Cet article est un résumé de l’article complet qui figure sur le site internet www.generations-acadie.org
Le village de Pomquet organisait un festival pour son 250e anniversaire, en rassemblant de nombreux participants pour un grand moment « en famille ». De l’avis de son organisateur, le festival a été un franc succès, « un peu comme une résurgence de fierté acadienne ». Pourquoi ce profond besoin de fierté retrouvée ? Pour le comprendre, il faut revenir à la fondation du village.
Dans les années 1770 et 1780, dans l’actuel comté d’Antigonish, les colons acadiens ont fondé le village de Pomquet et, plus à l’est, les deux autres villages de Tracadie et Havre-Boucher. Dans le même temps, de nombreux immigrants anglophones se sont installés dans la région. Contrairement aux villages de la région de Chéticamp, au Cap-Breton, ces trois villages ne sont pas adjacents et leur population n’est pas restée entièrement acadienne. Beaucoup d’Acadiens se sont donc assimilés rapidement à la majorité anglophone, si bien que la culture acadienne et francophone a été profondément affectée, voire méprisée.
Portrait de Pascal Poirier (1852-1933).
Les deux portes du presbytère
C’est ce qu’avait constaté avec indignation le futur premier sénateur acadien Pascal Poirier, farouche défenseur de la langue française et de la culture acadienne, lors de sa visite à Pomquet, en 1876. L’histoire édifiante qu’il raconte porte un message de fierté très inspirant pour les générations d’Acadiens actuelles.
« De Tracadie, j’allai à Pomquet. Sur la route, je rencontrai un paysan, que je fis monter dans ma voiture. Nous causâmes.
— Si vous allez voir le prêtre, me dit-il, ils vous feront entrer au presbytère par la cuisine.
— Et pourquoi cela ?
— Parce que nous autres, les Français, il faut passer par la cuisine, quand j’allons le voir.
— Et les autres ?
— Ben, quand c’est des Anglais, y pouvont passer par la porte de devant.
Je bondis d’indignation.
— Je vais voir cela, lui dis-je.
Je poussai directement au presbytère.
— Je désire voir M. le curé, dis-je, en français, à la grosse fille joufflue qui vient m’ouvrir.
— All right. Go by the other door.
— J’entrerai par la porte où entrent les chrétiens, et non par celle où entrent les chiens, dis-je, sur un ton très élevé.
Au bruit que je fis, le curé vint à la porte.
— You want to see me, Sir?
— Oui, Monsieur.
— Entrez, alors, me fit-il, en un français très correct.
Tous les prêtres de nos provinces faisaient leur séminaire à Montréal ou à Québec, où ils apprenaient à parler notre langue ».
Aujourd’hui, le village de Pomquet, qui compte environ 900 habitants, la plupart d’origine acadienne, résiste toujours à l’assimilation. Il constitue même l’unique bastion francophone du comté d’Antigonish. Lors de la visite de Pascal Poirier à Pomquet, en 1876, c’est l’église Sainte-Croix actuelle, construite en 1863, qui s’est présentée à lui. Mais qu’on se rassure, depuis longtemps plus personne n’entre à son presbytère par la porte de la cuisine sans avoir une bonne raison pour le faire.
Générations Acadie est un projet soutenu par l’Association nationale France-Canada.
