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Chaque samedi, l’on peut retrouver Paul au marché fermier de Wolfville. Souriant, jovial, il accueille les gens à sa table, où il propose de délicieux petits encas à grignoter, ainsi que certains de ses livres.
J’adore la manière dont il se décrit sur les médias sociaux: «Artiste à temps partiel avec des rêves à temps plein».
France: Pourrais-tu te présenter en quelques mots?
Paul: Je suis un Acadien du Nouveau-Brunswick qui a poursuivi des études en art à Halifax. J’ai gradué avec un bac en design. Pendant environ 30 ans, j’étais graphiste. Un beau jour, j’ai tout quitté pour faire ma vie d’artiste.
Constatant la réalité économique dans laquelle je vivais, j’ai décidé de me trouver un nouvel emploi. Me voilà donc à Statistique Canada, où je fais des enquêtes où je converse avec des citoyens francophones ou anglophones.
F: Où es-tu né?
P: Je suis né à Frédéricton, mais les Chenard viennent de Caraquet.
F: Quelle langue était parlée chez toi lorsque tu étais enfant?
P: Mes deux parents étaient Acadiens. J’ai grandi entouré de la langue anglaise de même que la langue française.
F: Depuis combien de temps vis-tu dans la Vallée?
P: Je vis à Wolfville depuis un an et demi.
F: Comment décrirais-tu ta relation avec la langue et la culture françaises?
P: Mieux que c’était. Dans ma jeunesse, je me sentais comme quelqu’un un peu à l’extérieur, comme si je pouvais entrer dans la bulle francophone ou pas. Mon ex-femme m’a beaucoup aidé, car elle me corrigeait au quotidien. Pour réapprendre le français, j’ai réalisé qu’il ne faut pas avoir peur de faire des erreurs. Grâce à cette réalisation, j’ai pu apprendre la langue française plus rapidement.
La plus grande barrière dans les maritimes, c’est la peur ou la gêne de faire des erreurs. Il faut foncer.
F: Si tu pouvais inviter trois figures francophones à souper (vivantes ou décédées), qui choisirais-tu, et pourquoi?
P: Des coureurs automobiles: François Cevert, René Dreyfus et aussi Yves Montand. François était non seulement un coureur automobile, mais aussi un pianiste de musique classique. René Dreyfus était un coureur automobile dans les années 30 qui est devenu restaurateur du Le Chanteclair à NYC. Quant à Yves Montand, il a joué dans le film Grand Prix. J’aurais aimé lui parler de cette expérience.
F: Quelle est ton expression française préférée?
P: J’ai d’autres chats à fouetter.
F: Comment peut-on, selon toi, garder vivante et vibrante la culture francophone?As-tu des idées ou des gestes concrets que tu poses toi-même?
P: Quand j’écris en ligne, je suis conscient qu’il faut faire des efforts, être vigilant pour écrire en français. Mettre les accents, avoir le souci du détail, trouver la bonne expression. Regarder des films, écouter de la musique [et] lire des livres en français sont des gestes concrets que j’utilise pour améliorer mon vocabulaire et connaitre la culture. C’est grâce à tout ceci que mes enfants parlent cette langue.
Il faut s’exprimer même si on fait des erreurs. Il ne faut pas avoir peur de plonger, comme plonger dans sa langue. C’est notre culture, il ne faut pas fermer la porte. Parler en français, cela va ouvrir une autre porte, ce qui va nous donner une vie plus riche.
Lorsque je détecte un accent français quand quelqu’un me parle en anglais, je change en français. Les gens apprécient ça.
J’ai aussi le souci de m’exprimer avec des mots en français. Inclure des mots en anglais ici et là, ce n’est pas pour moi. Je ne parle pas franglais.
F: Quels sentiments, quelles émotions ressens-tu lorsque tu t’exprimes en français?
P: J’ai beaucoup de fierté lorsque je m’exprime en français. Je pense que je m’exprime bien et les gens me le disent. J’ai fait beaucoup de progrès au cours des années. Lorsque je parle en français, maintenant, je pense dans cette langue. Je parle même en français à mon chat anglophone.
F: Nomme une tradition francophone/acadienne qui te tient à cœur?
P: Ma tarte au sucre est décadente. J’aime la faire découvrir à mes amis anglophones.
F: Quel film de langue française aimerais-tu regarder à nouveau?
P: Parmi mes films préférés en français: Manon des sources et Jean de Florette. J’aime bien Diva de Luc Besson.
Notre conversation s’est prolongée bien au-delà de ce que j’avais prévu. Il faut dire que Paul et moi sommes en amour avec la langue française, la bonne bouffe, et la convivialité nous plait grandement. Quelle magnifique opportunité de découvrir ce qui l’anime et le fait vibrer.
Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire. Je vous dis à bientôt. J’ai hâte de vous faire découvrir un nouveau portrait, un nouveau visage, une nouvelle voix en français dans la Vallée.
