP — environ 15 689 élevés selon le CSAP, soit 1 jeune sur 4 dans le système scolaire anglophone est ayant droit — ce sont elles qu’il faut écouter.
Le système ne répond pas à leurs besoins: d’avoir des écoles dans leurs communautés, comparables aux écoles anglophones et en tenons compte que les familles qui décident d’aller dans une école du CSAP font aussi un sacrifice social dans leur voisinage.
- Régions acadiennes : dépeuplement
Dans les régions acadiennes historiques, le problème semble être la démographie et la perte de masse critique. La FANE le constate dans ses tournées régionales (Lundi 11 mai 2026 : Ronald Bourgeois revient sur les grandes causeries de la FANE).
Une nouvelle école ne règle pas un problème démographique. Pourtant, plusieurs élus abordent ce dossier comme un simple enjeu d’infrastructures.
Je sympathise avec ces régions, mais leurs efforts sont mal récompensés. Le développement régional, l’immigration, la rétention — ce sont des dossiers qui relèvent du ministre des Affaires acadiennes et du Développement régional, pas du CSAP : qu’ils demandent des comptes rendus au ministre LeBlanc…
- Régions non desservies : l’angle mort du CSAP
Le CSAP ne fait aucune démarche proactive dans les régions sans école.
À moins d’être un parent militant prêt à se battre pendant des années, rien n’avancera.
Le guide récemment publié démontre à quel point le CSAP et la FPANE veulent éviter ce dossier ( de l’idée à la concrétisation). Pire : le CSAP se donne même le droit de refuser une demande d’école à une région. Ce qui démontre juste à quel point il comprend mal qui détient le droit ultime à l’éducation – les parents.
Nouvelle école ou rénovation : deux problèmes
La Nouvelle-Écosse n’a aucune politique pour déterminer quand et où construire de nouvelles écoles. Je l’ai demandé. La réponse est simple : il n’y en a pas.
Les nouvelles écoles apparaissent souvent à l’approche des élections, comme des cadeaux politiques — pensons à Mer et Monde ou à Porters Lake. Même les anglophones commencent à dénoncer l’absurdité de cette absence de politique (Unclear how N.S. is prioritizing where new schools are built, auditor general says).
Cependant, la province possède un programme de maintien d’infrastructures. Ce programme sert à réparer, rénover ou remplacer des écoles existantes. C’est l’outil que le CSAP utilise pour demander des rénovations — ou des écoles de remplacement, comme à Wedgeport ou à Clare.
Mais voilà le cœur du problème :
- Construire une nouvelle école dans une région mal ou non desservie: c’est une bataille politique.
- Rénover une école existante: c’est un dossier administratif.
Le Conseil comprend probablement la différence, mais refuse de mener la bataille politique. Il tente donc d’insérer des demandes de nouvelles écoles dans un programme conçu pour réparer des bâtiments existants. Ce qui cause de la grogne de la part des régions historiquement acadiennes – avec justesse – je serais aussi enragé qu’on parle juste d’Halifax.
Nous avons deux problèmes différents, qui exigent deux outils différents.
Le leadership du CSAP : un rôle mal compris, mal assumé
Le directeur général, Michel Collette, effectue bien son travail administratif et pédagogique. Son rôle est clair: assurer la pédagogie francophone, défendre les intérêts éducatifs acadiens et de gérer les réparations d’infrastructures.
Mais aujourd’hui, le Conseil lui demande aussi : de revendiquer de nouvelles écoles, de développer des stratégies face aux crises démographiques et de défendre les régions non desservies.
Ce n’est pas son rôle. Ce n’est pas son mandat. Et ce n’est pas lui qui détient le pouvoir politique pour mener ces batailles. Pendant ce temps, le Conseil — qui détient ce pouvoir — refuse même de parler publiquement ou de débattre des motions proposées par ses propres conseillers.
Halifax : une bataille juridique, pas une négociation
La présidente du CSAP, Diane Racette, semble croire que tout peut se régler par la négociation. Cependant, si les familles francophones avaient choisi la négociation dans les années 1990, il n’y aurait toujours pas d’écoles francophones en Nouvelle-Écosse.
Les victoires historiques ont été obtenues par des batailles juridiques. Elles ont fonctionné. Elles ont donné des écoles dans des régions qui, autrement, n’auraient jamais été servies. Aujourd’hui la région Métro et les régions non-desservies font face à une crise similaire.
Et ce n’est pas au directeur général de porter cette bataille. C’est au Conseil. Et s’il refuse de le faire, qu’il le dise aux familles pour qu’elles le fassent elles-mêmes.
Ce que le Conseil doit faire — maintenant
La solution est simple : Créer un poste dédié à la défense de nos droits constitutionnels et aux développements de nouvelles infrastructures. Il faut arrêter de tout refiler au directeur général. La création de deux postes distincts permettrait enfin de gérer les deux problèmes structurels du CSAP:
- Le directeur général fait ce qu’il devrait faire:
- Assurer la pédagogie francophone;
- Gérer les opérations;
- Superviser les réparations d’infrastructures;
- Défendre les intérêts éducatifs au quotidien.
- Le nouveau poste prend en charge ce que le Conseil refuse actuellement d’assumer:
- Mener la bataille politique pour de nouvelles écoles;
- Élaborer des stratégies constitutionnelles;
- Préparer les dossiers juridiques;
- Guider le Conseil dans la prochaine bataille en vertu de l’article 23;
- Développer un plan d’expansion pour les régions non desservies;
- Représenter publiquement les enjeux d’infrastructures.
En d’autres mots : le directeur général gère l’école d’aujourd’hui; le nouveau poste prépare l’école de demain.
Jean-Philippe Bourgeois
Halifax
