le Mercredi 3 juin 2026
le Lundi 17 mars 2025 9:00 Récit

L’incroyable exploit de Margaret

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Le traversier Margaret’s Justice dans Grand Passage. — PHOTO : Martine Jacquot
Le traversier Margaret’s Justice dans Grand Passage.
PHOTO : Martine Jacquot

À l’heure où les femmes se battent encore pour leurs droits et libertés, il est bon d’entendre l’histoire inspirante de Margaret Davis, une héroïne néoécossaise qui a réalisé un véritable exploit pour sauver son honneur et garder son bien.

L’incroyable exploit de Margaret
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Margaret Davis est née dans l’État de New York en 1764. En tant que Loyalistes, sa famille et elle ont fui la guerre d’indépendance. Arrivés en Nouvelle-Écosse, ils se sont établis sur l’ile Brier. Ils étaient parmi les premiers colons de l’endroit. 

Herboriste amateure, Margaret était connue pour ses remèdes à base de plantes. Sans avoir fait d’études, elle était une sorte de guérisseuse. Sanctuaire d’oiseaux et couverte de végétaux rares, l’ile était un véritable paradis pour elle.

Son mari Ethel est décédé en 1801 d’un accident de travail, en tombant d’un mat, la laissant seule avec neuf enfants. En 1828, un monsieur Hatch, la sachant vulnérable, s’en est pris à son bien: il voulait s’approprier son lopin de terre sur lequel se tenait sa résidence. En gros, il la mettait dehors. 

Ne sachant pas écrire, elle avait signé l’acte d’achat d’une croix, comme bon nombre de personnes le faisaient alors, et il n’était pas facile de prouver qu’elle possédait la propriété. Mais elle savait qu’elle était dans son droit. 

Le traversier Margaret’s Justice dans Grand Passage.

PHOTO : Martine Jacquot

Puisque le problème ne se réglait pas localement, déterminée, elle a décidé d’empoigner le taureau par les cornes et d’aller à Halifax. C’est à pied, seule, qu’elle s’est rendue à la capitale, marchant presque 300 km et autant pour le retour, suivant les mauvais chemins de l’époque, qui traversaient souvent les bois. Il lui a fallu bien des jours pour atteindre sa destination.

À Halifax, elle a trouvé comment se rendre jusqu’au palais de justice et elle a eu la chance de rencontrer un juge qui parlait sa langue maternelle, l’allemand. Elle a plaidé elle-même, combattant l’escroc profiteur de sa condition, et elle a eu gain de cause. Elle a donc pu garder sa propriété. 

Il lui restait à rebrousser chemin, une autre longue route, mais cette fois avec un gout de succès au cœur. Elle avait 63 ans.

Elle est morte en 1858 à l’âge de 94 ans et repose à Westport, près de son bien qu’elle a su sauver. Elle avait une centaine d’arrière-petits-enfants.

Margaret n’est pas un personnage de légende. Elle a su affronter les tourmentes et rétablir la justice. Ni la distance, ni la langue, ni son analphabétisme ne l’ont arrêtée. Elle a pavé la route pour bien des femmes lésées parce qu’elles sont femmes.

En 2016, faisant honneur à sa mémoire et son incroyable courage et détermination, la province a procédé au baptême d’un traversier, le Margaret’s Justice. Il fait la navette à travers Grand Passage, au bout du Digby Neck, ce lieu ou les eaux de la baie Sainte-Marie rencontrent celles de la baie de Fundy. 

Le traversier a été construit à Meteghan River chez A.F. Thériault & Son Ltd.

Type: Récit

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