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Lorsque nous la rencontrons, Gabrielle Côté apparaît dès lors habitée par les sujets qu’elle défend. L’écologie, l’urbanisme, ou encore les liens sociaux, ce qui l’anime révèle déjà une certaine forme d’engagement qui imprègne fortement son œuvre de cinéaste émergente.
«Le cinéma, c’est une façon d’influencer les gens dans la façon qu’ils rêvent, la façon qu’ils voient le monde, exprime-t-elle, pour dire un peu comme de la propagande de rêve. Puis moi, je veux faire de la propagande positive.»
La jeune femme, qui fait partie des cinq cinéastes sélectionnés pour le projet REDÉFINI 2026 produit par l’Office National du film du Canada (ONF) et le Festival international du film de Toronto (TIFF), perçoit en effet son objet de création comme une arme, capable de transformer le monde, grâce au pouvoir de l’imagination.
De nature optimiste, son travail va à l’encontre des visions dystopiques que le grand écran a exposées ces dernières années, proposant plutôt une perspective encourageante pour les prochaines générations.
«On se fait dire que l’avenir n’est pas beau, que les changements climatiques, ça va nous détruire. Les guerres de l’eau, les guerres mondiales… ça fait peur en fait le futur. Puis, on n’a jamais parlé d’un futur optimiste, on n’a jamais parlé d’une possibilité de vie qui est comme dans l’harmonie. J’ai envie d’imaginer ça, puis pas juste de l’imaginer, mais aussi de lui donner des images, puis d’inspirer les gens à les regarder.»
Sans toutefois imposer son point de vue aux spectateurs, à travers le cinéma documentaire, elle veut les inviter à penser le réel en leur offrant une mise en scène du monde qui pourrait exister.
L’objectif étant que les visuels observés à l’écran —photos d’architectures, de jardins sur les toits ou encore de panneaux solaires, transposées puis collées ensemble— apparaissent de la façon la plus réaliste possible et finissent par raconter une histoire.
Extrait du documentaire RE/ROUTE.
RE/ROUTE, son court-métrage produit dans le cadre de REDÉFINI, a nécessité deux mois de tournage dans huit villes canadiennes pour un projet de 150To de données. Soit l’équivalent de 50 millions de photos de smartphone.
«C’est énorme, insiste Gabrielle Côté, et on a mis au défi toute la technologie qu’on avait accès à l’ONF.»
En postproduction, la jeune femme s’est ensuite affairée avec ses équipes à assembler les clichés par collage dans une technique d’animation.
«La façon que moi j’aime procéder, c’est de partir avec une image qui m’interpelle plus qu’une autre, ça peut être un jardin, raconte-t-elle. Puis là, je vais commencer à composer autour de ce jardin. Là, des bâtiments, là, je vais rajouter un tramway… et l’image prend un peu vie par soi-même au fur et à mesure que le processus créatif se fait.»
Une fois la maquette composée, deux animateurs, Alexis Veilleux et Ann-Laury Côté, sont venus l’aider à améliorer les imperfections, puis à rendre l’univers visuel organique en y ajoutant des effets d’ondes, de lumière et de fumée. Un travail précis qui a permis de créer le style particulier du documentaire.
Finalement, avec Julie Bor, elles ont procédé à l’étape du montage. En tout, la phase de postproduction a duré quatre mois, un véritable marathon pour la jeune cinéaste qui se dit très reconnaissante envers toutes les personnes l’ayant accompagnée tout au long du projet.
Pour moi, ça représente des gens qui ont envie de voir de nouvelles visions du monde, des gens qui sont prêts à donner des ressources à de jeunes créateurs.
Ainsi, elle s’estime très chanceuse d’avoir reçu cette opportunité de la part de TIFF et de l’ONF et encouragée à se lancer dans de nouvelles créations. Actuellement, elle a d’ailleurs déjà commencé à tourner un autre film, dont elle espère voir le jour avant 2027, autour de l’aventure de la navigatrice Gwenn Duval, qui descend le fleuve Saint-Laurent jusqu’à L’Île-aux-Coudres sur un petit voilier. Mais elle travaille également sur un autre projet qui reprend la technique du collage et son attrait pour le mouvement solarpunk, toujours dans cet esprit de raconter des histoires qui offrent une vision optimiste de l’avenir.
«J’aimerais ça que les gens puissent imaginer un meilleur monde», affirme-t-elle, bien résolue à ne pas s’avouer vaincue.
