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Produit par l’ONF et le TIFF pour le projet REDÉFINI, le court-métrage de Sylvia Mok s’ancre dans une réalité qu’elle connaît bien, la jeune femme ayant elle-même été élevée dans une famille de restaurateurs hongkongais arrivés au Canada dans les années 1980-1990.
«Grandir avec un restaurant comme deuxième maison, c’était juste, pour moi, comme simplement normal», confie-t-elle.
Une expérience singulière pourtant, dont elle a pris conscience en participant à l’initiative REDÉFINI, qui soutient la création de cinéastes émergents et leurs visions originales et modernes de l’identité canadienne.
Extrait du documentaire Enfants de resto.
«Être sino-canadien, c’est en soi une lentille très spécifique d’être canadien, qui n’est pas assez explorée», souligne-t-elle aujourd’hui.
De là est née son envie de porter un nouveau regard sur sa propre histoire —celle d’avoir une famille qui possède une petite entreprise, de grandir avec elle et de la voir comme un second lieu où se construire — et de la partager.
«Je voulais juste redécouvrir ma communauté sous un angle différent.»
Pour ce faire, elle a souhaité interroger plusieurs générations différentes ayant évolué comme elle dans ce monde culinaire sino-canadien.
Menant des approches distinctes, selon ses interlocuteurs — notamment avec les aînés où les échanges étaient organisés de façon plus informelle, ces derniers étant peu habitués à parler d’eux-mêmes — , elle s’est pour l’ensemble inspirée de la technique de Ben Proudfoot, dans le choix des questions posées.
Ce cinéaste documentaire originaire de Halifax est en effet reconnu pour s’intéresser d’abord à l’enfance des personnes avec qui il s’entretient, au lieu de rentrer directement dans le vif du sujet.
Plutôt que de juste leur demander de répondre à une question, je leur demandais “raconte-moi l’histoire de ton premier souvenir” ou “raconte-moi l’histoire de la première fois que tu as commencé à travailler au restaurant”.
«Plutôt que de juste leur demander de répondre à une question, je leur demandais “raconte-moi l’histoire de ton premier souvenir” ou “raconte-moi l’histoire de la première fois que tu as commencé à travailler au restaurant”», explique-t-elle.
Une démarche centrée sur l’humain et intimiste, qui lui a ainsi permis de gagner leur confiance et d’aborder des souvenirs difficiles — «des parents qui travaillaient tout le temps et qui n’avaient pas assez de temps pour élever leurs enfants» — ainsi que des thématiques particulièrement délicates, comme les défis de la transmission, le sacrifice ou le ressentiment, que l’on retrouve souvent dans les récits d’immigration.
Extrait du documentaire Enfants de resto.
«J’avais peur qu’ils tournent autour du sujet ou qu’ils ne soient tout simplement pas confortables pour en parler, confie la jeune cinéaste. Honnêtement, j’ai été vraiment surprise d’obtenir des réponses aussi honnêtes. Mais j’ai le sentiment que ce qui a fait que je me suis sentie à l’aise pour me lancer là-dedans, c’est, je crois, de leur faire savoir que c’était un espace sûr pour parler de tous les aspects de leur vécu. Et comme, je leur ai vraiment montré ma curiosité d’écouter leurs histoires, et d’entendre les hauts, mais aussi les bas.»
Car son intention était justement d’explorer ces questions sensibles et personnelles, souvent laissées sans réponse par les aînés de la communauté.
«C’est vraiment rare qu’un enfant demande à ses parents “comment vous êtes-vous rencontrés?” dans la culture chinoise. Ce serait plutôt quelque chose dont on ne parle pas.»
Cela lui a ainsi permis d’apprendre à mieux connaître et comprendre ses pairs, notamment les anciens, comme elle l’espérait en se lançant dans la réalisation de ce documentaire.
«Toute ma vie, j’ai grandi dans cette communauté, mais sans jamais vraiment m’y engager pleinement. Je ne connaissais pas les prénoms des gens, ni même leurs noms. Je les connaissais juste comme “le propriétaire de ce restaurant qui est ami avec mon père” ou “le propriétaire de ce restaurant qui est ami avec ma mère”. Et même avec les autres enfants de restaurant.»
Car malgré la promiscuité entre les restaurateurs, cela n’a pas empêché la deuxième génération de grandir chacun dans son monde, les jeunes évoluant indépendamment les uns des autres.
«Tout ce que le public apprend dans ce documentaire, c’est ce que j’ai appris en le réalisant», affirme Sylvia Mok, profondément reconnaissante envers l’ONF et l’AIFF pour cela.
La jeune femme se dit également très enthousiaste concernant les perspectives qu’est en train de prendre la production audiovisuelle canadienne, de plus en plus reconnue par le grand public, ainsi que vis-à-vis de l’engouement récent pour les voix des créateurs émergents.
D’où son intérêt, en tant que jeune Canadienne, à contribuer plus que jamais à ce mouvement en pleine évolution dans le cinéma et la télévision, où on commence à raconter des histoires avec plus de diversité, non seulement dans ce qu’on représente, mais aussi dans la façon de le représenter.
«C’est tellement important», affirme-t-elle, tout sourire et confiante.
