Originaire d’Ottawa, Mme Béland est vice-rectrice à l’enseignement et la recherche à l’Université Sainte-Anne depuis 1er janvier 2022. Titulaire d’un doctorat en philosophie et de trois diplômes de deuxième cycle en philosophie, en études allemandes et en études politiques, elle est une spécialiste de l’œuvre de Nietzsche, philosophe allemand du 19e siècle.
Le Courrier l’a rencontrée pour un entretien afin de présenter ce dernier ouvrage au lectorat du journal.
NJ : Comment décrirais-tu ton dernier ouvrage pour les lectrices et lecteurs du Courrier?
MB : Friedrich Nietzsche est un philosophe et écrivain allemand du 19e siècle, qui a écrit des ouvrages de philosophie dans une langue très littéraire : il insérait des poèmes dans ses livres, il imaginait des personnages, il décrivait des paysages, faisait des rimes et avait beaucoup d’humour! Dans mon livre, je m’interroge sur le fait que la philosophie, pour lui, doit absolument employer les outils de l’écriture littéraire — des outils d’habitude réservés pour les travaux de l’imagination, de la fiction et de la créativité. Je retrace aussi, de manière plus «historique» ou contextuelle, le développement de son style d’écriture très particulier et le besoin qu’il a eu de faire cela. Vers la fin de l’ouvrage, je développe des réflexions sur l’esthétique en général : qu’est-ce qui fait qu’on réagit à certaines œuvres plus que d’autres? Et qu’est-ce que ce phénomène nous dit sur ce que sont, en fait, une œuvre d’art et une œuvre de philosophie?
NJ : Parle-moi de l’ouvrage, c’est-à-dire du nombre de pages et de chapitres, la maison d’édition, entre autres.
NB : Nietzsche as Stylist est publié chez l’éditeur McGill-Queen’s University Press. En 230 pages, divisées en sept chapitres, il présente, en premier, une étape importante dans le développement du style pour cet auteur : son profond désillusionnement envers la carrière universitaire et le rejet complet du mode de vie du «savant professionnel». Après avoir été nommé professeur d’université très jeune (chapitre 1), Nietzsche a en effet critiqué sans cesse la vie de savant (chapitre 3), tout comme il a rejeté des formes artistiques populaires en son temps, l’opéra, par exemple (chapitre 2). Après cette étape, je me tourne (chapitres 4 et 5) vers deux moments clés dans sa formation personnelle : la découverte de l’individualisme et la pratique de l’art de l’écriture. Les deux derniers chapitres (6 et 7) proposent des études de cas. Autrement dit, je fais une analyse de deux procédés stylistiques importants dans les œuvres de Nietzsche : la préface et le tiret «long» (—). Un épilogue, ensuite, se penche sur notre rapport aux œuvres qu’on lit et sur l’effet, souvent transformateur, qu’elles ont sur nous.
Martine Béland, vice-rectrice à l’enseignement et la recherche à l’Université Sainte-Anne.
NJ : À quel public s’adresse l’ouvrage?
NB : Je dirais que le public type pour mon livre est assez varié. Mes deux premiers lecteurs, en fait, étaient un biologiste marin et une spécialiste en missions humanitaires! Autrement dit, le public cultivé et curieux, intéressé par des questions de littérature, de philosophie et d’esthétique au sens large, y trouvera un intérêt, je l’espère! Mais évidemment, mon livre sera aussi utile aux spécialistes, aux étudiantes et étudiants, aux philosophes et autres théoriciens, ainsi qu’aux gens qui pratiquent un art, dont la musique, sur laquelle portent les chapitres 2 et 5.
NJ : Il est évident que tu te spécialises dans l’œuvre de Nietzsche. Qu’est-ce qui t’a motivée à t’orienter dans la philosophie nietzschéenne?
NB : Ah, c’est une bonne question! Nietzsche, tu le sais peut-être, est souvent l’un des tout premiers philosophes qu’on lit, quand on est adolescent. Moi, je l’ai découvert pendant mon bac, et j’ai immédiatement été frappée par sa manière d’écrire en s’adressant immédiatement à son lectorat. Il écrit au «tu», il emploie plein d’images et de métaphores, il s’adresse à nos sens et à notre sensibilité, et de cette manière très «incarnée» et vivante, il propose des idées qui peuvent bouleverser notre conception du monde. En fait, ça, c’était il y a presque 30 ans, et je n’ai jamais cessé de le lire et relire depuis!
NJ : Quelles sont tes attentes après la parution de cet ouvrage?
NB : Ouf! C’est une grosse question. Pour moi, la simple publication de ce livre est un succès. Je l’ai écrit en anglais, qui est ma deuxième langue, et il fait un survol complet de mes recherches au cours des 15 dernières années! Je suis très contente de l’avoir écrit. Il appartient maintenant aux lectrices et lecteurs, et j’espère qu’il les inspirera à ouvrir leurs perspectives et porter plus d’attention au langage, à l’écrit et à la création en général.
Par ailleurs, il convient de souligner que Martine Béland a déjà présenté son livre à Rome, en Italie, en ce mois de juin, à l’Institut romain d’études allemandes. L’auteure va aussi le présenter cet automne à Halifax lors d’une causerie à l’Université Saint Mary’s en septembre et lors d’un autre événement à l’Université Dalhousie. Ce sera probablement, précise l’auteure, le lancement officiel du livre à cette occasion-là.
La spécialiste de l’œuvre de Nietzsche a déjà publié plusieurs ouvrages, dont Mégaptère, pour lequel elle a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général en 2023 dans la catégorie Essais.